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Changement climatique et inégalités : experts et décideurs plaident pour faire de la crise climatique un levier de développement en Afrique

Les effets du changement climatique redessinent progressivement les équilibres économiques, creusent les inégalités sociales et compromettent les perspectives de développement de l'Afrique. C'est le principal constat dressé lors de la conférence thématique organisée le 22 juillet par le Programme GPE Cameroun, autour du thème « Changement climatique et inégalités ». La rencontre a réuni plusieurs experts, dont le doyen de la Faculté des Sciences économiques et de Gestion de l'Université de Yaoundé II, le Pr Désiré Avom, et le Directeur général de l'Observatoire national sur les changements climatiques (ONACC), le Pr Joseph Armathé Amougou. Tous ont souligné l'urgence de renforcer les politiques d'adaptation et de résilience face à une crise qui accentue les vulnérabilités économiques, sociales et environnementales du continent.

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Réunissant universitaires, étudiants, chercheurs et décideurs, cette rencontre a permis d’analyser les effets économiques du dérèglement climatique, tout en ouvrant la réflexion sur les solutions innovantes susceptibles de transformer cette crise en opportunité de développement. Dans son exposé, le Pr Désiré Avom a démontré que le changement climatique constitue désormais un puissant facteur d’aggravation des inégalités socio-économiques. Les populations les plus pauvres, dont les revenus dépendent principalement de l’agriculture, de l’élevage ou de la pêche, demeurent les premières victimes des sécheresses, des inondations ou des épisodes climatiques extrêmes. Selon lui, les perturbations climatiques réduisent la productivité, compromettent les investissements, accentuent la pauvreté et ralentissent durablement la croissance économique. Elles deviennent ainsi une question de développement autant qu’un défi environnemental.

Cette analyse rejoint les conclusions du rapport collaboratif State of the Climate in Africa 2025, publié en juin 2026 par l’Organisation météorologique mondiale (OMM), la Commission de l’Union africaine, la Banque africaine de développement (BAD) et le Centre africain pour les applications de la météorologie au développement (ACMAD). Le document révèle qu’en 2025, au moins 13 millions de personnes ont été directement affectées par des événements climatiques extrêmes sur le continent, tandis que plus de 3 000 décès ont été enregistrés à la suite d’inondations, de sécheresses et de tempêtes. Le rapport souligne également que les pertes économiques continuent de croître, les secteurs agricoles, les ressources en eau et les infrastructures figurant parmi les plus exposés.

Les auteurs du rapport insistent sur l’urgence d’accélérer les investissements dans les systèmes d’alerte précoce, les infrastructures résilientes et les politiques d’adaptation afin de limiter les conséquences humaines et économiques des chocs climatiques.

Au Cameroun, des impacts déjà visibles sur l’économie

Au Cameroun, les effets du changement climatique sont désormais perceptibles dans plusieurs secteurs stratégiques. L’agriculture, principale source de revenus pour une grande partie de la population, subit les conséquences des sécheresses prolongées, des pluies irrégulières et des inondations. Les productions de maïs, de sorgho, de riz, de cacao, de café et de coton enregistrent des baisses de rendement qui réduisent les revenus des exploitants, alimentent la hausse des prix des denrées alimentaires et accentuent l’insécurité alimentaire.

Les infrastructures publiques sont également fortement touchées. Dans les régions de l’Extrême-Nord, du Nord, du Centre, du Littoral et de l’Ouest, les inondations détruisent régulièrement routes, ponts, écoles, centres de santé, habitations et exploitations agricoles. Ces destructions mobilisent d’importantes ressources publiques pour la reconstruction, au détriment d’autres investissements prioritaires. Le secteur de l’élevage fait face à la raréfaction des pâturages et des points d’eau dans les régions septentrionales, entraînant une baisse des cheptels et une recrudescence des conflits entre agriculteurs et éleveurs.

