Le secteur aurifère camerounais revient au centre des préoccupations en matière de gouvernance des ressources naturelles. Alors que le pays cherche à faire des mines un nouveau moteur de croissance économique, les chiffres compilés sur les exportations d’or entre 2021 et 2025 révèlent des écarts considérables entre les volumes officiellement déclarés et les quantités effectivement exportées. Cette situation soulève des interrogations sur l’efficacité des dispositifs de contrôle et sur les importantes recettes fiscales qui échappent encore au Trésor public.
Des écarts qui traduisent l’ampleur des exportations non déclarées
Le tableau de synthèse montre que 46,219 tonnes d’or ont été exportées vers l’étranger entre 2021 et 2025. Pourtant, les déclarations cumulées enregistrées par la Douane et la Sonamines ne représentent que 1,897 tonne. L’écart atteint ainsi 44,321 tonnes, un volume présenté dans le document comme de l’or sorti des circuits officiels.
Les années 2023 et 2024 apparaissent comme les plus marquantes. En 2023, plus de 15 tonnes d’or ont été exportées alors que moins d’une tonne a été officiellement déclarée. La même tendance est observée en 2024 avec 12,2 tonnes exportées pour seulement 644 kilogrammes déclarés. En 2025, malgré une baisse des volumes exportés à 8,4 tonnes, l’écart demeure supérieur à 8 tonnes, traduisant la persistance du phénomène.
Une valeur économique estimée à près de 2 000 milliards de FCFA
Au-delà des quantités concernées, c’est surtout l’importance financière des écarts qui retient l’attention. Le document estime la valeur cumulée de l’or ayant échappé aux circuits officiels à 1 941,19 milliards de FCFA sur cinq ans.
Les écarts financiers dépassent les 500 milliards de FCFA pour chacune des années 2023, 2024 et 2025. À eux seuls, ces trois exercices représentent l’essentiel de la valeur enregistrée sur l’ensemble de la période. Ces montants illustrent le poids économique stratégique de l’or dans les exportations minières du Cameroun ainsi que les ressources qui pourraient être mieux captées grâce à un renforcement des mécanismes de traçabilité.
Plus de 577 milliards de FCFA de recettes fiscales potentiellement perdus
Les conséquences de ces écarts se répercutent directement sur les finances publiques. Selon les estimations figurant dans le tableau, les pertes fiscales cumulées atteignent 577,51 milliards de FCFA entre 2021 et 2025.
Les pertes les plus importantes sont enregistrées en 2023 (161,79 milliards de FCFA) et en 2024 (159,16 milliards de FCFA), avant de s’établir à 153,20 milliards de FCFA en 2025. Ces ressources auraient pu contribuer au financement des infrastructures, des services sociaux de base ou encore des investissements publics destinés à soutenir la transformation économique du pays.
Le renforcement de la gouvernance minière devient un enjeu stratégique
Ces données illustrent les défis auxquels le Cameroun demeure confronté dans la maîtrise de sa chaîne de valeur aurifère. Malgré les réformes engagées ces dernières années pour améliorer la traçabilité de la production, renforcer le rôle de la Sonamines et mieux encadrer les exportations, les écarts observés montrent que des marges de progression importantes subsistent.
Pour les pouvoirs publics, la réduction des exportations illicites représente désormais un enjeu majeur. Une meilleure formalisation de l’exploitation artisanale, un suivi plus rigoureux des flux commerciaux et une coopération renforcée entre les administrations pourraient permettre d’accroître les recettes publiques tout en améliorant la transparence du secteur.
Les écarts enregistrés entre les exportations officielles et les volumes d’or effectivement expédiés à l’étranger traduisent l’ampleur des défis auxquels le Cameroun est confronté dans la gouvernance de sa filière aurifère. Avec 44,3 tonnes d’or ayant échappé aux circuits officiels entre 2021 et 2025, pour une valeur estimée à 1 941,19 milliards de FCFA et des pertes fiscales évaluées à 577,51 milliards de FCFA, la maîtrise de la traçabilité des exportations apparaît comme un enjeu majeur. Le renforcement des mécanismes de contrôle, de la formalisation de l’exploitation artisanale et de la transparence dans la commercialisation de l’or pourrait permettre à l’État de mieux valoriser ses ressources minières et d’accroître ses recettes publiques.
