Le Gabon ouvre une nouvelle page dans la gestion de son secteur halieutique. À l’expiration de l’Accord de partenariat de pêche durable (APPD) conclu avec l’Union européenne, le gouvernement gabonais a décidé de ne pas reconduire le protocole qui encadrait les activités des navires européens dans ses eaux.
Cette décision intervient dans un contexte où plusieurs États africains cherchent à mieux valoriser leurs ressources naturelles en privilégiant la transformation locale et une plus grande maîtrise des chaînes de valeur. Pour Libreville, il s’agit désormais de faire en sorte que les richesses générées par la pêche profitent davantage à l’économie nationale, à travers la création d’emplois, le développement industriel et une meilleure contribution aux finances publiques, selon le communiqué du ministère gabonais des Affaires étrangères.
Un partenariat dont les retombées sont jugées limitées
Dans son communiqué officiel, le ministère gabonais des Affaires étrangères estime que l’accord ne répondait plus aux ambitions économiques du pays. Les autorités rappellent que les captures réalisées par les navires européens étaient essentiellement débarquées et transformées hors du Gabon, limitant ainsi les bénéfices pour l’économie locale.
Le gouvernement déplore également la faiblesse des investissements consacrés au développement des infrastructures, à la création d’emplois, au transfert de technologies et au renforcement des capacités nationales. Libreville souligne en outre des préoccupations concernant la transparence, le suivi scientifique partagé et la préservation des ressources halieutiques.
Des compensations financières importantes, mais jugées insuffisantes
Le protocole, renouvelé en 2021 pour une durée de cinq ans, représentait une valeur globale estimée à 26 millions d’euros, soit près de 17 milliards de francs CFA, selon le ministère gabonais des Affaires étrangères.
Concrètement, l’Union européenne versait 2,6 millions d’euros par an (environ 1,7 milliard de FCFA) au Gabon. Cette enveloppe était répartie entre 1,6 million d’euros destinés à l’accès des navires européens aux eaux gabonaises et 1 million d’euros consacré au soutien de la politique nationale de la pêche, d’après les données officielles de la Commission européenne et du Service européen pour l’action extérieure (SEAE).
À cette contribution s’ajoutaient les redevances payées directement par les armateurs européens, évaluées à environ 1 million d’euros par an, selon la Commission européenne.
Le protocole reposait par ailleurs sur un tonnage annuel de référence de 32 000 tonnes de captures, servant de base au calcul de la compensation financière. La Commission européenne indique que si les captures dépassaient ce seuil, les recettes générées sur l’ensemble de la période pouvaient excéder 30 millions d’euros, soit près de 20 milliards de FCFA.
Malgré ces montants, les autorités gabonaises estiment que la richesse créée restait largement captée à l’extérieur du pays, les opérations de débarquement, de transformation et de commercialisation étant principalement réalisées hors du territoire national.
La transformation locale au cœur de la nouvelle stratégie
À travers cette décision, Libreville souhaite désormais attirer davantage d’investissements dans les ports de pêche, les unités de transformation, les infrastructures de conservation, la chaîne du froid et la logistique.
L’objectif est de développer une véritable industrie halieutique nationale capable de créer davantage d’emplois, d’accroître la valeur ajoutée produite localement et de renforcer les recettes fiscales de l’État. Cette orientation est conforme aux objectifs affichés par le gouvernement gabonais en matière de diversification économique et de transformation locale des ressources naturelles.
Pour sa part, l’Union européenne affirme rester ouverte au dialogue et se dit disposée à engager de nouvelles discussions avec le Gabon en vue d’un éventuel partenariat reposant sur des bases plus équilibrées, selon la Commission européenne.
En mettant fin à son accord de pêche avec l’Union européenne, le Gabon privilégie une approche fondée sur la souveraineté économique et la création de valeur locale. Au-delà des compensations financières, l’enjeu est désormais de transformer les ressources halieutiques en véritable moteur de développement industriel. La réussite de cette stratégie dépendra toutefois de la capacité du pays à mobiliser les investissements nécessaires, à moderniser ses infrastructures et à renforcer la gouvernance du secteur.