Les conséquences sanitaires deviennent également préoccupantes. L’évolution des températures et du régime des pluies favorise la propagation du paludisme dans de nouvelles zones, tandis que les inondations accroissent les risques de choléra et de maladies hydriques. La production d’électricité, largement dépendante de l’hydroélectricité, est également fragilisée par les épisodes de sécheresse qui réduisent le niveau des barrages, provoquant des délestages et une baisse de la productivité industrielle. Enfin, les catastrophes climatiques provoquent des déplacements de populations qui renforcent la pression sur les centres urbains, aggravant le chômage et la précarité.

Un continent qui paie le prix fort du réchauffement

Les échanges ont rappelé que l’Afrique demeure l’une des régions les plus vulnérables aux changements climatiques malgré sa faible responsabilité dans les émissions mondiales de gaz à effet de serre. Dans la Corne de l’Afrique, les sécheresses successives ont entraîné des pertes massives de bétail et plongé des millions de personnes dans l’insécurité alimentaire. En Afrique australe, les cyclones Idai et Freddy ont détruit des infrastructures essentielles et occasionné plusieurs milliards de dollars de pertes économiques. En Afrique de l’Ouest, l’avancée du désert réduit les surfaces cultivables et accélère les migrations internes, tandis que les pays d’Afrique du Nord sont confrontés à une raréfaction croissante des ressources en eau.

Selon le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), l’Afrique est responsable de moins de 4 % des émissions historiques mondiales de gaz à effet de serre, mais figure parmi les continents les plus durement touchés par leurs conséquences. Une situation qualifiée d’injustice par les experts.

Transformer les perturbations climatiques en opportunités de développement

Intervenant au cours des échanges, le Directeur général de l’Observatoire National sur les Changements Climatiques (ONACC), le Professeur AMOUGOU Joseph Armathé a appelé les États africains à changer de paradigme. Pour lui, le continent ne doit plus uniquement considérer le changement climatique comme une menace, mais également comme une opportunité de transformation économique.

Il a notamment cité le marché du carbone, qui permet aux pays disposant d’importants puits de carbone, comme le Cameroun grâce à son vaste massif forestier, de valoriser financièrement leurs efforts de conservation des écosystèmes et de réduction des émissions de gaz à effet de serre. Les revenus générés pourraient contribuer au financement de projets d’adaptation, de développement local et de transition écologique.

Les coûts de l’inaction dépassent ceux de l’action

Le responsable de l’ONACC a également mis en avant le mécanisme de « dette contre nature » (Debt-for-Nature Swap), qui consiste à convertir une partie de la dette extérieure d’un pays en investissements dédiés à la protection de l’environnement. Une approche qui permettrait aux États africains de réduire leur charge d’endettement tout en mobilisant davantage de ressources pour préserver leurs forêts, restaurer les écosystèmes et renforcer leur résilience face aux changements climatiques. Selon lui, ces mécanismes innovants doivent désormais être intégrés dans les politiques économiques afin de faire du capital naturel africain un véritable moteur de croissance durable. En plus le Directeur de l’ONACC milite pour un ajustement des politiques lorsque cela s’avère nécessaire.« Les coûts de l’inaction sont supérieurs aux coûts de l’action », a-t-il affirmé. 

La conférence a également permis de rappeler l’ampleur des défis financiers auxquels le continent est confronté. Selon la Banque africaine de développement, les pays africains perdent entre 5 % et 15 % de leur PIB par habitant en raison des effets du changement climatique, alors que les besoins d’adaptation devraient dépasser 200 milliards de dollars par an d’ici 2030. De son côté, la Banque mondiale estime que jusqu’à 86 millions de personnes pourraient devenir des migrants climatiques internes en Afrique subsaharienne d’ici 2050 si les investissements dans l’adaptation restent insuffisants.

En clôturant les travaux, le Directeur général de l’ONACC a insisté sur la nécessité d’une mobilisation collective des gouvernements, du secteur privé, des chercheurs et des partenaires techniques et financiers. Pour les intervenants, investir dès aujourd’hui dans l’adaptation climatique, les systèmes d’alerte précoce, les infrastructures résilientes et les mécanismes de financement innovants n’est plus une option, mais une condition indispensable pour réduire les inégalités et construire un développement durable en Afrique.

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