Ce qui aurait pu être une simple question de modernisation du contrôle douanier s’est transformé en débat sur la gouvernance économique du pays, après une première orientation du Secrétariat général de la Présidence de la République du Cameroun favorable à Transatlantic D SA, puis l’arbitrage du Premier ministre Joseph Dion Ngute, le jeudi 29 janvier 2026, confirmant le maintien de SGS dans le dispositif de scanning. Pour mieux comprendre cette situation, trois clés d’analyse s’imposent.
1. La souveraineté de l’État
Au-delà du choix entre deux entreprises, le conflit révèle avant tout la manière dont l’État camerounais exerce son autorité sur un secteur stratégique comme le Port de Douala. Le scanning des marchandises n’est pas qu’une activité technique : il conditionne la sécurisation des recettes douanières, la lutte contre la fraude commerciale et la confiance des partenaires financiers internationaux du Cameroun.
La sortie du Premier ministre jeudi dernier a rappelé un principe fondamental : lorsqu’un contrat engage la République, aucune administration ne peut, seule, décider de sa suspension ou de sa résiliation. Ce rappel est intervenu après une première décision administrative qui semblait donner un rôle central à Transatlantic D SA sans arbitrage gouvernemental clair, mais avec l’ambition d’assurer un contrôle à 100% du scanning au port.
En reprenant la main, la Primature a voulu éviter une gestion éclatée du port où chaque acteur institutionnel agirait de manière isolée. Ce positionnement ne signifie pas nécessairement un rejet de Transatlantic D SA, mais traduit surtout la volonté de préserver l’unité décisionnelle de l’État et la sécurité juridique de ses engagements.
2. L’expérience et la gestion des opérations
Sur le plan opérationnel, le débat ne porte pas uniquement sur la présence de scanners au port, mais sur la capacité réelle des opérateurs à sécuriser toute la chaîne logistique. Depuis l’installation de dernier scanner en 2022, le suisse SGS opère au Port de Douala avec un dispositif de contrôle qui commence dès les ports d’embarquement à l’étranger, permettant une vérification préalable des marchandises avant leur arrivée au Cameroun. Cette approche réduit les litiges douaniers, limite la sous-facturation et facilite le dédouanement.
Transatlantic D SA, arrivée début janvier 2026, propose plutôt un modèle de contrôle centré sur le scanning à l’arrivée au Port de Douala. Si cette capacité locale peut renforcer le dispositif national, elle ne remplace pas totalement le contrôle en amont que permet le réseau international de SGS.
Cette différence a créé une tension opérationnelle au port, certains acteurs estimant que le Cameroun ne pouvait pas brutalement abandonner un système déjà fonctionnel sans garantie équivalente. C’est dans ce contexte que l’intervention du Premier ministre est apparue comme nécessaire pour clarifier la chaîne de commandement et éviter une paralysie des opérations portuaires au delà du contrat liant l’Etat du Cameroun à SGS.
3. Le contrat avec SGS
Le cœur du conflit reste juridique. En mars 2015, le Cameroun a signé un contrat de 10 ans avec SGS pour le scanning des marchandises au Port de Douala. Toutefois, l’exécution effective du contrat, avec l’installation complète des équipements notamment le quatrième scanner n’a véritablement débuté qu’en 2022. Sur cette base, le gouvernement considère que le contrat court jusqu’en 2032.
Lors de sa sortie du jeudi 29 janvier 2026, le Premier ministre a confirmé que ce contrat reste valable et engage l’État camerounais tant qu’aucune décision formelle de résiliation n’est prise selon les procédures légales. Cette position vise à éviter tout risque de contentieux international qui pourrait coûter cher au Cameroun devant des instances du CIRDI.
Parallèlement, Transatlantic D SA dispose d’un contrat de type Build-Operate-Transfer (BOT) sur 25 ans, mais ce cadre repose davantage sur des décisions liées au Port Autonome de Douala que sur un arbitrage global du gouvernement. Tant que l’État ne clarifie pas officiellement son rôle exact, la place de Transatlantic D SA demeure juridiquement sensible.
