Le Port autonome de Douala (PAD) a évité de justesse une perturbation majeure des chaînes logistiques après la collision, dans la nuit du 11 au 12 juillet, de deux navires marchands évoluant dans le chenal d’accès au port. Si l’incident a temporairement interrompu la navigation, les autorités portuaires assurent que les opérations ont repris rapidement, limitant ainsi les conséquences sur le commerce extérieur du Cameroun et de la sous-région.
D’après le communiqué rendu public par le PAD, la collision est survenue vers 3 heures du matin entre le MV Sea Honor, qui quittait le port, et le MV Black Rhino, en phase d’entrée. Le choc, intervenu à proximité de la bouée n°20, a provoqué d’importants dégâts matériels et l’obstruction temporaire du chenal, principal couloir d’accès des navires commerciaux au premier port du Cameroun. Aucun décès n’a été enregistré, tandis que les 15 membres d’équipage du MV Black Rhino ont été évacués sains et saufs.
Une infrastructure stratégique pour le commerce régional
Sur le plan économique, l’enjeu dépassait largement le simple accident maritime. Le Port de Douala-Bonabéri concentre l’essentiel des importations et des exportations du Cameroun et constitue également la principale porte d’entrée des marchandises destinées au Tchad et à la République centrafricaine, deux pays enclavés de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC).
Les performances enregistrées en 2025 illustrent le poids stratégique de cette plateforme logistique. Selon les données du Port autonome de Douala, plus de 13 millions de tonnes de marchandises y ont transité au cours de l’année, un niveau historique. Les importations ont représenté à elles seules 11,227 millions de tonnes, en progression de 5,94 % par rapport à 2024. Le port assure par ailleurs près de 70 % des échanges maritimes du Cameroun, ce qui en fait un maillon essentiel de l’approvisionnement du marché national et du commerce sous-régional.
Dans ce contexte, un blocage prolongé du chenal aurait pu entraîner des retards dans les importations de produits de première nécessité, d’intrants industriels, d’équipements et de carburants, mais également ralentir les exportations de cacao, de bois, de coton, de bananes ou encore d’aluminium. Les opérateurs économiques auraient également dû faire face à une hausse des coûts logistiques, aux surestaries facturées par les armateurs ainsi qu’à des perturbations des chaînes d’approvisionnement en Afrique centrale.
Une réaction rapide pour préserver les flux logistiques
Face à ce risque, le PAD a immédiatement activé une cellule de crise. Les équipes techniques ont procédé au remorquage du MV Sea Honor vers une zone de mouillage sécurisée, tandis que le MV Black Rhino a été volontairement échoué afin de dégager le chenal de navigation.
Cette intervention rapide a permis une reprise normale du trafic maritime quelques heures seulement après l’accident, évitant ainsi une paralysie des activités portuaires et des conséquences économiques qui auraient pu se chiffrer en milliards de francs CFA pour les entreprises importatrices, exportatrices et les États de l’hinterland.
Un rappel des défis de compétitivité du port
Les premières constatations orientent l’enquête vers une perte de contrôle de la barre du MV Black Rhino, mais une investigation technique devra déterminer les causes exactes de l’accident et établir les responsabilités. Au-delà de cet épisode, cette collision rappelle l’importance des investissements dans la sécurité maritime, les systèmes d’aide à la navigation, le dragage permanent du chenal et la modernisation des infrastructures portuaires.
Alors que le Cameroun poursuit ses ambitions de devenir un hub logistique en Afrique centrale et que la concurrence s’intensifie avec le port en eau profonde de Kribi, la capacité du Port autonome de Douala à maintenir la continuité des opérations constitue un facteur déterminant pour la confiance des investisseurs, la fluidité des échanges commerciaux et la compétitivité de l’économie camerounaise.
