La signature de la convention au régime des incitations à l’investissement privé, le 8 octobre 2025 à Yaoundé, marque le début d’un projet industriel ambitieux et stratégique. Le bambou, surnommé « or vert », reste une ressource sous-exploitée malgré ses usages variés ; construction, artisanat, emballage, charbon ménager, textiles et ustensiles du quotidien. Les ETS Onna Bambous Valorization prévoient la mise en place de six unités industrielles dans les régions du Littoral, du Centre et de l’Est. L’objectif est de transformer cette matière première locale en produits à haute valeur ajoutée, tout en créant 111 emplois directs et près de 700 emplois indirects.
Une initiative qui pourrait redéfinir le rôle du Cameroun sur le marché des biens de consommation courante et réduire la dépendance aux importations, comme ce fut le cas pour les cure-dents, importés pour 5 milliards FCFA par an entre 2018 et 2020. Le projet s’inscrit dans une dynamique soutenue par l’État. Jean Marie Louis Badga, directeur général de l’ l’Agence de Promotion des Petites et Moyennes Entreprises (Apme), a rappelé que l’entreprise bénéficie désormais d’un accompagnement fiscal et administratif pour faciliter la réalisation de ses investissements. L’Apme a également recommandé l’appui du Conseil National des Chargeurs du Cameroun (Cncc) afin de simplifier les opérations portuaires et aéroportuaires, essentielles pour l’import-export. L’entreprise est tenue de produire un rapport annuel et de respecter les obligations liées à l’emploi de la main-d’œuvre locale et à la valorisation des matières premières camerounaises.
La filière bambou est loin d’être marginale. Le pays dispose de plus de 1,2 million d’hectares de bambou et de 240 000 personnes vivant déjà de cette ressource. Entre 2018 et 2020, la dépendance aux importations de produits issus du bambou a montré l’ampleur du marché potentiel pour la production locale. Le Ministère Des Forêts Et De La Faune (MINFOF) prévoit de créer 250 000 emplois en valorisant cette filière et d’inscrire le bambou parmi les solutions pour la restauration des terres dégradées, dans le cadre des engagements internationaux du Cameroun pour 2030.
Un marché mondial à capter
Le marché mondial du bambou, estimé à 60 milliards de dollars, est largement dominé par la Chine, qui contrôle 50% du volume et génère 10 millions d’emplois directs. En développant sa filière, le Cameroun pourrait capter une part de ce marché et renforcer ses activités locales. L’initiative Onna Bambous Valorization s’inscrit également dans le programme d’appui au développement de la filière bambou dans les collectivités territoriales décentralisées (Padefib-CTD), avec un financement de 1,932 milliard FCFA annoncé par le FEICOM, réparti sur 36 mois et complété par l’apport des partenaires au développement tels que KFW, AFD et FAO.
La valorisation du bambou ne se limite pas à la production industrielle. Elle concerne également la restauration écologique des terres et la création d’opportunités économiques pour les jeunes et les femmes, notamment dans les zones rurales et les périmètres miniers. L’Organisation Internationale du Bambou et du Rotin (Inbar), bureau régional pour l’Afrique Centrale, appuie ces initiatives en fournissant son expertise pour développer des activités génératrices de revenus et renforcer les compétences locales. L’exploitation du bambou et du rotin peut ainsi devenir un levier de croissance économique, sociale et environnementale.
L’impact potentiel sur l’économie locale est considérable. En produisant localement des biens de consommation, le Cameroun réduit sa dépendance aux importations et favorise la création de richesses sur l’ensemble de la chaîne de valeur. Le bambou, en plus d’être une matière première renouvelable et écologique, offre des perspectives pour diversifier l’industrie nationale, améliorer les conditions de vie et soutenir les communautés locales. Les projets comme celui d’Onna Bambous Valorization illustrent la combinaison réussie d’investissement, de durabilité et d’innovation.
Vers de bonnes perspectives
Le pays dispose de toutes les conditions pour que cette filière devienne stratégique : une base de ressources solides, un cadre réglementaire favorable et un soutien institutionnel constant. L’initiative s’inscrit dans une stratégie nationale qui vise à transformer les matières premières locales en produits compétitifs sur le marché mondial tout en générant des emplois et en participant à la lutte contre la pauvreté. Le bambou, jusqu’ici marginal, se profile désormais comme un acteur majeur de l’économie camerounaise.
Le projet Onna Bambous Valorization n’est pas seulement un investissement industriel, mais une transformation de la filière bambou au Cameroun. Entre création d’emplois, innovation industrielle, réduction des importations et restauration écologique, cette initiative illustre comment une ressource naturelle locale peut devenir un levier de développement durable et de croissance économique. Avec un potentiel de 250 000 emplois, le pays est bien parti pour faire du bambou un véritable moteur de son économie et un exemple d’industrialisation réussie en Afrique centrale.
