Le contexte régional souligne l’ampleur du défi. Selon les données de la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO), le taux de chômage dans l’espace UEMOA s’établissait autour de 11,6 % au premier trimestre 2025, en légère baisse mais toujours préoccupant au regard de la croissance démographique et des besoins d’insertion des jeunes. Les statistiques nationales compilées par la Banque mondiale montrent par ailleurs d’importantes disparités entre pays : environ 2 à 3 % de chômage officiel en Côte d’Ivoire et au Bénin, autour de 5 à 6 % au Sénégal, et des estimations proches de 5 % au Burkina Faso. Toutefois, ces chiffres relativement faibles doivent être nuancés, car une grande partie de la population active évolue dans l’économie informelle, ce qui réduit mécaniquement le taux de chômage officiel sans refléter la précarité réelle de l’emploi (Banque mondiale ; Commission économique des Nations unies pour l’Afrique– CEA).
Chez les jeunes, la situation apparaît plus critique. Les estimations régionales de l’OIT et de ses bases de données ILOSTAT indiquent que le chômage des 15-24 ans peut atteindre environ 20 % dans plusieurs zones urbaines de l’Afrique de l’Ouest, confirmant la difficulté d’accès à un premier emploi stable. La pression démographique accentue cette réalité : selon la CEA et l’OIT, des millions de jeunes arrivent chaque année sur le marché du travail ouest-africain, alors que les économies peinent encore à générer suffisamment d’emplois formels de qualité.
Comparée aux autres sous-régions africaines, l’Afrique de l’Ouest présente un profil contrasté. Les estimations de l’OIT (Global Employment Trends for Youth) indiquent que le chômage des jeunes demeure plus élevé en Afrique australe, où il dépasse souvent 40 % dans certains pays, notamment en Afrique du Sud. En Afrique centrale, les taux de chômage des jeunes sont estimés autour de 13 % à 14 %, tandis qu’en Afrique de l’Est, ils tournent autour de 7 %, avec de fortes variations nationales. Malgré des taux globaux plus bas, l’Afrique de l’Ouest — et donc l’UEMOA — reste confrontée à un sous-emploi massif et à une informalité dominante, ce qui rapproche ses défis structurels de ceux observés ailleurs sur le continent (OIT, Banque africaine de développement – BAD).
Dans ce contexte, le futur programme OIT–UEMOA 2026–2030 ambitionne de dépasser la seule question du chômage pour s’attaquer à la qualité de l’emploi, à l’adéquation formation-emploi et à la promotion d’activités économiques à forte valeur ajoutée. Les discussions entre les deux institutions visent également à renforcer la coordination des politiques publiques, à mobiliser des financements internationaux et à mettre en place des mécanismes d’évaluation rigoureux. Pour l’UEMOA, où plus de la moitié de la population a moins de 25 ans selon les estimations de la Banque africaine de développement, la réussite de cette initiative pourrait constituer un levier essentiel pour une croissance inclusive et durable.
