L’Afrique centrale continue de jouer un rôle important dans la dynamique industrielle du continent. Avec un indice régional de 0,5163 en 2024, la sous-région se classe derrière l’Afrique du Nord (0,6891) et l’Afrique australe (0,5850), mais devant l’Afrique de l’Ouest (0,5136) et l’Afrique de l’Est (0,4856). Cette position confirme une tendance observée depuis plusieurs années. Malgré des performances inégales entre les pays, l’Afrique centrale reste portée par quelques économies disposant d’une base manufacturière relativement développée et d’importantes ressources naturelles susceptibles d’alimenter des chaînes de valeur industrielles.
Le Gabon en tête grâce à la transformation locale du bois, du manganèse et des hydrocarbures
Le rapport de la BAD identifie le Gabon comme le pays le plus industrialisé d’Afrique centrale. Cette performance repose sur une stratégie de transformation locale des matières premières engagée depuis plus d’une décennie.
Le secteur du bois constitue l’un des piliers de cette industrialisation. Le Gabon dispose d’environ 22 millions d’hectares de forêts et figure parmi les premiers exportateurs mondiaux d’okoumé. Depuis l’interdiction de l’exportation des grumes en 2010, le pays a développé une importante industrie de transformation qui produit désormais du placage, du contreplaqué et du mobilier destiné aux marchés internationaux. La Zone d’investissement spéciale de Nkok concentre aujourd’hui plus d’une centaine d’entreprises industrielles spécialisées dans la transformation du bois.
L’industrie minière contribue également à cette dynamique. Le Gabon demeure le deuxième producteur mondial de manganèse de haute teneur grâce au gisement de Moanda exploité par Comilog. La production dépasse régulièrement les 9 millions de tonnes par an, alimentant les industries sidérurgiques internationales.
Le secteur pétrolier continue également de soutenir l’activité industrielle avec une production avoisinant 200 000 barils par jour, tandis que les investissements dans les engrais, la pétrochimie et la transformation minière visent à diversifier davantage l’économie.
La RDC progresse grâce à son potentiel minier exceptionnel
Deuxième du classement régional, la République démocratique du Congo s’appuie sur l’une des plus importantes réserves minières du monde. Le pays produit plus de 70 % du cobalt mondial et figure parmi les trois premiers producteurs mondiaux de cuivre. En 2024, la production de cuivre a dépassé les 3 millions de tonnes tandis que celle du cobalt s’est maintenue au-dessus de 200 000 tonnes. Ces minerais sont devenus stratégiques dans les chaînes de valeur mondiales des batteries électriques.
La RDC possède également d’importantes réserves d’étain, de coltan, de lithium, de zinc et d’or. Toutefois, la majorité de cette production continue d’être exportée sous forme brute ou semi-transformée. Pour remédier à cette situation, Kinshasa multiplie les initiatives visant à développer localement des unités de raffinage, de transformation minière et de fabrication de précurseurs de batteries. Le projet de chaîne de valeur régionale des batteries porté avec plusieurs partenaires africains pourrait constituer une étape décisive dans la montée en gamme industrielle du pays.
La Guinée équatoriale prépare l’après-pétrole
Troisième économie industrielle d’Afrique centrale, la Guinée équatoriale demeure fortement dépendante des hydrocarbures qui représentent encore l’essentiel de ses exportations. Le pays produit environ 90 000 à 100 000 barils de pétrole par jour ainsi qu’une importante quantité de gaz naturel. Les infrastructures gazières de Punta Europa constituent aujourd’hui l’un des principaux pôles industriels du pays.
Face au déclin progressif des gisements pétroliers, Malabo accélère sa stratégie de diversification industrielle. Les autorités misent sur la pétrochimie, la transformation du gaz, les engrais et certaines activités manufacturières légères. Plusieurs zones économiques spéciales ont été créées afin d’attirer les investisseurs internationaux et de développer une base productive moins dépendante du secteur extractif.
Le Cameroun, première puissance manufacturière diversifiée d’Afrique centrale
Classé quatrième dans la sous-région, le Cameroun dispose probablement du tissu industriel le plus diversifié d’Afrique centrale. L’industrie agroalimentaire représente le principal moteur manufacturier du pays. Le Cameroun est le premier producteur mondial de bananes plantains, l’un des principaux producteurs africains de cacao avec plus de 300 000 tonnes par an et produit également du café, du coton, de l’huile de palme, du sucre et des produits halieutiques transformés.
Dans la filière ciment, le pays a connu une véritable révolution industrielle. La capacité nationale est passée de moins de 2 millions de tonnes au début des années 2010 à plus de 8 millions de tonnes aujourd’hui grâce aux investissements de plusieurs cimentiers.
Le secteur métallurgique connaît également une montée en puissance avec les projets liés au minerai de fer de Mbalam-Nabeba et aux ressources de bauxite de Minim-Martap.
L’industrie du bois demeure également stratégique. Le Cameroun transforme une part croissante de sa production forestière à travers les scieries, les usines de placage et les unités de fabrication de meubles.
Dans le secteur énergétique, les barrages de Lom Pangar, Memve’ele et Nachtigal contribuent à renforcer l’offre électrique nécessaire au développement industriel. Le port en eau profonde de Kribi, les zones industrielles et les projets agro-industriels positionnent progressivement le pays comme un hub manufacturier régional.
Une industrialisation encore dépendante des matières premières
Malgré leurs performances, les quatre principales économies industrielles d’Afrique centrale restent fortement dépendantes du pétrole, du gaz, du bois et des minerais. Cette spécialisation expose la région aux fluctuations des cours mondiaux et limite encore la création de valeur locale.
Pour la Banque africaine de développement, le véritable défi consiste désormais à transformer davantage les ressources sur place, développer les chaînes de valeur régionales et accroître la sophistication des exportations industrielles. La Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) offre à cet égard une opportunité majeure pour accélérer l’émergence de champions industriels régionaux capables de rivaliser sur les marchés africains et internationaux.
