En Afrique, 1,2 milliard de personnes utilisent des combustibles solides (bois, charbon, fumier, etc.) ou du kérosène pour cuire leur nourriture, à l’aide de fourneaux traditionnels, parfois sans ventilation. Selon l’Agence internationale de l’énergie, l’usage de ces combustibles polluants est à l’origine de 4 millions de décès par an attribués à la pollution de l’air intérieur et pourtant le continent africain concentre 60% des réserves d’énergies renouvelables.
Avec une population projée à 2,3 milliards d’habitants à l’horizon 2050 dont 60% de moins de 25 ans, l’Afrique, selon plusieurs observateurs devra faire face à des défis majeurs liés à ce boom démographique. Les alternatives propres restent encore cependant peu accessibles sur le continent africain : 17% seulement de la population d’Afrique sub-saharienne en bénéficie, contre 63% en Asie centrale et du Sud-Est, 97% en Europe et en Amérique du Nord, indique un rapport de suivi de l’ONU sur l’objectif de développement durable n°7 (ODD 7, sur l’état des progrès en matière d’énergie). La situation est particulièrement préoccupante au Mali, au Niger, au Bénin, en Guinée, en République démocratique du Congo, à Madagascar, en Tanzanie, au Tchad, avec des taux d’accès compris entre 1 et 7%. Les difficultés sont plus criantes encore en zone rurale, avec 5% de la population d’Afrique sub-saharienne bénéficiant de modes de cuisson propre (48% au niveau mondial).
En matière de santé, les conséquences sont désastreuses. Selon l’OMS, les fumées polluantes tuent deux millions de personnes par an, principalement en Afrique. Les femmes effectuent en effet plus de 90% du travail pour obtenir du combustible et cuisiner. Avec leurs enfants, elles représentent plus de 60% de tous les décès prématurés liés à la pollution de l’air domestique. Outre les effets néfastes pour la santé des femmes et des enfants, l’utilisation de bois pour cuisiner dégrade par ailleurs les forêts et accélère le changement climatique en raison des émissions de gaz à effet de serre. Les émissions des combustibles ligneux pour la cuisine représentent en effet 1 gigatonne de CO2 par an, soit environ 2% des émissions globales. Le coût pour l’environnement et les économies locales se monterait à 2.400 milliards de dollars par an, selon la Banque mondiale.
Des initiatives encourageantes
Le défi de fournir, à environ un milliard d’Africains, des moyens de cuisiner propres et sains a reçu un coup de pouce financier majeur le 14 mai 2024, alors que les gouvernements et les entreprises ont mis 2,2 milliards USD sur la table à l’occasion du Clean cooking summit à Paris. Une initiative visant à fournir plus d’options aux personnes en Afrique qui dépendent actuellement de combustibles tels que le charbon de bois et le bois.
Concrètement, le Groupe de la Banque africaine de développement s’est engagé à verser 2 milliards de dollars sur 10 ans pour des solutions de cuisson propres sur le continent, une étape majeure sur la voie de la protection de la vie de 600 000 personnes, principalement des femmes et des enfants, chaque année d’ici 2030.
Bien que les financements versés par les banques de développement et les agences multilatérales (Banque mondiale, FMO, AFD, etc.) constituent toujours la grosse majorité des flux fléchés vers les modes de cuisson propre, on assiste toutefois depuis trois ans à un intérêt grandissant du secteur privé et à une réorientation des flux publics internationaux vers des fonds d’investissement intermédiaires comme Spark+ Africa Fund, BIX Fund Management, Lion’s Head’s AfricaGoGreen Fund ou encore KawiSafi Ventures. Au Kenya, la compagnie publique, Kenya Power and Lighting Company (KPLC), a ainsi lancé un programme, « Pika na Power », pour promouvoir le e-cooking dans les marchés où la majorité de la population est électrifiée.
Des solutions simples et abordables
Les solutions proposées vont des appareils de cuisson électriques, tels que les autocuiseurs et les cuisinières à induction, aux réchauds à gaz de pétrole liquéfié (GPL), digesteurs de biogaz domestiques. Les familles peuvent aussi se tourner vers des combustibles de cuisson à l’éthanol ou vers des combustibles de biomasse transformés tels que les briquettes et les granulés. Les réchauds à éthanol liquide sont vendus par Koko Networks, l’une des principales compagnies privées sur le marché de la cuisson propre et des biocarburants, basée au Kenya, opérant en Afrique de l’Est et en Inde. Un réchaud Koko coûte 1.715 shillings kenyans (environ 14 dollars). Aujourd’hui, un demi-million de Kenyans cuisinent avec les solutions à l’éthanol de Koko Networks.
Pour rappel, lors de la COP 28, la Banque africaine de développement a organisé une table ronde sur la cuisson propre au cours de laquelle elle s’est engagée à allouer 20 % de ses prêts énergétiques annuels à la cuisson propre, mobilisant ainsi deux milliards de dollars au cours de la prochaine décennie. La Banque a également soutenu l’initiative tanzanienne en faveur de la cuisson propre, qui vise à améliorer l’accès des femmes aux solutions de cuisson propre, lancée par la présidente Samia Suluhu Hassan lors de la COP 28.
L’Asie avec la Chine et l’Inde en tête et l’Amérique latine ont, pour leur plupart, réussi à résoudre ce problème au cours des 20 dernières années. Cependant, aujourd’hui, au Bénin, en Éthiopie, au Liberia, en République démocratique du Congo, en Tanzanie… plus de 80 % de la population dépend encore de la biomasse pour cuisiner ses repas. Au Nigeria, au Kenya ou au Ghana, ce chiffre s’élève à 70 %.