Invest in Sanaga : « Notre position stratégique constitue un atout majeur à exploiter », Sa Majesté Merveille EDING BATTA

Suite au lancement officiel de Invest in Sanaga, le forum économique et territorial Édéa 2026, l’autorité traditionnelle, Sa Majesté Merveille EDING BATTA, Président des chefs des villages du Canton Adiè, lance un vibrant appel aux investisseurs dans un territoire à la fois stratégique et propice aux investissements. Énergie, agrobusiness, écotourisme… les chaînes de valeur y sont nombreuses.

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Sa Majesté Merveille EDING BATTA, Président des chefs des villages du Canton Adiè

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Sa Majesté, quelles sont vos impressions suite à la tenue du tout premier forum économique “Invest in Sanaga” ?

Je vous réponds avec une très grande satisfaction et beaucoup de joie, car c’est une initiative que nous attendions depuis longtemps. Au sein de notre association des chefs traditionnels, nous avions déjà réfléchi à un projet similaire, notamment à travers une commission des affaires économiques. Nous estimions que la ville d’Édéa avait besoin d’un forum économique de cette envergure.

Aujourd’hui, ce qui se réalise vient combler une attente ancienne. Un forum économique est un cadre essentiel qui permet de mettre en synergie tous les acteurs du développement local. C’est un passage obligé pour valoriser les opportunités et les potentialités de la Sanaga-Maritime. À ce titre, nous nous devons d’accompagner pleinement cette initiative.

Dans ce contexte, quel est concrètement votre rôle et comment contribuez-vous à ce projet ?

En tant que chef traditionnel, je suis directement concerné par le développement de mon territoire. Dans ma localité, un projet porté par la mairie de la ville existe depuis plusieurs années : le plan secteur Mbengue. Il comprend une zone logistique, des zones industrielles (lourde et légère), une zone agro-industrielle ainsi qu’une zone d’habitation. Bien que validé par le conseil de la ville, ce projet peine à se concrétiser, faute de mobilisation de financements et de synergie entre les différentes institutions.

Il est nécessaire d’harmoniser les actions entre la gouvernance locale — conseil régional, mairie de la ville d’Édéa, mairie d’arrondissement — et les institutions étatiques comme le MINDDEVEL ou le FEICOM, afin de mobiliser les ressources nécessaires. Depuis quatre à cinq ans, ce projet est en attente, alors même qu’il aurait dû être lancé bien avant Missole.

Dans ce contexte, ce forum représente une réelle opportunité. Il ouvre la voie à une collaboration renforcée entre le secteur public et le secteur privé. L’enjeu est clair : rendre notre territoire plus compétitif, notamment en lien avec le corridor Douala – N’Djamena – Bangui et la connexion entre le port de Douala et le port en eau profonde de Kribi.

Située au cœur de ces axes, notre zone a vocation à devenir un pôle logistique majeur. Le projet de Mbenguè doit ainsi s’étendre à l’ensemble des villages environnants — environ six — afin de générer de nouvelles opportunités dans plusieurs secteurs.

C’est pourquoi je crois profondément en ce forum. Nous devons aller plus loin, multiplier ce type d’initiatives, favoriser les mises en relation et encourager la mobilisation de financements. Notre position stratégique constitue un atout majeur à exploiter.

Quelles sont les principales filières économiques de votre territoire ?

Notre département regorge de potentialités. Nous sommes au cœur de la production énergétique du pays grâce au fleuve Sanaga, qui alimente notamment les barrages d’Édéa et de Song Loulou. Nous bénéficions également d’une position géographique stratégique entre Douala, Yaoundé et Kribi, faisant de notre territoire un carrefour économique incontournable.

Sur le plan industriel, nous disposons d’unités comme Alucam, ainsi que de plusieurs cimenteries en développement. L’agro-industrie est également très dynamique, notamment avec la culture du palmier à huile et du cacao, qui offrent des perspectives réelles de transformation locale.

Par exemple, la création d’une chocolaterie est tout à fait envisageable. De même, le potentiel en énergie solaire est important grâce à un ensoleillement favorable.

Le tourisme représente également une filière prometteuse, notamment l’écotourisme. Nous disposons de sites historiques méconnus, comme l’ancien comptoir d’esclaves situé dans le village dit “LOM Edéa”. Ce patrimoine pourrait être valorisé dans une logique d’agrotourisme.

Par ailleurs, plusieurs vestiges de l’époque allemande, aujourd’hui abandonnés en pleine forêt, pourraient être restaurés et intégrés dans une offre touristique structurée. De nombreux pays valorisent ce type de patrimoine, alors même que nous disposons de ressources similaires encore inexploitées.

Malgré ces atouts, quels sont les principaux freins au développement ?

Le principal défi reste la volonté politique. Il est indispensable que l’administration évolue vers une gouvernance véritablement orientée vers le développement.

À cela s’ajoutent des insuffisances en infrastructures, notamment en matière de routes et d’accès à l’électricité. Il est paradoxal qu’une région fortement contributrice à la production énergétique nationale souffre encore d’un déficit d’électrification dans plusieurs villages.

Or, sans énergie, aucun développement local durable n’est possible. L’électrification des zones rurales doit donc être une priorité.

Quel message souhaitez-vous adresser à l’issue de cet entretien ?

La Sanaga-Maritime possède d’immenses richesses : ressources naturelles, potentiel énergétique, terres agricoles et position stratégique. Tous les éléments sont réunis pour en faire un pôle majeur de développement.

Dans une logique de partenariat public-privé et de joint-venture, il est possible de mobiliser des financements et de concrétiser de nombreux projets. Les initiatives comme port fluvial de missole, Dole city et Port sec de Mbengue ne sont pas exclusives les unes des autres : elles peuvent se renforcer mutuellement.

Il est essentiel d’engager une véritable stratégie de marketing territorial, afin de permettre aux collectivités locales de promouvoir efficacement leurs opportunités. Les conseils municipaux doivent être porteurs d’une vision claire du développement local.

Enfin, les chefs traditionnels, en collaboration avec leurs élites, doivent pleinement s’impliquer pour garantir une gouvernance stratégique et écarter les initiatives dépourvues de vision.

Propos recueillis par Leonel Douniya et Dani Robertson 

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