Depuis l’introduction de la démarche en 2015 dans le cadre de la coopération Cameroun-Japon, les indicateurs affichent une montée en puissance progressive. À ce jour, 156 consultants ont été formés à la méthodologie d’amélioration continue, 1 900 PME ont bénéficié d’un accompagnement technique et 101 certifications ont été délivrées. Le pays a également remporté trois distinctions africaines de performance (2020, 2022 et 2024), consolidant sa visibilité sur le continent.
De l’expérimentation à la structuration d’un écosystème productif
Au-delà des chiffres, l’enjeu est désormais institutionnel. Avec la phase 3 du projet KAIZEN (2023–2027), Yaoundé cherche à intégrer durablement la culture de la qualité et de la productivité dans son tissu entrepreneurial. L’objectif n’est plus seulement d’améliorer les processus internes des entreprises, mais d’ancrer un Programme national d’amélioration de la productivité et de la qualité capable d’impacter la compétitivité globale de l’économie. La logique est claire : réduction des gaspillages, optimisation des coûts, standardisation des procédures, amélioration continue de la qualité.
Pour des PME souvent confrontées à des marges faibles, à la concurrence des importations et à des contraintes structurelles, la méthode japonaise constitue un outil d’ajustement stratégique. Dans cette dynamique, le Cameroun ambitionne d’obtenir le statut de Centre d’Excellence KAIZEN en Afrique dans le cadre de l’Africa KAIZEN Initiative, pilotée par la JICA en collaboration avec AUDA-NEPAD. Une reconnaissance qui renforcerait son positionnement comme hub francophone de diffusion des standards de qualité industrielle.
Un levier pour l’import-substitution et la transformation structurelle
Derrière la coopération technique se joue un enjeu macroéconomique : améliorer la productivité locale pour réduire la dépendance aux importations et soutenir la transformation industrielle. En structurant un vivier de consultants nationaux et en multipliant les entreprises certifiées, le pays cherche à créer un effet d’entraînement sur les chaînes de valeur locales.
Si les performances restent à consolider à grande échelle, l’approche marque une évolution stratégique : passer d’un soutien ponctuel aux PME à une politique de compétitivité systémique. Dans un contexte de pression sur les finances publiques et de nécessité d’industrialisation accélérée, la productivité devient un impératif économique. À travers ce partenariat avec le Japon, le Cameroun ne se contente plus d’expérimenter une méthode de gestion ; il tente d’en faire un instrument de transformation structurelle et de positionnement régional.
