« Notre ambition est de bâtir une filière porcine industrielle compétitive depuis le Cameroun », Geneviève Claude Mangondo

À l’occasion de l’événement Invest in Sanaga, Geneviève Claude Mangondo, expert-comptable mémorialiste, entrepreneure et promotrice des Fermes RIZA, s’est distinguée comme la seule jeune leader de la Sanaga Maritime invitée à intervenir sur un panel de haut niveau consacré aux opportunités d’investissement.

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Geneviève Claude Mangondo, expert-comptable mémorialiste, entrepreneure et promotrice des Fermes RIZA

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Membre de la dynamique Vu du Cameroun, engagée dans la promotion d’une influence positive et du renforcement des coopérations internationales, elle porte aujourd’hui une vision familiale ambitieuse : structurer une chaîne de valeur porcine intégrée et industrialisée au Cameroun.

Pouvez-vous nous présenter Les Fermes RIZA et leur positionnement actuel ?

Les Fermes RIZA sont une entreprise agropastorale spécialisée dans la filière porcine, avec une approche résolument intégrée. Dès le départ, nous avons fait le choix de ne pas nous limiter à l’élevage, mais de développer progressivement une maîtrise de l’ensemble de la chaîne de valeur. Cela se traduit par la production et la commercialisation d’aliments pour porcs, la vente de porcelets destinés aux éleveurs, ainsi que l’accompagnement technique d’exploitations de différentes tailles.

Au fil du temps, nous avons également intégré une dimension plus analytique à notre activité, notamment à travers la collecte et l’exploitation de données. Cette approche nous permet d’améliorer les performances de nos partenaires et d’apporter davantage de rigueur dans la gestion des exploitations. Parallèlement, nous commercialisons des porcs prêts à la consommation auprès d’une clientèle diversifiée. Aujourd’hui, notre positionnement est clair : nous sommes un acteur en structuration, déjà opérationnel, qui se prépare à franchir une nouvelle étape vers la transformation industrielle.

Quelle est aujourd’hui votre capacité de production et votre marché ?

Notre exploitation dispose actuellement d’une capacité d’environ 3 000 têtes, avec une production annuelle qui se situe entre 2 000 et 2 500 porcs. Cette capacité nous permet de répondre à une demande réelle et constante, portée par différents segments de marché.

Nous travaillons avec des distributeurs, des hôtels, des bouchers ainsi que des professionnels de la charcuterie. Cette diversité de clients constitue un atout important, car elle sécurise nos débouchés tout en nous donnant une lecture fine des besoins du marché. Bien que notre base opérationnelle soit située dans la Sanaga-Maritime, notre activité s’étend à l’échelle nationale, avec une présence commerciale dans plusieurs régions, notamment dans l’Ouest du Cameroun où la demande est particulièrement soutenue.

Dans une logique de structuration de la filière, nous développons également des partenariats avec des éleveurs, notamment à travers des groupements organisés. Cette dynamique nous permet d’agir non seulement comme producteur, mais aussi comme catalyseur de montée en qualité de la production locale.

Pouvez-vous revenir sur l’évolution de l’entreprise et les transformations engagées ?

Les Fermes RIZA sont à l’origine une entreprise familiale, fondée par mon père en partenariat avec des associés. Les premières années ont été marquées par des difficultés importantes, notamment des pertes financières qui ont conduit au retrait des partenaires initiaux. Mon père a alors fait le choix de poursuivre l’activité seul, dans un contexte exigeant.

C’est dans cette phase que nous avons progressivement rejoint l’entreprise avec mes frères, en apportant une vision plus structurée et orientée vers la performance. Nous avons engagé une transformation progressive, fondée sur la modernisation des méthodes de gestion, l’introduction d’outils de digitalisation et le renforcement interne. Ce travail de fond nous a permis de passer d’une logique de résilience à une logique de croissance maîtrisée.

Aujourd’hui, nous sommes dans une phase de consolidation, avec une ambition clairement assumée : faire évoluer cette entreprise familiale vers un groupe agro-industriel structuré, capable de répondre aux standards du marché national et international.

Pourquoi avoir fait le choix stratégique de la transformation industrielle ?

Le passage à la transformation industrielle s’est imposé à nous à partir d’un constat simple mais structurant. Le Cameroun continue d’importer une part significative de ses produits de charcuterie, alors même que la production locale de porc existe et que la demande est bien établie. Ce décalage entre production et transformation représente une opportunité économique majeure.

