Dans un contexte marqué par une croissance modérée (+3,9 %), un déficit commercial structurel (-1 761 milliards FCFA en 2024) et une dette publique à 40 % du PIB, les 12 candidats en lice affichent des visions contrastées pour relancer l’économie du Cameroun. Une étude indépendante conduite par le GPE de l’Université de Yaoundé I permet de comparer la pertinence, la faisabilité et la solidité de leurs programmes économiques.
Le RDPC : continuité et discipline budgétaire
Le Rassemblement Démocratique du Peuple Camerounais (RDPC) s’appuie sur la Stratégie Nationale de Développement 2030 (SND30) pour défendre une politique de continuité. Dans un contexte où la dette publique absorbe près de 22 % des recettes fiscales et où le déficit budgétaire avoisine 3,2 % du PIB, le parti au pouvoir insiste sur la discipline budgétaire et la stabilisation macroéconomique. Son programme mise sur la diversification industrielle, la modernisation de l’agriculture (qui emploie encore 62 % de la population active) et la consolidation des infrastructures énergétiques et logistiques. En parallèle, le RDPC promet un renforcement des politiques sociales, afin de réduire un taux de pauvreté estimé à 37 % et un chômage des jeunes évalué à près de 32 %.
Le SDF : réformes structurelles et justice sociale
Le Social Democratic Front (SDF) adopte une ligne plus réformatrice, centrée sur la réforme des finances publiques et la justice sociale. Face à une balance commerciale déficitaire de plus de 1 700 milliards FCFA en 2024, le parti propose une stratégie de diversification accélérée pour réduire la dépendance aux importations alimentaires et énergétiques. Le SDF entend aussi renforcer la transparence et la gouvernance, considérant qu’une meilleure efficacité administrative pourrait libérer jusqu’à 2 points de PIB en ressources mal utilisées. Il promet par ailleurs un accès élargi aux services sociaux de base santé, éducation, logement pour réduire les inégalités, alors que 8 millions de Camerounais vivent encore sous le seuil de pauvreté.
Le PAL : inclusion et transition énergétique
Le Parti de l’Alliance Libérale (PAL) place l’inclusion sociale et la transition énergétique au cœur de son projet économique. Il propose de développer les énergies renouvelables pour réduire la dépendance à une production électrique encore dominée à 70 % par l’hydroélectricité. Sur le plan social, il ambitionne d’accroître l’accès à l’éducation secondaire et de réduire le taux de pauvreté d’au moins 10 points à l’horizon 2030. Toutefois, le PAL reste flou sur le financement de ces ambitions dans un contexte où la pression fiscale stagne autour de 12 % du PIB, l’un des taux les plus bas d’Afrique centrale.
Le PCRN : la jeunesse au cœur du projet
Le Parti Camerounais pour la Réconciliation Nationale (PCRN) met la jeunesse au centre de son discours économique. Dans un pays où près de 65 % de la population a moins de 25 ans, le parti promet d’investir massivement dans l’entrepreneuriat, la formation professionnelle et l’adaptation des cursus aux besoins du marché. Il souhaite réduire le chômage des jeunes diplômés estimé à plus de 30 % en favorisant l’accès au crédit et en créant des incubateurs régionaux. Sur le plan macroéconomique, le PCRN se veut réformateur, mais son programme reste critiqué pour son manque de précision sur le financement de ces réformes, alors même que la dette extérieure du pays dépasse déjà 13 000 milliards FCFA.
Le FDC : ambitions financières mais planification floue
Le Front pour le Développement du Cameroun (FDC) fait du secteur financier l’un de ses axes prioritaires, plaidant pour une meilleure mobilisation de l’épargne nationale afin de financer le développement. Il entend également améliorer l’accès au crédit pour les PME, qui représentent 90 % du tissu économique mais contribuent à moins de 20 % au PIB. Le FDC propose aussi des mesures sociales fortes, notamment dans la santé et l’éducation, afin d’améliorer l’indice de développement humain (actuellement classé 154e sur 193 pays). Cependant, le manque de projections budgétaires claires et l’absence d’un calendrier précis affaiblissent la faisabilité de son programme.
Le PURS : maîtrise macroéconomique, faiblesse sociale
Le parti du Peuple uni pour la rénovation sociale (PURS) met en avant une approche disciplinée des finances publiques, dans un contexte où le service de la dette absorbe déjà plus de 800 milliards FCFA par an. Le PURS se démarque par une vision macroéconomique rigoureuse, mais pèche par son manque d’ambition sur le développement productif et les politiques sociales. Alors que l’agriculture contribue encore à 17 % du PIB et pourrait être un moteur de croissance, son programme reste silencieux sur les stratégies de valorisation des filières locales. Ce déséquilibre réduit la portée de ses propositions.
Les autres partis : programmes lacunaires et projections irréalistes
Le Mouvement Citoyen National du Cameroun (MCNC) propose quelques mesures sur les finances publiques, mais reste trop limité pour convaincre sur l’ensemble de l’économie. Le Front pour le Salut National du Cameroun (FSNC) présente un programme jugé fragile, basé sur des hypothèses de croissance irréalistes supérieures à 7 %, alors que la moyenne observée ces cinq dernières années est de 3,5 %. Quant au Parti UNIVERS, son programme souffre d’importantes lacunes : absence de stratégie macroéconomique claire, faiblesse des propositions sociales et projections financières incomplètes.
Les programmes convergent sur la nécessité d’investir dans les infrastructures de base : routes, chemins de fer, ports, télécommunications et énergie. L’objectif affiché est double : faciliter la circulation des biens et services et attirer les investisseurs étrangers.
Certains mettent particulièrement l’accent sur la création de zones économiques spéciales pour accélérer l’industrialisation.