À travers l’adoption de pactes nationaux pour l’énergie, ces pays entendent mettre en œuvre des réformes concrètes, mobiliser les financements et renforcer leurs infrastructures. Le programme, présenté lors du Forum mondial Bloomberg Philanthropies, vise à structurer et à aligner les stratégies nationales autour d’objectifs communs, à savoir, améliorer l’accès à une énergie fiable, accélérer la transition vers des sources renouvelables et attirer les investissements privés dans un secteur encore trop souvent sous-capitalisé. Les 17 pays qui ont rejoint la Mission 300 lors de cette nouvelle étape sont : le Bénin, le Botswana, le Burundi, le Cameroun, les Comores, le Congo, l’Éthiopie, la Gambie, le Ghana, la Guinée, le Kenya, le Lesotho, le Mozambique, la Namibie, Sao Tomé-et-Principe, la Sierra Leone et le Togo.
Ils rejoignent une première cohorte lancée plus tôt cette année, comprenant entre autres la Côte d’Ivoire, la RDC, le Sénégal, le Nigéria et Madagascar. Ces pactes nationaux ne sont pas des documents symboliques. Chaque feuille de route s’appuie sur trois piliers : les infrastructures, les financements et les politiques publiques. Le but est d’identifier et lever les obstacles à l’électrification, de réduire les risques pour les investisseurs et d’assurer la viabilité financière des opérateurs. Depuis son lancement, la Mission 300 a déjà permis de connecter 30 millions de personnes. Les prévisions font état de 100 millions supplémentaires dans les mois à venir.
Réformes et investissements
Les partenaires de développement misent sur une approche intégrée, ancrée dans les réalités nationales.
L’électricité est à la base de l’emploi, des opportunités et de la croissance économique
Ajay Banga, président du Groupe de la Banque mondiale. Selon lui, la Mission 300 est aussi un levier de réformes structurelles, permettant de
réduire les coûts, de renforcer les compagnies d’électricité et de mobiliser l’investissement privé .
Du côté de la BAD, son président Sidi Ould Tah insiste sur le lien entre énergie et développement.
Fournir de l’électricité à un jeune entrepreneur, c’est lui donner la chance de développer une activité rémunératrice
Sidi Ould Tah Pour l’institution panafricaine, l’enjeu est également industriel : stimuler les chaînes de valeur locales, appuyer la transformation agroalimentaire et soutenir le numérique.
Plusieurs chefs d’État ont pris la parole pour exprimer leur soutien au projet. Au Cameroun, Paul Biya a souligné la volonté de son pays de s’engager « résolument vers les énergies renouvelables », tout en promouvant « un accès universel inclusif et un développement durable ». Le président du Congo, Denis Sassou Nguesso, a mis en avant le potentiel hydroélectrique de son pays, près de 27 000 MW certifiés et l’ouverture du secteur à l’investissement privé.
Pour le président de la République du Ghana, John Dramani Mahama, l’accès universel à l’énergie est un levier pour
donner aux entreprises les moyens de réussir, réduire la pauvreté et favoriser l’égalité des chances .
John Dramani Mahama En Guinée, Mamadi Doumbouya évoque un partenariat « transparent et constructif » avec le secteur privé, destiné à appuyer l’industrialisation, notamment minière. À l’Est du continent, l’Éthiopie parie sur l’intégration régionale. Son président, Taye Atske Selassie, évoque l’exploitation des ressources renouvelables du pays et le renforcement des interconnexions transfrontalières.
Ensemble, nous sommes déterminés à bâtir un avenir énergétique résilient, équitable et durable pour les générations à venir .
Privé, cuisson propre, gouvernance
L’accès à l’électricité ne se limite plus à la connexion au réseau. Le Pacte adopté par le Kenya, par exemple, inclut également l’accès universel à des solutions de cuisson propre d’ici 2030, dans le cadre d’une transition vers un réseau alimenté exclusivement par des énergies renouvelables. Au Lesotho, l’accent est mis sur le potentiel éolien et solaire du pays.
Le vent des montagnes souffle, l’eau coule, le soleil brille », résume poétiquement son Premier ministre, Sam Matekane, qui invite les investisseurs à « prendre part à l’aventure ».
Sao Tomé-et-Principe, plus discret sur la scène régionale, ambitionne de lever 190 millions de dollars auprès du secteur privé pour atteindre ses objectifs. La Sierra Leone, à travers son président Julius Maada Bio, présente son pacte comme
« l’initiative la plus ambitieuse et la plus aboutie » du pays dans le domaine énergétique.
La Mission 300 s’appuie sur plusieurs partenaires techniques et financiers. Outre les deux grandes banques multilatérales, figurent la Fondation Rockefeller, l’Alliance mondiale de l’énergie pour les populations et la planète (GEAPP), l’initiative SEforALL (Sustainable Energy for All), ainsi que le Programme d’assistance à la gestion du secteur de l’énergie (ESMAP). Des financements sont également mobilisés à travers des cofinancements bilatéraux et l’appui des institutions de financement du développement. Avec pour objectif de sécuriser les investissements et garantir la durabilité des projets.
Si la dynamique est lancée, elle devra encore faire ses preuves. Dans plusieurs pays, la question du cadre réglementaire, de la gouvernance des entreprises publiques et de la transparence dans les marchés reste centrale. Sans réforme structurelle, les pactes risquent de rester lettre morte. D’ici 2030, les résultats permettront de mesurer l’écart entre les ambitions et les capacités réelles de mise en œuvre.
