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Renationalisation d’Eneo : le Cameroun solde la part d’Actis pour 78 milliards FCFA par anticipation

Au-delà du simple changement d’actionnariat, le Cameroun opère un basculement stratégique : il concentre désormais l’essentiel du risque financier et opérationnel de son principal opérateur électrique.

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Le 10 février 2026, l’État du Cameroun a réglé par anticipation, près de 78 milliards de FCFA pour racheter les 51 % détenus par le fonds britannique Actis dans Eneo. Prévue contractuellement pour le 16 février 2026, l’échéance a été honorée avant terme, mettant fin à plus de deux ans de discussions. L’opération, financée sur le budget 2026, porte la participation publique à 95 % et les 5 % restants étant réservés aux employés.

Une montée au capital qui redéfinit l’exposition de l’État

Avec 95 % du capital, l’État du Cameroun passe d’actionnaire majoritaire encadré à quasi unique décideur. Cette reconfiguration modifie profondément l’équation de gouvernance et de responsabilité. Jusqu’ici partagé avec un investisseur international, le risque industriel – production, distribution, pertes techniques, performance commerciale – devient essentiellement public. Le paiement anticipé constitue un signal de crédibilité contractuelle. Il écarte tout risque contentieux et montre une capacité de mobilisation budgétaire rapide. Mais cette démonstration de solidité financière immédiate ne préjuge pas de la soutenabilité à moyen terme. Car l’enjeu central ne réside pas dans les 78 milliards de FCFA déboursés, mais dans les engagements futurs : dette bancaire à restructurer, arriérés des entités publiques à apurer et investissements lourds à engager pour moderniser le réseau.

Une équation financière sous tension

Le ministère de l’Eau et de l’Énergie évoque un plan des « 100 premiers jours » articulé autour de trois axes : renégociation de la dette avec les banques locales, apurement des créances publiques et réduction des coûts d’exploitation. Cette feuille de route vise à restaurer la trésorerie et à stabiliser l’entreprise avant toute phase d’expansion. En parallèle, l’Energy Compact signé en août 2025 fixe des objectifs structurants : porter la capacité installée à 3 000 MW d’ici 2030 et permettre plus de 8 millions de nouveaux accès à l’électricité. Ces ambitions impliquent des investissements massifs et une discipline financière accrue. Dès lors, la question clé devient celle de la capacité de l’État à financer simultanément la stabilisation d’Eneo et l’extension du réseau, sans creuser les équilibres budgétaires.

Gouvernance : le véritable test

Un comité interministériel pilote la transition en attendant la mise en place d’une nouvelle architecture managériale. Les autorités assurent que les emplois et les droits du personnel seront préservés, dans une logique de continuité du service.
Mais l’expérience des entreprises publiques en Afrique montre que la performance dépend moins de la propriété que de la gouvernance : autonomie du management, discipline de gestion, transparence financière et stabilité réglementaire.
La reprise à 95 % crée une opportunité de rationalisation stratégique. Elle supprime les divergences potentielles entre actionnaires et pourrait faciliter la prise de décision. Elle expose aussi directement les finances publiques à toute contre-performance.

Un signal ambivalent pour les investisseurs

La sortie d’un fonds international du capital d’un opérateur stratégique peut susciter des interrogations sur l’attractivité du cadre d’investissement. Toutefois, le respect des engagements contractuels et le règlement anticipé atténuent ce risque réputationnel. Pour les partenaires financiers, le véritable indicateur sera la trajectoire post-rachat : amélioration du recouvrement, réduction des pertes techniques, stabilisation de la dette et progression des investissements. En reprenant les 51 % détenus par Actis, le Cameroun ne réalise pas seulement une opération capitalistique. Il assume désormais seul la performance d’un secteur vital pour la croissance, l’industrialisation et la stabilité sociale. Le rachat clôt un cycle de partenariat. Il ouvre une séquence où l’État sera jugé non plus comme régulateur, mais comme opérateur stratégique exposé en première ligne au risque énergétique national.

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