En analysant la chaîne de valeur, il apparaît clairement que la transformation permet de capter une part beaucoup plus importante de la valeur. L’écart entre le prix de la matière brute et celui des produits transformés est significatif, ce qui ouvre des perspectives de rentabilité plus élevées. Au-delà de l’aspect financier, cette orientation permet également de renforcer la souveraineté alimentaire et de structurer durablement la filière.

Nous sommes conscients que l’industrialisation implique des exigences élevées, notamment en matière de normes, d’investissements et de compétences techniques. Toutefois, nous considérons ces contraintes comme des leviers de professionnalisation et de différenciation. C’est dans cette logique que nous avons décidé d’engager cette transition.

Quel projet portez-vous concrètement aujourd’hui ?

Nous travaillons actuellement à la mise en place d’une unité industrielle de transformation porcine, avec pour objectif de produire une gamme diversifiée de produits à forte valeur ajoutée. Il s’agit notamment de produits de charcuterie adaptés aux habitudes de consommation locales, tout en respectant des standards de qualité élevés.

Ce projet s’inscrit dans une vision plus large qui dépasse la simple transformation. Notre ambition est de contribuer à structurer une filière intégrée, capable non seulement de répondre à la demande nationale, mais aussi de se positionner sur les marchés sous-régionaux. Le Cameroun dispose d’atouts logistiques et géographiques qui en font un point d’ancrage pertinent pour une telle stratégie.

De quel niveau d’investissement avez-vous besoin pour concrétiser cette ambition ?

Pour franchir ce cap et déployer pleinement notre projet industriel, nous estimons nos besoins à environ 3 milliards de FCFA. Cet investissement permettra de financer les équipements nécessaires, de mettre en place les infrastructures adaptées, de répondre aux exigences normatives et de structurer efficacement l’accès au marché.

Il est important de souligner que cet investissement s’inscrit dans une dynamique déjà existante. Nous ne sommes pas dans une phase de lancement, mais dans une phase d’accélération. À horizon de cinq ans, ce projet a le potentiel de générer jusqu’à 2 000 emplois directs et indirects, avec un impact significatif sur l’économie locale et la structuration de la filière. En gros, du jackpot pour les investisseurs.

Quels types de partenariats recherchez-vous aujourd’hui ?

Notre démarche est ouverte et structurée. Nous recherchons des partenaires capables de nous accompagner à la fois sur le plan financier et technique. L’enjeu n’est pas uniquement de mobiliser des ressources, mais de s’entourer d’acteurs qui partagent une vision industrielle et une exigence de performance.

Nous accordons également une importance particulière aux partenariats internationaux, notamment avec des pays reconnus pour leur expertise dans la filière porcine. Ces collaborations pourraient permettre des transferts de compétences et une montée en qualité rapide de notre outil de production. Par ailleurs, l’appui institutionnel reste un facteur clé pour créer un environnement favorable à l’industrialisation.

Quels sont les principaux défis que vous devez encore relever ?

Le principal défi reste l’accès au financement, qui conditionne directement notre capacité à passer à l’échelle industrielle. Toutefois, ce défi s’inscrit dans un ensemble plus large d’enjeux liés à la transformation du modèle.

La maîtrise des procédés industriels, l’adaptation au cadre réglementaire et fiscal, ainsi que la structuration globale de la filière sont autant de dimensions qui nécessitent une approche coordonnée. C’est précisément pour cette raison que nous privilégions une logique de partenariat, afin d’avancer de manière sécurisée et efficace.

En quoi votre projet constitue-t-il une opportunité stratégique pour les investisseurs ?

Notre projet repose sur des fondamentaux solides. Nous opérons déjà sur un marché existant, avec une activité structurée, une clientèle établie et une connaissance approfondie de la filière. L’investissement que nous recherchons vise à accélérer une trajectoire engagée, en capitalisant sur des acquis réels.

Par ailleurs, nous nous inscrivons dans des dynamiques porteuses telles que la valorisation du « Made in Cameroon », la substitution aux importations et le développement de chaînes de valeur locales. Ces tendances offrent un cadre favorable à la création de valeur sur le long terme.

Enfin, au-delà des indicateurs économiques, notre projet porte une dimension structurante pour le territoire. Il contribue à la création d’emplois, à la professionnalisation du secteur et à la montée en compétitivité de l’économie locale. C’est cette combinaison entre impact et rentabilité qui, selon nous, en fait une opportunité particulièrement pertinente pour des investisseurs et partenaires stratégiques.

Propos recueillis par Leonel Douniya et Dani Robertson 

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