Le secteur minier camerounais est structuré autour d’un dispositif institutionnel visant à encadrer l’exploitation, la transformation et la commercialisation des substances minérales. L’or constitue l’un des principaux minerais concernés par les enjeux de traçabilité et de sécurisation des flux.
Dans ce cadre, deux interventions distinctes ont été enregistrées sur les antennes de la télévision nationale. Le ministre des Mines, de l’Industrie et du Développement technologique par intérim, Fuh Calistus Gentry, est intervenu, tandis que le Directeur général de la SONAMINES, Serge Hervé Boyogueno, s’est exprimé dans un autre plan.
Une filière aurifère structurée mais exposée aux circuits informels
La production aurifère au Cameroun repose en grande partie sur l’exploitation artisanale, notamment dans les régions de l’Est, de l’Adamaoua et du Nord. Cette organisation de la chaîne de production limite la traçabilité des volumes extraits et complique leur enregistrement dans les circuits officiels.
L’exploitation artisanale demeure l’une des principales sources d’approvisionnement du marché de l’or. Toutefois, la multiplicité des intervenants, l’éloignement de certaines zones de production et la circulation de l’or en dehors des canaux formels constituent des défis permanents pour les acteurs chargés de l’encadrement du secteur.
Des volumes non enregistrés estimés à 44 tonnes sur cinq ans
Selon les données communiquées par la SONAMINES, environ 44 tonnes d’or auraient échappé aux circuits formels entre 2021 et 2025. Sur la base des cours internationaux observés sur la période, ces volumes correspondent à une valeur de plusieurs centaines de milliards de FCFA.
Ces chiffres illustrent l’importance des enjeux liés à la traçabilité des ressources minières et au suivi des flux issus de l’exploitation artisanale. Ils mettent également en lumière la nécessité de renforcer les mécanismes de collecte, de contrôle et d’enregistrement de la production aurifère.
Le ministre des Mines met l’accent sur la réforme et la formalisation du secteur
Dans son intervention sur Présidence Actu, le ministre des Mines a présenté les orientations du gouvernement en matière de gouvernance minière. Selon lui,
Le gouvernement est engagé à faire du secteur minier un véritable levier de croissance et de diversification économique du Cameroun.
Une ambition qui s’inscrit dans la volonté des pouvoirs publics d’accroître la contribution du secteur extractif à l’économie nationale. Le membre du gouvernement a également souligné que « la traçabilité des ressources minières est une priorité pour sécuriser les recettes de l’État ». Pour atteindre cet objectif, il a insisté sur la nécessité de renforcer les mécanismes de contrôle et de suivi de la production.
Poursuivant son argumentaire, il a affirmé que « la formalisation de l’exploitation artisanale est indispensable pour réduire les pertes dans la chaîne de valeur », avant d’ajouter que le secteur doit contribuer à « la création d’emplois et à l’industrialisation du pays ».
La SONAMINES documente des flux d’or échappant aux circuits officiels
Le Directeur général de la SONAMINES a présenté des données relatives aux flux d’or non enregistrés dans les circuits officiels. Il a affirmé que :
Environ 44 tonnes d’or ont quitté le Cameroun entre 2021 et 2025 en dehors des circuits officiels.
Un volume qui, selon les estimations fondées sur les cours internationaux de l’or, représente une valeur de plusieurs centaines de milliards de FCFA. Le responsable de la société publique a également évoqué l’existence de circuits informels de commercialisation ainsi que les difficultés de contrôle observées dans certaines zones de production. Dans ce contexte, il a rappelé que la SONAMINES a pour mission de « structurer et sécuriser la commercialisation de l’or au Cameroun ».
Ces déclarations interviennent alors que la question de la traçabilité des ressources minières occupe une place croissante dans les débats sur la gouvernance du secteur extractif.
Deux niveaux de lecture institutionnelle sur la filière aurifère
Les interventions des deux responsables mettent en évidence des approches qui se rejoignent sur la nécessité de renforcer la traçabilité, tout en mettant l’accent sur des aspects différents de la filière.
D’un côté, le ministre des Mines insiste sur les réformes engagées, la formalisation de l’activité et la contribution attendue du secteur à la croissance économique. De l’autre, la SONAMINES présente des données opérationnelles mettant en évidence l’ampleur des volumes qui continuent d’échapper aux circuits officiels.
Ces deux lectures témoignent des défis auxquels reste confrontée la filière aurifère, depuis l’encadrement de la production artisanale jusqu’à la commercialisation des ressources extraites.
Les enjeux de traçabilité au cœur de la gouvernance minière
La question de la traçabilité apparaît aujourd’hui comme l’un des principaux défis de la filière aurifère camerounaise. Elle concerne à la fois le suivi des volumes produits, leur circulation à l’intérieur du pays et leur intégration dans les circuits officiels de commercialisation.
Pour les pouvoirs publics comme pour les institutions spécialisées, l’amélioration des mécanismes de contrôle constitue un levier important pour renforcer la connaissance du secteur, sécuriser les recettes publiques et mieux encadrer l’exploitation artisanale.
Les déclarations du ministre des Mines et du Directeur général de la SONAMINES mettent en lumière un même enjeu : l’amélioration de la traçabilité de l’or produit au Cameroun. Si le gouvernement met en avant les réformes engagées pour structurer et formaliser davantage le secteur, les données communiquées par la SONAMINES montrent que d’importants volumes continuent d’échapper aux circuits officiels.
Avec environ 44 tonnes d’or sorties des canaux formels entre 2021 et 2025, selon les estimations de la société publique, la question de l’encadrement de la production artisanale, du suivi des flux et de la sécurisation de la commercialisation demeure au cœur des défis de la filière aurifère camerounaise. Les dispositifs de traçabilité et les mécanismes de contrôle apparaissent ainsi comme des leviers déterminants pour renforcer la gouvernance du secteur et améliorer la captation des revenus issus de l’exploitation de l’or.
