Après plusieurs années de travaux engagés en 2023, l’Union Camerounaise de Brasseries (UCB) a lancé les premières productions de sa nouvelle unité industrielle baptisée « Usine Moungo », située à la périphérie de Douala. L’investissement, estimé à près de 100 milliards de FCFA, constitue l’un des plus importants projets industriels privés réalisés au Cameroun ces dernières années.
Cette nouvelle infrastructure est dotée d’une capacité annuelle de production de 2 millions d’hectolitres, soit environ 200 millions de litres de boissons. À elle seule, cette capacité équivaut à celle de l’usine historique de Douala-Bassa. Avec cette nouvelle unité, le groupe Kadji porte ainsi son potentiel industriel total à près de 4 millions d’hectolitres par an, doublant de fait ses capacités de production nationales.
L’entreprise fondée en 1972 par le regretté industriel Joseph Kadji Defosso entend ainsi répondre à une demande locale en constante progression tout en consolidant sa place dans un marché brassicole particulièrement concurrentiel.
Le pari stratégique des boissons en canettes
L’une des principales innovations apportées par cette nouvelle usine réside dans le lancement des premières boissons UCB conditionnées en canettes.
Kadji Beer, Spécial Pamplemousse et la boisson énergisante KiQ sont déjà disponibles dans ce format dans plusieurs points de vente. Ce choix n’est pas anodin. Depuis plusieurs années, les boissons en canettes gagnent du terrain au Cameroun, notamment lors des cérémonies, événements populaires et dans les circuits modernes de distribution.
Selon les données du secteur, cette demande croissante avait favorisé l’entrée massive de boissons importées, parfois de manière frauduleuse, depuis certains pays voisins. En 2016, la Société Anonyme des Brasseries du Cameroun (SABC) évaluait déjà à près de 300 000 hectolitres les importations frauduleuses de boissons en canettes sur le marché camerounais, pour une valeur estimée à environ 12 milliards de FCFA.
Avec sa nouvelle ligne de production, UCB entend donc récupérer une partie de ce marché tout en proposant une offre locale capable de concurrencer les importations.
1 800 emplois et un effet d’entraînement sur l’économie locale
Au-delà des capacités industrielles, le projet devrait générer des retombées importantes sur l’emploi. Selon les estimations communiquées par l’entreprise, la nouvelle usine permettra la création de plus de 800 emplois directs et près de 1 000 emplois indirects, soit environ 1 800 emplois au total.
Les effets induits concernent notamment les secteurs du transport, de la logistique, de la maintenance industrielle, de l’emballage, de la distribution commerciale et des services.
L’entreprise met également en avant son recours croissant aux matières premières locales dans une logique d’import-substitution. Cette stratégie vise à renforcer les chaînes d’approvisionnement nationales tout en stimulant les revenus des producteurs locaux, notamment dans certaines filières agricoles du septentrion camerounais.
Une réponse à la concentration du marché brassicole
Cette montée en puissance intervient dans un contexte de forte concentration du marché des boissons au Cameroun. Le rachat de Guinness Cameroun par le groupe Castel a renforcé la domination de la SABC sur le marché national, poussant les autres acteurs à accélérer leurs investissements afin de préserver leurs parts de marché.
Face à cette nouvelle donne concurrentielle, UCB mise sur l’innovation industrielle, la diversification de ses formats et l’augmentation de ses volumes de production. L’objectif est également de réduire les coûts unitaires de fabrication grâce aux économies d’échelle générées par la nouvelle usine.
Le cap désormais fixé sur l’Afrique de l’Ouest
L’ambition du groupe Kadji dépasse désormais les frontières camerounaises.Quelques mois après l’inauguration d’une usine de boissons au Nigeria à travers sa filiale Ultimum Limited, le groupe prépare l’extension de ses activités commerciales vers plusieurs marchés ouest-africains.
Selon plusieurs sources concordantes, UCB envisage notamment la création d’un centre de distribution en Côte d’Ivoire afin de desservir plus efficacement les marchés de la sous-région. Le choix du conditionnement en canettes s’inscrit d’ailleurs dans cette stratégie d’exportation, ce format étant plus léger, moins fragile et plus adapté au transport sur de longues distances.
Entre l’usine du Moungo au Cameroun et celle récemment mise en service à Aba au Nigeria, le groupe Kadji a ainsi engagé plus de 120 milliards de FCFA d’investissements industriels en Afrique centrale et de l’Ouest au cours des dernières années.
Avec sa nouvelle usine du Moungo, UCB ne se contente pas d’augmenter ses capacités de production. Le groupe camerounais engage une véritable mutation industrielle destinée à renforcer sa compétitivité, conquérir de nouveaux segments de marché et préparer son expansion régionale.
Dans un contexte où l’industrialisation demeure l’un des principaux défis de l’économie camerounaise, cet investissement de près de 100 milliards de FCFA apparaît comme l’un des projets privés les plus significatifs de ces dernières années. Une opération qui pourrait redessiner les équilibres du marché brassicole national tout en positionnant davantage le groupe Kadji comme un acteur industriel d’envergure régionale.
