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CEMAC : la COBAC adapte ses textes à un marché bancaire en pleine croissance

Réunis à Libreville du 22 au 24 juin 2026, les acteurs du secteur bancaire et financier de la CEMAC ont examiné plusieurs projets de règlements portés par la Commission Bancaire de l’Afrique Centrale (COBAC). Services de paiement, fintechs, microfinance, mise à l’index des mauvais payeurs, gouvernance des Caisses de Dépôts et Consignations ou encore gestion des comptes inactifs : ces textes visent à adapter le cadre réglementaire communautaire aux mutations rapides du secteur financier et à renforcer sa résilience.

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Marcel ONDELE, Secrétaire Général de la COBAC,

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La Commission Bancaire de l’Afrique Centrale (COBAC) poursuit son vaste chantier de modernisation du système financier de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC). Dans cette optique, l’institution a organisé à Libreville, au Gabon, du 22 au 24 juin 2026, une consultation réunissant banques, établissements de microfinance, opérateurs de paiement, fintechs, autorités monétaires nationales, Banque des États de l’Afrique Centrale (BEAC), Commission de Surveillance du Marché Financier de l’Afrique Centrale (COSUMAF), Groupement Interbancaire Monétique de l’Afrique Centrale (GIMAC) et autres acteurs du secteur.

Selon le communiqué final signé le 24 juin 2026 par Marcel Ondele, Secrétaire général de la COBAC, les travaux ont porté sur huit projets de textes réglementaires destinés à renforcer l’encadrement des services financiers dans la sous-région. Cette consultation s’inscrit dans un contexte marqué par l’accélération de la digitalisation financière, l’émergence de nouveaux acteurs du paiement et le besoin croissant de sécuriser les activités bancaires et de microfinance.

Une réforme ambitieuse des services de paiement et de l’écosystème fintech

La première journée des travaux a été consacrée aux services de paiement, à l’agrément des prestataires ainsi qu’aux normes prudentielles applicables aux établissements de paiement et aux sociétés de transfert d’argent. Les discussions ont notamment porté sur l’encadrement des nouveaux acteurs du paiement, l’adaptation des exigences de connaissance du client (KYC), les opérations de transfert international de fonds, l’expérimentation réglementaire (regulatory sandbox) ainsi que la supervision des fintechs.

Selon le Secrétariat général de la COBAC, ces réformes répondent à la transformation rapide du secteur financier sous l’effet de la digitalisation et de la montée en puissance des services financiers numériques. Le régulateur souhaite ainsi mettre en place un environnement plus favorable à l’innovation tout en préservant la stabilité financière de la sous-région. Cette orientation intervient alors que la BEAC et le GIMAC poursuivent leurs efforts de modernisation des infrastructures de paiement dans la CEMAC afin d’accélérer l’inclusion financière et de sécuriser les transactions électroniques.

Renforcer la discipline de crédit et la stabilité de la microfinance

La deuxième journée a porté sur deux textes majeurs : la mise à l’index des clients défaillants en matière de remboursement de crédit et la liquidité des établissements de microfinance (EMF). Concernant la mise à l’index, les participants ont examiné les modalités d’identification des emprunteurs défaillants, les procédures de centralisation des données et les conditions de régularisation. Plusieurs amendements ont été retenus afin d’améliorer la transparence du dispositif et de mieux protéger les droits des clients.

L’objectif affiché est de réduire le risque de crédit dans un contexte où l’endettement des ménages et des entreprises constitue une préoccupation croissante pour les établissements financiers. S’agissant des EMF, les débats ont porté sur les mécanismes de gestion de la liquidité, les ratios prudentiels, les stress tests et le suivi consolidé de la trésorerie au sein des réseaux de microfinance.

Selon les statistiques officielles de la COBAC publiées dans son rapport sur le secteur de la microfinance en zone CEMAC, la sous-région comptait 521 établissements de microfinance agréés et en activité au 31 décembre 2023. Avec 384 établissements recensés, le Cameroun représentait à lui seul environ 74 % des EMF de la CEMAC.

Les enjeux de cette réforme sont d’autant plus importants que, d’après le Rapport annuel 2024 de la COBAC, les établissements de microfinance de la CEMAC ont octroyé 1 039,3 milliards de FCFA de crédits aux agents économiques en 2024. Sur ce volume, le Cameroun a concentré 659,4 milliards de FCFA, soit 57,6 % du marché régional de la microfinance.

Gouvernance des Caisses de Dépôts et traitement des avoirs en déshérence

La troisième journée a été consacrée aux projets de règlements relatifs aux Caisses de Dépôts et Consignations (CDC) ainsi qu’au traitement des comptes inactifs et des avoirs en déshérence. Les échanges ont notamment porté sur la gouvernance, les mécanismes de contrôle interne, les normes prudentielles et la prise en compte des risques stratégiques et d’investissement liés aux activités des CDC.

Cette réforme intervient dans un contexte de réflexion sur l’encadrement communautaire des activités des Caisses de Dépôts et Consignations au sein de la CEMAC. Les discussions ont particulièrement concerné la qualification prudentielle de certaines opérations assimilées à des opérations de banque et leur soumission aux exigences réglementaires de la COBAC. Le Secrétariat général de la COBAC a par ailleurs rappelé aux établissements assujettis leur obligation de transférer les avoirs en déshérence conformément aux dispositions réglementaires en vigueur et aux modalités qui seront précisées dans le futur texte.

Une modernisation nécessaire pour un secteur en pleine mutation

Au-delà des textes examinés à Libreville, cette consultation s’inscrit dans une dynamique plus large de renforcement de la solidité du système financier de la CEMAC. Dans cette logique, la COBAC a adopté en 2024 un relèvement du capital social minimum des établissements de crédit. Selon la Décision COBAC D-2024/071, le capital minimum des banques a été porté de 10 à 25 milliards de FCFA, tandis que celui des établissements financiers est passé de 2 à 4 milliards de FCFA.

Par ailleurs, selon les données du Rapport annuel 2024 de la COBAC, les établissements de crédit de la CEMAC ont enregistré un Produit Net Bancaire (PNB) cumulé de 1 532 milliards de FCFA à fin décembre 2024, en progression de 9 % par rapport à l’exercice précédent. Le Cameroun a représenté 46,3 % de ce PNB régional, confirmant son poids dans l’industrie bancaire communautaire.

Ces chiffres illustrent les défis auxquels fait face le régulateur communautaire : accompagner l’innovation financière, renforcer la solidité des institutions et améliorer la protection des déposants dans un environnement économique en constante évolution.

La consultation de Libreville marque une étape importante dans la modernisation du cadre réglementaire bancaire et financier de la CEMAC. En s’attaquant simultanément aux services de paiement, aux fintechs, à la microfinance, à la gestion du risque de crédit, à la gouvernance des Caisses de Dépôts et Consignations et au traitement des avoirs en déshérence, la COBAC cherche à adapter la réglementation aux nouvelles réalités du marché tout en renforçant la stabilité du système financier régional.

Selon le communiqué final de la COBAC du 24 juin 2026, les observations formulées par les professionnels seront intégrées aux projets de textes avant leur examen par la Commission bancaire puis leur transmission au Comité ministériel de l’Union Monétaire de l’Afrique Centrale (UMAC) pour adoption. Leur entrée en vigueur pourrait ouvrir une nouvelle phase de transformation du paysage financier d’Afrique centrale, avec l’ambition de concilier innovation, inclusion financière et sécurité du système bancaire.

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