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Cameroun : Sotramas, le naufrage industriel du manioc à Sangmélima

Présentée comme l’un des symboles de l’industrialisation agricole dans la région du Sud, l’usine de transformation du manioc de Sangmélima devait structurer une filière stratégique et créer des centaines d’emplois directs et indirects. Plusieurs années après son inauguration, le constat est pourtant alarmant : l’infrastructure tourne au ralenti, quand elle n’est pas totalement à l’arrêt, relançant le débat sur la gouvernance des projets agro-industriels au Cameroun.

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Implantée dans la ville de Sangmélima, la Société de Transformation Industrielle de Manioc (SOTRAMAS) a été mise en place pour un coût estimé à 1,2 milliard de FCFA. L’unité industrielle a été conçue avec une capacité théorique de 120 tonnes de manioc par jour, soit environ 48 000 tonnes par an, et devait générer près de 108 emplois directs. L’ambition affichée était claire : transformer localement le manioc en amidon, farine et cossettes, réduire les importations de produits dérivés et offrir un débouché structuré aux producteurs de la région. Sur le papier, le projet cochait toutes les cases d’un levier d’industrialisation agricole.

Des installations à l’arrêt et une filière fragilisée

Dans les faits, plusieurs producteurs évoquent des équipements sous-exploités, un déficit de maintenance et des difficultés d’approvisionnement en matière première. L’absence d’une stratégie commerciale clairement déployée aurait également freiné l’écoulement des produits transformés. Conséquence directe : les agriculteurs continuent de vendre leurs récoltes sur des circuits informels, à des prix peu compétitifs, sans bénéficier de la valeur ajoutée promise par la transformation industrielle locale. L’effet d’entraînement économique attendu tarde ainsi à se matérialiser dans le bassin agricole environnant.

Une réhabilitation plus coûteuse que la construction

La situation soulève de sérieuses interrogations en matière de gouvernance et de suivi des investissements publics. Selon des projections récentes, la réhabilitation complète du site nécessiterait 1,643 milliard de FCFA, soit un montant supérieur au coût initial de construction. Ce différentiel met en lumière l’impact financier d’une gestion insuffisamment anticipée et d’un défaut de maintenance prolongé. Dans une région régulièrement présentée comme stratégique pour le développement, le déclin progressif de cette infrastructure symbolise, pour de nombreux observateurs, un déficit de responsabilité collective et de pilotage durable.

Un signal pour l’industrialisation au Cameroun

Au-delà du cas de Sangmélima, ce dossier relance le débat sur la viabilité des projets agro-industriels au Cameroun. L’investissement initial, même conséquent, ne garantit pas la performance. Sans modèle économique robuste, sans maintenance continue et sans ancrage solide dans la chaîne de valeur agricole, les infrastructures risquent de devenir des actifs improductifs. L’usine de transformation du manioc de Sangmélima devait incarner l’industrialisation par l’agriculture. Elle illustre aujourd’hui les défis persistants de la transformation structurelle de l’économie camerounaise. La question reste désormais posée : un plan de relance crédible sera-t-il engagé pour redonner vie à un projet à fort potentiel économique ?

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