Pouvez-vous nous présenter la Coopérative Thierson ?
Merci à Afrik Shine TV pour cette opportunité. La Coopérative Thier’son est basée à Melong, dans le département du Moungo, région du Littoral. Elle rassemble des agriculteurs, des éleveurs et des sylviculteurs autour d’une vision commune : moderniser l’agriculture et l’élevage tout en créant des opportunités économiques pour ses membres et pour les communautés locales.
Vous avez mis en place une ferme qualifiée d’ultra-moderne. En quoi est-elle particulière ?
Avec l’appui de la CAPEF, nous avons développé une ferme de type « Big Dutchman », un modèle allemand qui constitue une première en Afrique centrale. Cette infrastructure répond aux normes sanitaires et environnementales les plus exigeantes.
La particularité de ce modèle réside dans le bien-être animal. Les bêtes reposent sur des caillebotis qui leur évitent les problèmes de sabots liés aux sols boueux ou glissants. Les excréments et les urines sont directement évacués vers une fosse de lisier grâce à un système de canalisation. Ce lisier est ensuite utilisé comme fertilisant pour les activités agricoles. Par ailleurs, notre cheptel est issu d’une génétique française de haute qualité, reconnue mondialement dans l’élevage bovin.
Quel est l’état d’avancement de votre projet ?
Les premières inséminations ont déjà été réalisées et les premières mises-bas sont attendues dans les prochaines semaines. Deux mois après ces naissances, les nouveaux sujets seront transférés vers une ferme de multiplication afin d’accélérer le développement du cheptel.
Cependant, nous accusons un retard important dans la mise en service de certaines installations. Le matériel destiné à la nouvelle ferme de multiplication est bloqué au port depuis plus de six mois, ce qui ralentit considérablement notre calendrier de développement.
Quelles sont les principales difficultés auxquelles vous faites face ?
Le premier défi est celui de la biosécurité. La ferme attire beaucoup de visiteurs en raison de son caractère innovant, mais nous devons appliquer des règles strictes pour protéger le cheptel contre tout risque sanitaire.
Le deuxième défi concerne l’approvisionnement en céréales. Les producteurs locaux ne parviennent pas encore à fournir les volumes nécessaires à l’alimentation des animaux. Nous sommes donc contraints d’encadrer des agriculteurs d’autres régions afin de sécuriser notre approvisionnement.
Enfin, les lourdeurs administratives et logistiques représentent un véritable frein. Nous travaillons avec un partenaire français qui nous fournit les prémixes alimentaires, mais les retards observés au niveau du port perturbent l’ensemble de notre chaîne de production.
Qu’attendez-vous des pouvoirs publics ?
Nous tendons d’abord la main à l’État du Cameroun, qui nous a permis de nous lancer dans cette activité. Nous souhaitons une exonération ou un allègement des taxes sur les produits liés à l’élevage au niveau du Port autonome afin de réduire les délais d’approvisionnement.
Nous sollicitons également le MINADER pour l’accès à des semences de maïs de qualité permettant d’améliorer les rendements agricoles. Enfin, nous avons besoin de facilités de crédit bancaire afin d’atteindre les standards de production auxquels nous aspirons.
Quels sont vos projets à moyen terme ?
Nous sommes aujourd’hui à la recherche de partenaires stratégiques pour la construction d’une unité de transformation intégrée comprenant notamment un abattoir moderne.
Notre ambition est de mettre à la disposition des consommateurs camerounais une viande bovine de qualité, mais aussi toute une gamme de produits dérivés, notamment le jambon et les saucisses. Nous voulons bâtir une véritable chaîne de valeur locale capable de créer des emplois, de réduire les importations et de renforcer la souveraineté alimentaire du Cameroun.
Propos recueillis par Leonel Douniya
