La nomination d’un Camerounais à la vice-présidence de la Fédération des Sociétés d’Assurances de Droit National Africaines (FANAF) n’est pas un simple fait protocolaire. Elle traduit un repositionnement stratégique du Cameroun dans l’architecture décisionnelle de l’assurance africaine. En accédant à ce poste lors de la 50ᵉ Assemblée générale tenue à Abidjan en février 2026, Aymric Kamega franchit un cap : celui d’un dirigeant désormais au cœur des arbitrages qui façonneront le marché continental.
Actuaire de formation, docteur en sciences de gestion, Aymric Kamega appartient à cette génération de dirigeants africains formés aux standards internationaux avant de faire le choix du retour au pays. Son passage en France dans le conseil actuariel lui a permis d’acquérir une maîtrise fine des modèles de gestion des risques, un atout majeur dans un secteur où la solidité financière repose d’abord sur la précision technique. De retour au Cameroun, il prend les rênes de ACAM Vie, compagnie spécialisée dans l’assurance vie, qu’il contribue à structurer et à positionner sur un marché encore faiblement pénétré. Il siège également au conseil d’administration de Assurances Générales du Cameroun (AGC), consolidant ainsi son influence dans les segments vie et non-vie. Son profil tranche avec celui de nombreux dirigeants du secteur : technicien avant d’être communicant, stratège avant d’être politique. Cette double casquette explique en partie son ascension au sein des instances panafricaines.
La FANAF regroupe plus de 200 sociétés d’assurances opérant dans une trentaine de pays africains. Dans un contexte où le taux de pénétration de l’assurance reste inférieur à 3 % dans la majorité des économies du continent, les défis sont structurels : inclusion financière, digitalisation, adaptation aux risques climatiques, solvabilité des compagnies et harmonisation réglementaire. En devenant vice-président, Aymric Kamega ne représente pas seulement le Cameroun. Il participe désormais à la définition des priorités stratégiques d’un secteur clé pour le financement des économies africaines. Car derrière l’assurance se joue une question centrale : la capacité du continent à mobiliser une épargne longue pour financer ses infrastructures, ses PME et sa transformation industrielle. Sa nomination intervient à un moment charnière où les assureurs africains doivent accélérer leur modernisation technologique et renforcer leur crédibilité financière face aux exigences internationales.
Pour le Cameroun, cette désignation est aussi un signal. Le pays, souvent discret dans les grandes instances économiques africaines, place l’un de ses experts au sommet d’une organisation stratégique. Cela confère au marché camerounais une visibilité accrue et ouvre des perspectives d’influence dans les discussions sur la régulation, l’innovation produit et l’intégration régionale. Mais au-delà du symbole, la question demeure : cette présence se traduira-t-elle par une transformation concrète du marché local ? L’enjeu pour Aymric Kamega sera de convertir ce capital institutionnel en opportunités réelles pour les compagnies camerounaises et, plus largement, pour l’écosystème financier national.
Un profil à suivre
Dans un secteur longtemps perçu comme conservateur, Aymric Kamega incarne une dynamique nouvelle : celle d’un leadership fondé sur la compétence technique, la vision panafricaine et l’exigence de performance. Sa montée en puissance à la FANAF n’est pas une fin en soi. Elle marque le début d’une responsabilité accrue dans un environnement où la crédibilité, la solvabilité et l’innovation seront déterminantes pour l’avenir de l’assurance africaine. Le Cameroun tient désormais l’un de ses représentants au sommet d’une institution stratégique. Reste à transformer l’essai.
