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Gabon : de Belinga-Mayumba à Belinga-Kobe-Kobe

Le lancement officiel des travaux du port en eau profonde de Kobe-Kobe, le 8 juin 2026 à Nyonié, marque une étape majeure dans le développement du gigantesque projet de fer de Belinga. Mais derrière l'enthousiasme suscité par ce chantier stratégique, une question s'impose : que devient le corridor Belinga-Mayumba, longtemps présenté par les autorités gabonaises comme la principale voie d'exportation du minerai ?

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Chemin de fer Belinga Mayumba au Gabon. Crédit : DR

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Pendant plusieurs années, le projet de construction du port en eau profonde de Mayumba a occupé une place centrale dans les ambitions minières et logistiques du Gabon. Aujourd’hui, le gouvernement met en avant un nouveau schéma articulé autour de Kobe-Kobe. Une évolution qui soulève des interrogations sur la cohérence et les arbitrages de la politique nationale d’infrastructures.

Pour l’heure, ce que l’on sait est que Kobe-Kobe a été choisi pour ses atouts naturels : son tirant d’eau atteindra 14 à 16 mètres, permettant l’accostage direct des grands navires minéraliers. Le site doit couvrir environ 500 hectares et pourrait traiter à terme plus de 100 millions de tonnes de marchandises par an.

Mayumba, longtemps présenté comme le débouché naturel de Belinga

L’association entre Belinga et Mayumba ne relève pas de l’interprétation. Elle a été explicitement défendue à plusieurs reprises par les autorités gabonaises. Dans son adresse à la Nation du 31 décembre 2024, le président Brice Clotaire Oligui Nguema avait cité parmi les projets prioritaires de l’année à venir le port en eau profonde de Mayumba, le chemin de fer Belinga-Booué-Mayumba et le barrage hydroélectrique de Booué. Ces infrastructures étaient alors présentées comme les piliers du développement du gisement de fer de Belinga. Cette vision avait également été reprise lors des discussions engagées avec des partenaires internationaux pour le financement du corridor ferroviaire Belinga-Mayumba, destiné à acheminer le minerai vers la côte atlantique pour son exportation.

L’émergence de Kobe-Kobe change la donne

Le lancement du port minéralier de Kobe-Kobe révèle aujourd’hui une nouvelle architecture logistique. Selon les informations communiquées par la Présidence de la République, le projet repose sur quatre infrastructures intégrées : la mine de Belinga, un chemin de fer minéralier de 535 kilomètres, un barrage hydroélectrique de 400 mégawatts à Booué et le port en eau profonde de Kobe-Kobe. Autrement dit, le port de Kobe-Kobe situé dans le département du Komo-Océan (province de l’Estuaire) est désormais présenté comme le terminal maritime destiné à l’évacuation de la production minière de Belinga vers les marchés internationaux. Ce repositionnement apparaît comme une rupture majeure avec le schéma qui prévalait encore il y a quelques mois.

Une réorientation stratégique ou un changement de priorités ?

D’après un observateur, plusieurs hypothèses peuvent expliquer cette évolution. La première tient aux impératifs économiques. Situé dans la province de l’Estuaire, Kobe-Kobe bénéficie d’une proximité plus importante avec les centres administratifs, industriels et logistiques du pays. Cette localisation pourrait faciliter la mobilisation des investissements et accélérer la réalisation des infrastructures connexes.

La seconde relève de considérations financières. Face à l’ampleur des investissements nécessaires, les autorités ont peut-être choisi de concentrer leurs ressources sur un corridor jugé plus rapidement réalisable ou plus attractif pour les partenaires internationaux. Enfin, le nouveau montage institutionnel associant l’État gabonais, Africa Global Logistics (AGL) et Algest Investment Bank aurait probablement contribué à redessiner les contours du projet initial.

Quel avenir pour le port de Mayumba ?

Au Gabon, l’émergence de Kobe-Kobe signifie-t-il nécessairement l’abandon de Mayumba ? S’il est vrai que la réponse à cette interrogation suscite de grandes attentes, le projet du port en eau profonde de Mayumba conserve cependant des atouts stratégiques importants pour le développement de la province de la Nyanga, notamment dans les secteurs pétrolier, gazier, halieutique et logistique. Toutefois, aucune communication officielle n’a, à ce stade, précisé la place qu’occupera désormais Mayumba dans la stratégie portuaire nationale. Cette absence de clarification ne cesse d’alimenter les interrogations. Le projet est-il reporté ? Réorienté vers d’autres activités ? Ou demeure-t-il inscrit dans les priorités gouvernementales selon un calendrier distinct ?

Une question de cohérence et de visibilité

Au-delà du cas spécifique de Mayumba, le débat renvoie à un enjeu plus large : la lisibilité de la stratégie nationale d’infrastructures. Selon des experts, les grands projets miniers nécessitent des investissements massifs, souvent étalés sur plusieurs décennies. Pour les investisseurs comme pour les partenaires financiers, la stabilité des orientations et la cohérence des choix constituent des facteurs déterminants. Car une question demeure entière : comment le corridor Belinga-Mayumba, longtemps présenté comme la clé de l’exploitation du fer gabonais, a-t-il laissé place en quelques mois au corridor Belinga-Kobe-Kobe ? Tant que cette évolution ne sera pas pleinement expliquée, les interrogations sur l’avenir de Mayumba continueront d’alimenter le débat économique national.

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