Le ministère de la Jeunesse et de l’Éducation civique poursuit son programme de développement des compétences dans la transformation agroalimentaire. Le 22 juillet 2026 à Yaoundé, le ministre Mounouna Foutsou a procédé au lancement de la troisième cohorte du Projet d’insertion socio-économique des jeunes par les activités de substitution aux importations (PIISAH). Cette nouvelle promotion rassemble 60 jeunes issus des dix régions du Cameroun, portant à 180 le nombre total de bénéficiaires formés depuis le démarrage du programme.
L’initiative s’inscrit dans la politique gouvernementale visant à réduire la dépendance du pays aux importations de blé grâce à une plus grande valorisation des farines produites localement.
Une stratégie économique au-delà de la simple formation
Le programme ne se limite pas à l’apprentissage des techniques de boulangerie. Les bénéficiaires suivent également des modules consacrés à l’entrepreneuriat, à la gestion d’entreprise et à l’éducation civique, avec pour objectif de faciliter leur insertion professionnelle et la création de petites unités de production.
Les deux premières promotions ont, en outre, reçu des équipements destinés à accompagner le démarrage de leurs activités. Cette approche cherche à transformer les compétences acquises en véritables projets économiques capables de générer des revenus et des emplois, tout en soutenant une politique nationale de réduction des importations alimentaires.
Les farines locales au cœur de la politique de substitution aux importations
L’intérêt économique de cette initiative réside dans la promotion des farines produites à partir des cultures locales telles que le manioc, le maïs, le plantain, le sorgho ou encore l’igname. Leur incorporation dans la fabrication du pain et des produits de pâtisserie permettrait de réduire progressivement la consommation de farine de blé importée.
Les enjeux financiers sont importants. Selon le Document de programmation économique et budgétaire 2027-2029, le Cameroun a importé 466,9 milliards de FCFA de céréales en 2025, soit 8,9 % de l’ensemble de ses dépenses d’importation. Dans ce total, le froment de blé et le méteil représentent à eux seuls 187,8 milliards de FCFA, soit 3,6 % des importations nationales, en dépit d’une baisse de 12,3 % par rapport à l’année précédente. Ces chiffres traduisent le poids économique des achats extérieurs de céréales et renforcent l’intérêt de développer des alternatives fondées sur les productions agricoles locales.
Le Cameroun demeure fortement dépendant des achats extérieurs pour couvrir ses besoins en blé, une céréale qui ne bénéficie pas de conditions de production favorables à grande échelle dans le pays. Cette dépendance expose les industriels et les consommateurs aux fluctuations des cours internationaux ainsi qu’à la volatilité des coûts du transport maritime.
Des objectifs chiffrés à l’échelle nationale
Le programme prévoit la formation de 348 jeunes répartis dans les 58 départements du Cameroun. Avec les 180 bénéficiaires déjà enregistrés après cette troisième cohorte, un peu plus de 51 % de l’objectif national est désormais atteint.
À travers ce déploiement territorial, les pouvoirs publics entendent favoriser l’émergence de petites entreprises de transformation agroalimentaire capables de créer de la valeur ajoutée à partir des productions agricoles locales et de renforcer les économies régionales.
En privilégiant le développement des compétences entrepreneuriales et l’utilisation des farines locales, le gouvernement fait de la boulangerie un levier de transformation économique. Au-delà des 348 jeunes attendus dans le programme, l’enjeu porte sur la création d’activités génératrices de revenus, la réduction progressive des importations de blé et une meilleure valorisation des productions agricoles camerounaises. Dans un contexte où les importations de blé représentent encore 187,8 milliards de FCFA par an, la montée en puissance des farines locales pourrait contribuer, à moyen terme, à alléger cette facture tout en renforçant la souveraineté alimentaire du pays. La réussite de cette stratégie dépendra toutefois de la capacité des nouveaux entrepreneurs à accéder aux financements, aux équipements et aux marchés pour développer des entreprises durables.
