Gabon : Fitch Ratings met en doute la faisabilité du budget 2026 et la perspective d’un appui majeur du FMI

Selon l’agence de notation financière américaine à vocation internationale, le très large déficit budgétaire présenté dans le projet de budget 2026 du Gabon rendra difficile pour le pays l’obtention d’un soutien financier à travers un nouveau programme du Fonds monétaire international (FMI).

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Au Gabon, le Conseil des ministres tenu le 08 septembre 2025, avait approuvé le projet de loi de finances 2026 fixé à 7 233,3 milliards de Fcfa (11,9 milliards USD) avec un besoin de financement estimé à 3 213,3 milliards de Fcfa (5,3 milliards USD). Celui-ci prévoit un doublement des dépenses (+97 %) par rapport à la loi de finances 2025, atteignant 44 % du PIB (hors amortissement de la dette et variations d’arriérés). Ce budget inclut une hausse de 570 % des dépenses d’investissement, soit 3 321,5 milliards Fcfa (5,52 milliards USD). Les recettes sont censées augmenter de 22 %, ce qui conduirait à un déficit budgétaire d’environ 15 % du PIB prévu.

Des dépenses d’investissement jugées « irréalistes »

Ces objectifs de dépenses, notamment en matière d’investissement sont bien supérieurs à ce qu’anticipait Fitch en juin 2025, lorsqu’elle avait confirmé la note souveraine à long terme du Gabon en devises étrangères à “CCC”, avec des déficits prévus de 2,4 % du PIB en 2025 et 2,1 % en 2026. Dans un article publié par l’agence Fitch Ratings le 03 octobre 2025 et consulté par la rédaction d’Invest-Time, les plans des autorités gabonaises prévoyant une forte hausse des dépenses d’investissement sont irréalistes, compte tenu des contraintes de financement. Par conséquent, le déficit réel serait probablement bien inférieur aux 15 % du PIB prévus dans le budget.

Une priorité donnée aux infrastructures, mais une faible crédibilité budgétaire

Le budget accorde une priorité élevée à l’amélioration des infrastructures, mais les niveaux de dépenses et de déficit prévus soulignent une faible crédibilité de la politique budgétaire. Le gouvernement table sur une croissance économique de 7,9 % en 2026, tirée par la dépense publique, tandis que Fitch prévoit une croissance réelle du PIB de 2,6 %, impliquant une progression des recettes non pétrolières bien inférieure aux prévisions budgétaires.

Les hypothèses pétrolières en question

En outre, les autorités s’attendent à une baisse de la production pétrolière d’environ 3 % en glissement annuel en 2026. Cependant, le budget prévoit une hausse de 36 % des recettes pétrolières par rapport à 2025, ce qui signifie qu’une part beaucoup plus importante des revenus pétroliers serait transférée à l’État. L’acquisition d’Assala Energy par la société nationale Gabon Oil Company (GOC) en 2024 pourrait faciliter cette augmentation des recettes publiques. Le gouvernement prévoit un prix du baril de pétrole à environ 65,1 USD (soit 36 618 Fcfa) en 2026, ce qui correspond à la projection de Fitch pour le Brent.

Des contraintes de financement persistantes

Pour financer son plan, le Gabon compte lever 60 % des fonds sur le marché intérieur et 40 % à l’étranger, ce qui porterait la dette publique proche de 90 % du PIB, contre 73 % fin 2024. Mais Fitch souligne que le marché obligataire de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC) est tendu, et doute fortement de sa capacité à absorber un tel volume d’emprunts.

Notons que le Gabon dépend fortement du marché régional des obligations souveraines de la CEMAC pour se financer et cette dépendance s’accroît. Cependant, la liquidité du marché reste limitée, malgré une baisse des taux en mars 2025 et les plus fortes injections de liquidité depuis 2021. Fitch estime donc que le marché régional ne pourra pas fournir de nouveaux financements nets significatifs entre 2025 et 2027, même si les renouvellements d’obligations arrivant à échéance devraient être possibles. Dans ce contexte, l’obtention d’un nouveau programme avec les bailleurs de fonds officiels apparaît essentielle pour ancrer la politique budgétaire et attirer les financements extérieurs.

Les discussions avec le FMI

Les autorités gabonaises souhaitent conclure un nouveau programme avec le FMI en 2026. Les arriérés vis-à-vis des institutions multilatérales ont été apurés, mais les conditions exactes que le FMI pourrait imposer restent incertaines à ce stade. Fitch estime toutefois que le FMI ne permettra probablement pas un recours massif à l’endettement non concessionnel pour financer un déficit proche de 15 % du PIB.

Continuum de réformes pour assainir les finances publiques

De son coté le Gabon multiplie des réformes pour améliorer la discipline budgétaire, renforcer la transparence et restaurer la confiance des investisseurs. Dans un communiqué rendu public le 06 octobre 2025, le ministère gabonais de l’Économie, des Finances, de la Dette et des Participations, dirigé par Henri-Claude OYIMA, a annoncé la suppression totale des ordonnances en instance de règlement au Trésor public antérieures à 2023. Cette décision s’inscrit dans la continuité des réformes engagées pour assainir les finances publiques et renforcer la crédibilité de la signature de l’État. Elle marque une volonté claire de tourner la page des dettes anciennes et de rétablir une gestion budgétaire plus transparente et efficace, indique le communiqué. D’après ce même communiqué consulté par Invest-Time, les opérateurs économiques détenant des créances non encore régularisées sont invités à déposer leurs dossiers complets auprès de la Task Force du ministère au plus tard le 17 octobre 2025. Une mesure visant à assainir la dette intérieure et à restaurer la confiance des partenaires économiques et financiers, tant nationaux qu’internationaux.

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