Implantée près de Maputo, Mozal constitue la plus grande unité industrielle du Mozambique. l’Australien South32 y détient 63,7 % du capital. Avec une capacité nominale supérieure à 550 000 tonnes d’aluminium par an, le complexe représente jusqu’à 3 % du PIB national selon diverses estimations, tout en absorbant près de la moitié de l’électricité produite dans le pays. Ce poids économique explique la sensibilité des discussions en cours. Toute interruption d’activité aurait un impact immédiat sur les exportations, les recettes en devises et plusieurs milliers d’emplois directs et indirects.
La fin d’un modèle fiscal préférentiel ?
Depuis sa mise en service en 1997, Mozal a bénéficié d’un régime fiscal particulièrement attractif. L’entreprise n’a pas été soumise à l’impôt sur les sociétés classique, s’acquittant essentiellement d’un prélèvement équivalent à 1 % du chiffre d’affaires, en plus des dividendes distribués. Or, dans un contexte de pressions budgétaires accrues, Maputo cherche désormais à renégocier certains accords conclus à l’ère des grands projets industriels. Le défi : le contrat préférentiel de Mozal court théoriquement jusqu’en 2047, limitant la marge de manœuvre juridique de l’État sur le volet fiscal.
L’électricité, nouveau levier de négociation
Le véritable point de friction porte aujourd’hui sur les tarifs d’électricité. Le contrat d’approvisionnement énergétique doit être renégocié avant mars 2026. Les autorités envisageraient une révision à la hausse des prix, afin de mieux refléter les coûts réels et d’accroître les recettes publiques. Pour une fonderie d’aluminium, dont l’électricité constitue le principal poste de dépense, une hausse significative des tarifs peut remettre en cause la rentabilité du site. South32 a ainsi laissé entendre qu’en l’absence d’un accord viable, la fermeture pure et simple de l’usine resterait une option.
Un rapport de force à double tranchant
La stratégie du gouvernement consiste à utiliser la renégociation énergétique comme levier indirect pour rééquilibrer les retombées économiques du projet. Mais l’entreprise dispose, elle aussi, d’une arme puissante : la menace d’un retrait.
Dans ce bras de fer, les deux parties prennent des risques. Pour l’État mozambicain, une fermeture fragiliserait la stabilité macroéconomique et l’emploi. Pour South32, l’arrêt d’un actif d’envergure africaine entamerait sa présence stratégique sur un marché où la demande mondiale d’aluminium reste soutenue, notamment pour la transition énergétique.
Au-delà du cas Mozal, ce dossier illustre une tendance plus large : plusieurs pays africains cherchent à renégocier les termes des mégaprojets miniers et industriels conclus dans les années 1990–2000, afin d’en capter une part plus importante de valeur ajoutée. Reste à savoir si l’équilibre entre attractivité des investissements et souveraineté économique peut être trouvé sans casser l’outil industriel.
