Après une croissance estimée à 3,1% en 2025, l’économie camerounaise devrait progresser de 3,3% en 2026 avant de franchir le seuil des 4% à partir de 2028. Cette amélioration serait notamment portée par la réduction progressive des contraintes énergétiques et l’accélération des investissements publics.
Le Fonds monétaire international (FMI), dont une mission a séjourné au Cameroun entre le 29 janvier et le 12 février 2026 dans le cadre des consultations de l’article IV, table également sur une reprise graduelle de l’activité économique. Dans un contexte marqué par des besoins importants de financement, les autorités camerounaises misent sur une croissance économique plus soutenue et une gestion prudente de la dette afin de préserver les équilibres macroéconomiques. Cette dynamique doit permettre au gouvernement de soutenir ses ambitions budgétaires tout en maintenant la dette publique dans une trajectoire jugée soutenable.
Un budget 2026 en forte hausse
Le budget de l’État pour l’exercice 2026 s’établit à 8 816,4 milliards de FCFA, en hausse de 14% par rapport à 2025. Lancé officiellement à Ngaoundéré le 26 janvier 2026, ce budget met l’accent sur l’import-substitution et la transformation structurelle de l’économie. Le budget général atteint 8 683,9 milliards de FCFA, soit une progression annuelle de 13%, tandis que les Comptes d’Affectation Spéciale (CAS) enregistrent une hausse significative de 98,1%, passant de 66,9 milliards à 132,5 milliards de FCFA. Cette montée en puissance des dépenses publiques accroît toutefois les besoins de financement de l’État.
Plus de 7 600 milliards FCFA de besoins de financement sur trois ans
Selon la Stratégie d’endettement à moyen terme (SEMT) 2026-2028, les besoins nets de financement de l’État sont estimés à 7 689 milliards de FCFA sur la période, dont 3 197 milliards de FCFA pour la seule année 2026, représentant environ 8,8% du PIB. Pour couvrir ces besoins, le gouvernement prévoit de recourir majoritairement aux financements extérieurs, qui représenteront 67,3% des ressources mobilisées en 2026, contre 32,7% pour les financements intérieurs.
Les autorités envisagent notamment : un plafond de 950 milliards de FCFA de prêts-projets extérieurs ; 1 105 milliards de FCFA d’engagements intérieurs ; une émission d’obligations internationales de 1 000 milliards de FCFA destinée au financement des projets publics. Le plafond des garanties extérieures accordées par l’État est fixé à 40 milliards de FCFA pour l’année 2026.
Une stratégie de dette axée sur la soutenabilité
Face à l’augmentation des besoins de financement, le Cameroun entend maintenir sa dette dans des seuils jugés compatibles avec les critères de convergence de la CEMAC.
La SEMT 2026-2028 fixe ainsi plusieurs objectifs : maintenir le ratio de dette publique sous le seuil de 50% du PIB , conserver une structure de dette composée à 75% de dette extérieure et 25% de dette intérieure, limiter la dette intérieure de court terme à 10% maximum, maintenir la dette à taux variable sous le seuil de 20% du portefeuille total.
Le gouvernement vise également une maturité moyenne de la dette publique d’au moins 12 ans, avec un coût moyen inférieur à 3%. Selon le rapport, la mise en œuvre de cette stratégie devrait permettre de préserver la viabilité de la dette, même si le risque de surendettement demeure jugé « modérément élevé ».
Inflation en baisse mais déficit commercial aggravé
Sur le plan macroéconomique, l’inflation poursuit son ralentissement. Le FMI prévoit un taux de 2,9% en 2026 avant une stabilisation autour de 2,5% à moyen terme. Les données de l’Institut National de la Statistique situent déjà l’inflation à 2,8% à fin mars 2026.
En revanche, les comptes extérieurs restent sous pression. Le déficit commercial s’est creusé à 2 145,2 milliards de FCFA en 2025 contre 1 747,3 milliards en 2024, soit une hausse de 22,8%. Cette détérioration résulte d’une baisse des recettes d’exportation de 5,2% combinée à une augmentation des importations de 4,6%. Désormais, les exportations camerounaises ne couvrent plus que 59% des dépenses d’importation.
Fitch maintient la note souveraine du Cameroun
Dans ce contexte, l’agence Fitch Ratings a confirmé la note souveraine du Cameroun à « B » avec perspective négative. L’agence estime toutefois que la trajectoire de réduction de la dette reste crédible grâce à une croissance relativement résiliente et à une meilleure maîtrise des déficits publics. Selon Fitch, la dette publique du Cameroun pourrait revenir à 40,2% du PIB d’ici 2027.
