Le Mali, nouvel entrant africain sur le marché du lithium, fait face à des difficultés logistiques et commerciales pour écouler sa production, dans un contexte marqué par la baisse des prix mondiaux et les contraintes d’exportation régionales.
Le Mali poursuit son positionnement dans l’industrie mondiale des minerais stratégiques grâce au lancement progressif de plusieurs projets de lithium destinés au marché des batteries électriques. Toutefois, alors que les premières cargaisons quittent le pays, les acteurs du secteur sont confrontés à des obstacles liés au transport, aux infrastructures et à la conjoncture internationale du lithium. Une situation qui ralentit les perspectives de rentabilité rapide pour ce secteur présenté comme l’un des nouveaux leviers de diversification économique du pays.
Une montée en puissance progressive de la production malienne
Le projet de Bougouni, développé par la société minière australienne Kodal Minerals en partenariat avec Hainan Mining, figure parmi les principaux projets ayant récemment lancé les premières expéditions de lithium malien.
Le site produit du concentré de spodumène, une matière première utilisée dans la fabrication des batteries lithium-ion. Les projections initiales tablent sur une production annuelle d’environ 125 000 tonnes, avec une possibilité d’extension pouvant atteindre plus de 230 000 tonnes par an selon l’évolution du marché et des capacités opérationnelles.
Cette dynamique s’inscrit dans la stratégie du Mali visant à renforcer son poids dans les minerais critiques, après plusieurs années de dépendance à l’or qui demeure la principale ressource d’exportation du pays.
Des contraintes logistiques qui ralentissent les exportations
Malgré le lancement de la production, le pays fait face à d’importantes difficultés pour acheminer le minerai vers les marchés internationaux. Le Mali reste dépendant des corridors routiers et des infrastructures portuaires des pays voisins pour ses exportations minières.
Les opérateurs du secteur doivent notamment transporter les cargaisons vers les ports d’Afrique de l’Ouest, principalement en Côte d’Ivoire, ce qui augmente les coûts logistiques et rallonge les délais d’exportation.
L’absence d’accès direct à la mer, combinée à des infrastructures ferroviaires limitées et à des contraintes sécuritaires dans certaines zones régionales, complique également la fluidité de la chaîne d’approvisionnement.
Ces difficultés interviennent alors que le marché mondial du lithium connaît une phase de ralentissement après la forte hausse observée entre 2021 et 2023.
La baisse des prix mondiaux fragilise les nouveaux producteurs
Le recul des prix du lithium sur le marché international réduit les marges des nouveaux producteurs africains. Après le boom provoqué par la forte demande en véhicules électriques, les prix du lithium ont enregistré une baisse importante sous l’effet d’un ralentissement de la demande chinoise et d’une augmentation de l’offre mondiale. Au 8 mai 2026, le cours du lithium a enregistré une hausse notable, atteignant environ 194 000 CNY/T (yuan chinois par tonne), soit une progression de plus de 24 % sur un mois et une augmentation significative sur un an.
Cette évolution affecte particulièrement les projets récemment mis en production, dont les coûts d’exploitation et de transport restent élevés. Pour le Mali, la rentabilité du secteur dépendra désormais non seulement de la capacité de production, mais aussi de l’amélioration des infrastructures logistiques et de la stabilité des chaînes d’exportation.
L’entrée du Mali dans le marché mondial du lithium confirme l’intérêt croissant de l’Afrique pour les minerais stratégiques liés à la transition énergétique. Toutefois, les difficultés d’écoulement de la production montrent que le développement minier ne repose pas uniquement sur la disponibilité des ressources. Les infrastructures de transport, la compétitivité logistique et l’évolution des prix internationaux apparaissent désormais comme des facteurs déterminants pour la viabilité des nouveaux projets miniers africains.