Le think tank ODI Global estime que les 114 pays à revenu faible et intermédiaire (PRFI) pourraient perdre 89 milliards de dollars par an, soit environ 0,5 % de leur PIB cumulé, du fait des nouveaux droits de douane réciproques imposés par Washington. Les calculs reposent sur l’hypothèse qu’une hausse de 1 % des prix à l’importation entraîne une baisse équivalente de la demande, les exportateurs supportant pleinement l’impact du protectionnisme américain.
À cela s’ajoutent les réductions annoncées de l’aide publique au développement (APD), estimées à 39 milliards de dollars en 2025, qui toucheraient 126 pays. L’impact combiné pourrait représenter un choc supérieur à 1,3 % du PIB des PRFI si l’on inclut les menaces de sanctions commerciales supplémentaires visant des pays comme le Brésil, l’Inde ou le Mexique.
Six pays africains dans le Top 10 mondial des plus vulnérables
Selon le rapport de l’ODI Global l’Afrique apparaît en première ligne. Sur la base de 18 indicateurs d’exposition (dépendance aux exportations américaines, poids de l’aide internationale, fragilité économique et politique), six pays africains figurent dans le Top 10 mondial des plus vulnérables : Burundi, Soudan du Sud, Mozambique, São Tomé-et-Príncipe, Somalie et le Soudan. Ces pays partagent un double handicap : une dépendance élevée à l’aide extérieure et une faible diversification économique. Le rapport classe notamment le Burundi et le Soudan du Sud parmi les plus exposés au monde, au même rang que le Liban, l’Ukraine et l’Afghanistan.
Des pertes macroéconomiques lourdes pour les pays fragiles
Les pays à faible revenu (PFR) subiront les effets les plus dramatiques, avec des pertes équivalant à 1,8 % de leur PIB cumulé. Certains petits États insulaires comme São Tomé-et-Príncipe, les îles Marshall ou la Micronésie pourraient perdre jusqu’à 30 % de leur PIB, uniquement du fait des coupes dans l’aide internationale. En Afrique, la dépendance des pays en crise Somalie, Soudan, Soudan du Sud à l’aide internationale laisse présager une forte contraction budgétaire, risquant d’alimenter instabilité sociale et tensions sécuritaires.
Les effets indirects : volatilité financière et commerce mondial fragilisé
Au-delà de l’impact direct, l’Afrique sera exposée à des effets indirects tel que la volatilité accrue des flux de capitaux et des taux de change, liée à un possible resserrement monétaire mondial, la dépendance au ralentissement chinois, principal moteur des exportations africaines et la remise en question de l’AGOA (African Growth and Opportunity Act), principal cadre de préférences commerciales entre l’Afrique et les États-Unis.
La Côte d’Ivoire et la Tanzanie, bien que moins exposées directement, restent vulnérables à ces chocs indirects.
Des marges de manœuvre limitées mais stratégiques
Pour atténuer l’impact de ce double choc, l’ODI Global recommande plusieurs pistes le reprofilage de la dette vers des maturités plus longues et des financements concessionnels, des mesures monétaires ciblées (assouplissement de la liquidité, amortisseurs de change), la diversification des partenaires commerciaux, afin de réduire la dépendance vis-à-vis des États-Unis et la relocalisation industrielle et transformation locale des matières premières, pour accroître la résilience.À moyen terme, la clé résidera dans la diversification économique et la mise en place de nouveaux partenariats régionaux et multilatéraux.
Le Maroc et le Rwanda en première ligne d’une riposte multilatérale
Face à la montée du protectionnisme américain, certains pays africains cherchent déjà à renforcer leurs alliances commerciales.
Selon le Financial Times, le Maroc et le Rwanda rejoindront en novembre prochain le nouveau groupement FIT-P (Future of Investment and Trade Partnership), initié par Singapour, les Émirats arabes unis et la Nouvelle-Zélande.
Objectif : défendre un commerce international ouvert, fondé sur des règles, et promouvoir la digitalisation des échanges (documents électroniques, signatures numériques, commerce en ligne).
Le choix stratégique des prochaines années consistera à transformer la fragilité en opportunité : en consolidant les chaînes de valeur régionales, en négociant de nouveaux accords de libre-échange, et en misant sur la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) comme levier d’intégration.