Ce rachat n’est pas anodin. Il intervient dans un secteur fragilisé depuis des années par la concurrence asiatique, la contrebande et les coûts élevés de production. En s’emparant de l’un des derniers géants régionaux du pagne imprimé, le « roi du coton » ne réalise pas seulement une acquisition patrimoniale : il verrouille un maillon stratégique de la chaîne de valeur textile.
Avec cette opération, le groupe renforce son modèle d’intégration verticale, allant de la production de coton à la transformation industrielle. Cette logique permet de sécuriser les débouchés, de mieux maîtriser les marges et surtout de capter davantage de valeur ajoutée localement. Dans un contexte africain où la majorité du coton est exporté brut avant d’être réimporté sous forme de produits finis, le contrôle d’un outil industriel comme UNIWAX change la donne. Il offre la possibilité de transformer davantage sur place, d’optimiser les flux et de réduire la dépendance aux marchés extérieurs. Cette approche industrielle s’inscrit également dans une dynamique plus large de souveraineté économique, où les groupes nationaux cherchent à consolider des actifs historiquement exposés à des capitaux étrangers.
Déjà présent dans le coton, la finance, le BTP et l’énergie, le Groupe de Daouda Soukpafolo confirme sa stratégie de diversification maîtrisée. Sa fortune serait évaluée à près de 165 millions de dollars US, le positionnant parmi les dix plus grandes fortunes de Côte d’Ivoire. Mais au-delà du classement, c’est la structuration progressive d’un groupe multisectoriel à forte assise locale qui retient l’attention. L’ajout d’un fleuron textile renforce la cohérence industrielle d’un ensemble déjà solidement implanté dans les secteurs clés de l’économie ivoirienne.
La reprise d’UNIWAX ouvre une nouvelle phase, mais les défis restent considérables. Modernisation des équipements, compétitivité des coûts énergétiques, lutte contre la contrefaçon, repositionnement face aux textiles importés : la réussite dépendra de la capacité à transformer l’actif industriel en moteur de croissance durable. L’enjeu dépasse la seule rentabilité. Il s’agit de démontrer qu’un groupe ivoirien peut restructurer et redynamiser un géant industriel dans un environnement régional concurrentiel. Si la stratégie est bien exécutée, cette acquisition pourrait devenir un cas d’école de reconquête industrielle en Afrique de l’Ouest.
