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Mines au Sénégal : l’audit suspendu ravive la bataille autour des revenus de l’État

La suspension de l'audit du portefeuille minier de l'État, révélée par l'ancien directeur général de la Société des mines du Sénégal (Somisen), Ngagne Demba Touré, dépasse le simple cadre d'une controverse administrative. Elle remet au cœur du débat la capacité du Sénégal à tirer pleinement profit de ses ressources naturelles. Alors que le secteur minier est devenu un moteur de croissance et attire d'importants investissements, la gouvernance des participations publiques apparaît comme un enjeu stratégique pour les finances de l'État et la souveraineté économique du pays.

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Les déclarations de Ngagne Demba Touré, quelques jours après son départ de la direction générale de la Somisen, ont relancé le débat sur la gestion des ressources minières au Sénégal. L’ancien responsable affirme qu’un audit stratégique des participations de l’État dans les sociétés minières, engagé en juin 2024, a été suspendu sur instruction de « la plus haute autorité de l’État ». Selon lui, les premiers résultats de cette mission avaient permis d’identifier plusieurs exploitations aurifères dans lesquelles la participation publique se limiterait à 10 %.

Au-delà de la polémique, cette sortie met en lumière une question centrale pour l’économie sénégalaise : quelle part de la richesse générée par l’exploitation minière revient réellement à l’État ? Dans un contexte où le pays cherche à mobiliser davantage de ressources internes pour financer son développement, la valorisation des actifs miniers publics devient un enjeu économique majeur.

Un secteur minier devenu un pilier de l’économie sénégalaise

Au cours de la dernière décennie, le Sénégal s’est imposé comme l’une des principales destinations minières d’Afrique de l’Ouest. L’or, les phosphates, le zircon, le calcaire et le fer constituent les principales ressources exploitées ou en développement.

Selon les données du ministère des Mines et de la Géologie du Sénégal, la production industrielle d’or dépasse désormais 16 tonnes par an, contre moins de 7 tonnes au début des années 2010. Cette progression traduit l’accélération des activités minières, notamment avec l’entrée en production de nouveaux projets aurifères.

Le secteur extractif occupe également une place importante dans l’économie nationale. Les données officielles indiquent qu’il représente environ 4 % du produit intérieur brut (PIB) et figure parmi les principales sources d’exportations du pays. Les investissements réalisés par les compagnies minières au Sénégal représentent plusieurs centaines de milliards de francs CFA, confirmant le rôle stratégique de cette industrie dans la croissance économique.

La participation de 10 % de l’État, un mécanisme prévu par le Code minier

Les révélations de Ngagne Demba Touré concernent notamment plusieurs sociétés minières dans lesquelles l’État disposerait d’une participation de 10 %. Ce niveau correspond au mécanisme prévu par la réglementation minière sénégalaise.

En effet, le Code minier du Sénégal de 2016 prévoit une participation gratuite de 10 % de l’État dans le capital des sociétés titulaires d’un permis d’exploitation. Le texte prévoit également la possibilité pour l’État d’acquérir des parts supplémentaires selon les conditions définies dans les conventions minières.

Cette question de la participation publique est devenue un sujet majeur sur le continent africain. Plusieurs pays producteurs cherchent aujourd’hui à renforcer leur présence dans les projets miniers afin d’augmenter les retombées économiques nationales et de mieux capter la valeur créée par leurs ressources naturelles.

L’audit minier suspendu au centre des interrogations sur les actifs publics

Selon l’ancien directeur général de la Somisen, l’audit lancé en juin 2024 devait permettre d’établir une cartographie complète des participations détenues par l’État dans les sociétés minières opérant au Sénégal.

Cette mission devait notamment mesurer la rentabilité des actifs publics, analyser les revenus générés par ces participations et identifier les possibilités d’amélioration de la position de l’État dans les différents projets miniers.

Ngagne Demba Touré affirme toutefois que cet audit a été suspendu sur instruction de « la plus haute autorité de l’État ». À ce jour, aucune explication officielle n’a été communiquée sur les raisons de cette suspension.

Pour les spécialistes de la gouvernance extractive, la connaissance précise du patrimoine minier public constitue pourtant une étape essentielle pour renforcer la transparence, sécuriser les revenus de l’État et orienter les futures politiques minières.

Des revenus miniers en hausse dans un contexte de forte demande mondiale

Les industries extractives occupent une place croissante dans les finances publiques sénégalaises. Selon les rapports de l’Initiative pour la transparence dans les industries extractives (ITIE Sénégal), les revenus générés par le secteur dépassent 380 milliards de francs CFA, à travers les impôts, les redevances, les dividendes et les autres contributions versées par les entreprises minières.

Cette progression intervient dans un contexte international favorable, marqué par la hausse des cours de plusieurs matières premières, notamment l’or. Cette situation améliore la rentabilité des exploitations et renforce les attentes autour d’un meilleur partage des revenus entre les compagnies minières et l’État.

Pour le Sénégal, l’enjeu n’est donc plus uniquement d’attirer des investissements, mais aussi de maximiser les retombées économiques de l’exploitation des ressources naturelles.

La gouvernance minière, un enjeu majeur pour la souveraineté économique

Depuis son arrivée au pouvoir, le président Bassirou Diomaye Faye a placé la souveraineté économique et la gestion des ressources naturelles parmi les priorités de son programme. Le gouvernement a également annoncé sa volonté d’améliorer la gouvernance des secteurs stratégiques afin d’assurer une meilleure redistribution des richesses.

Dans ce contexte, le dossier de l’audit minier prend une dimension économique importante. Il pose la question de la capacité de l’État à maîtriser ses actifs, à renforcer ses revenus et à utiliser les ressources minières comme un véritable outil de développement industriel.

L’expérience d’autres pays africains montre que les États producteurs cherchent désormais à dépasser le simple rôle de percepteur de taxes pour devenir de véritables acteurs de la chaîne de valeur minière.

L’affaire de l’audit minier suspendu intervient à un moment stratégique pour le Sénégal, alors que le pays entre dans une nouvelle phase de valorisation de ses ressources naturelles avec l’exploitation du pétrole et du gaz depuis 2024.

Les débats actuels autour des participations publiques dans les sociétés minières rappellent une réalité : posséder des ressources naturelles ne garantit pas automatiquement une transformation économique durable. La transparence des contrats, la maîtrise des actifs publics et une meilleure intégration industrielle seront déterminantes pour permettre au Sénégal de convertir ses richesses minières en emplois, en infrastructures et en croissance durable.

Avec plusieurs décennies d’exploitation minière derrière lui et de nouveaux projets en perspective, le Sénégal se trouve désormais face à un défi majeur : faire évoluer son modèle minier afin que les revenus issus du sous-sol bénéficient davantage à l’économie nationale.

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