Cette sortie intervient dans un contexte de durcissement du contrôle du secteur aurifère camerounais, alors que les autorités multiplient les mesures pour lutter contre la contrebande d’or, les pertes fiscales et l’exploitation anarchique des ressources minières nationales.
Dans son communiqué, le MINMIDT demande aux opérateurs ne disposant pas de titres miniers valides ou n’étant pas à jour de leurs obligations légales de cesser immédiatement leurs activités. Le ministère exige également le démantèlement des unités de traitement du gravier aurifère et des installations connexes exploitées sur les sites concernés. Les autorités préviennent que les installations non démontées volontairement seront détruites par les services compétents de l’administration des mines avec l’appui des forces de maintien de l’ordre. Les frais liés à ces opérations seront supportés par les exploitants incriminés, sans exclure d’éventuelles poursuites judiciaires.
Cette offensive s’inscrit dans la continuité des mesures annoncées en février 2026 par le gouvernement, qui avait déjà décidé du retrait des permis et de la fermeture des sites non conformes dès le 20 février 2026.
Un secteur minier au cœur d’importantes pertes financières
Au-delà de la question réglementaire, l’enjeu est également économique. Selon les données publiées par l’Initiative pour la transparence dans les industries extractives (ITIE), le Cameroun fait face à d’importants écarts entre les exportations officielles d’or et les volumes réellement sortis du territoire.
En 2023, le Cameroun n’a officiellement déclaré que 22,3 kilogrammes d’or exportés. Selon les données officielles de la London Bullion Market Association (LBMA), le prix moyen de l’or s’est établi à 1 940,54 dollars l’once en 2023. À ce niveau de prix, les exportations officiellement déclarées par le Cameroun représentent une valeur d’environ 1,39 million de dollars, soit près de 840 millions de FCFA.
Dans le même temps, les Émirats arabes unis ont déclaré avoir importé plus de 15 tonnes d’or en provenance du Cameroun durant la même période. Au prix moyen officiel du marché international en 2023, ce volume représente une valeur supérieure à 936 millions de dollars, soit environ 565 milliards de FCFA.
Cet écart considérable entre les volumes officiellement exportés par le Cameroun et ceux déclarés à l’importation par les Émirats arabes unis illustre l’ampleur des circuits informels qui échappent encore au contrôle des autorités camerounaises.
Les estimations de l’ITIE indiquent que ces fuites pourraient coûter à l’État camerounais environ 300 millions de dollars par an, soit près de 165 milliards de FCFA de pertes annuelles en recettes publiques.
Les autorités mettent également en avant des progrès récents dans la collecte des ressources minières. Selon des données relayées par des médias locaux, environ 1 500 kg d’or auraient été dirigés vers le Trésor public ces dernières années, contre seulement 37 kg entre l’indépendance du Cameroun et les années 2000.
L’Est et l’Adamaoua, principaux foyers de l’orpaillage semi-mécanisé
Les régions de l’Est et de l’Adamaoua constituent aujourd’hui les principaux bassins de l’exploitation artisanale et semi-mécanisée de l’or au Cameroun. Ces zones attirent depuis plusieurs années des opérateurs nationaux et étrangers en raison de leur important potentiel aurifère.
Mais cette forte activité s’accompagne également de nombreuses dérives : exploitation sans autorisation, absence de traçabilité, non-respect des normes environnementales, destruction des cours d’eau et occupation anarchique des sites miniers.
Selon le MINMIDT, plusieurs entreprises opérant dans ces localités ne respecteraient ni les cahiers de charges ni les exigences du Code minier adopté en 2023.
Yaoundé veut renforcer sa souveraineté minière
À travers cette opération, le gouvernement camerounais cherche aussi à renforcer sa souveraineté économique sur les ressources minières stratégiques du pays. L’objectif affiché est de mieux contrôler les flux d’or, améliorer la traçabilité de la production et accroître les recettes fiscales du secteur extractif.
Les autorités veulent notamment s’appuyer sur la Société nationale des mines (SONAMINES), créée pour centraliser l’achat et la commercialisation de l’or produit localement. Cependant, des zones d’ombre persistent encore autour de la transparence du secteur. Selon l’ITIE, environ 269 kg d’or reçus par la SONAMINES en 2023 n’auraient pas été clairement retracés dans les finances publiques.
Le gouvernement souhaite également favoriser l’industrialisation du secteur minier, jugée plus facile à encadrer que l’exploitation artisanale semi-mécanisée largement dominée par l’informel.
Avec l’identification de près de 200 sociétés illégales dans les régions de l’Est et de l’Adamaoua, le Cameroun franchit une nouvelle étape dans la restructuration de son secteur aurifère. Derrière cette opération d’assainissement, l’État tente surtout de reprendre le contrôle d’une filière où se jouent des dizaines de milliards de FCFA de recettes publiques.
Dans un contexte mondial marqué par la hausse des prix de l’or et la compétition autour des ressources minières stratégiques, Yaoundé cherche désormais à transformer son potentiel aurifère en véritable levier de souveraineté économique, tout en réduisant les circuits informels qui échappent encore largement au contrôle de l’administration.
