Un nouveau projet d’envergure dans le secteur aéroportuaire suscite des réserves au sein même de l’appareil public camerounais. Le Conseil d’Appui à la Réalisation des Contrats de Partenariat (CARPA), organe chargé d’accompagner les administrations dans la structuration des partenariats public-privé (PPP), a officiellement exprimé ses préoccupations au sujet du contrat relatif au système de contrôle de sécurité des aéroports internationaux du Cameroun.
Selon le communiqué signé par son président, Théodore Bondoma Yokono, le CARPA a été sollicité pour désigner des représentants au sein du comité de suivi de ce contrat. Toutefois, l’institution indique avoir constaté, dès le 15 janvier 2026, que la démarche engagée ne respectait pas les procédures légales applicables en matière de partenariat public-privé.
Un projet de plus de 92 milliards FCFA sous surveillance
D’après le document, le contrat en question représente un investissement de 92,036 milliards FCFA hors taxes. Il prévoit que le partenaire privé soit rémunéré à travers une redevance acquittée par les usagers pendant toute la durée d’exploitation du système, une période qui pourrait être prolongée grâce à une clause d’extension.
Par son ampleur financière, ce projet figure parmi les opérations les plus importantes engagées ces dernières années dans le domaine de la sûreté aéroportuaire au Cameroun. Les équipements concernés devraient contribuer au renforcement des contrôles de sécurité dans les plateformes internationales du pays, dans un contexte marqué par le durcissement des normes internationales de sûreté aérienne.
Mais au-delà de l’objectif affiché, le CARPA estime que plusieurs éléments essentiels n’ont pas été suffisamment documentés ou partagés avec les administrations compétentes.
Des insuffisances relevées sur les études et le financement
L’une des principales réserves formulées concerne la disponibilité du dossier de faisabilité. Le CARPA affirme que l’étude de faisabilité n’aurait pas été mise à la disposition des administrations concernées pour évaluation.
L’institution relève également l’absence d’informations détaillées sur le plan de financement des investissements, ainsi que sur les modalités de financement de l’entretien et de la maintenance des équipements tout au long du projet.
Ces éléments sont pourtant considérés comme des composantes essentielles dans l’évaluation des partenariats public-privé. Ils permettent notamment de mesurer la soutenabilité financière du projet, le partage des risques entre l’État et le partenaire privé, ainsi que les impacts potentiels sur les finances publiques et sur les usagers.
Des interrogations sur le partenaire privé retenu
Le communiqué pointe également ce qu’il qualifie d’« asymétrie d’information » concernant le partenaire privé sélectionné. Le CARPA indique ne pas disposer d’éléments suffisants sur les capacités techniques et opérationnelles de l’entreprise retenue.
L’instance évoque notamment des interrogations relatives à « l’attelage fonctionnel » du partenaire ainsi qu’à ses références dans la réalisation de projets similaires. Une situation qui, selon elle, ne permet pas d’apprécier pleinement la solidité du montage proposé.
Dans les projets de partenariat public-privé, l’expérience du partenaire constitue généralement un critère déterminant pour limiter les risques d’exécution, particulièrement lorsqu’il s’agit d’infrastructures stratégiques comme les aéroports internationaux.
Le CARPA se désengage des responsabilités liées au projet
Face à ces réserves, le CARPA précise avoir porté ses observations à la connaissance des administrations compétentes. L’institution souligne qu’elle attire l’attention sur les fragilités tant sur la forme que sur le fond du contrat. Dans une formulation particulièrement ferme, elle indique laisser aux acteurs impliqués dans l’élaboration et la mise en œuvre du projet « l’entière responsabilité » des conséquences socio-économiques, financières et comptables susceptibles d’en découler à court, moyen et long terme.
Cette prise de position traduit la volonté du CARPA de marquer officiellement sa distance vis-à-vis d’un projet dont la structuration ne répondrait pas, selon lui, aux exigences réglementaires encadrant les partenariats public-privé au Cameroun.
Le contrat de sécurisation des aéroports internationaux du Cameroun, évalué à plus de 92 milliards FCFA, se retrouve désormais au centre d’un débat sur la gouvernance des grands projets publics. En soulevant des questions relatives à la procédure, aux études de faisabilité, au financement et au profil du partenaire privé retenu, le CARPA met en lumière les défis persistants de transparence et de rigueur dans la conduite des partenariats public-privé. Reste à savoir si les administrations concernées apporteront les clarifications nécessaires pour sécuriser un projet dont les implications financières et opérationnelles s’annoncent considérables pour l’État comme pour les usagers.
