Investir dans les corridors régionaux. Tel est l’un des piliers essentiels de la feuille de route régionale pour la transformation des systèmes de transport en Afrique, en cours d’élaboration au sein de la Commission économique des Nations Unis pour l’Afrique (CEA). C’est dans cette perspective que le Bureau sous-régional de la CEA en Afrique centrale a organisé une réunion virtuelle le 16 juillet 2025, sous la thématique « Vers une Afrique centrale connectée : Modernisation des transports et des services logistiques pour une intégration régionale durable ». Ce webinaire visait à engager un dialogue stratégique entre décideurs, experts et partenaires autour de la modernisation urgente des infrastructures de transport et services logistiques.
Des lourdeurs qui persistent
Si les experts recommandent de mener une approche globale à travers les investissements multimodaux (portuaires, ferroviaires et routiers etc.) sur l’ensemble du continent, plusieurs lourdeurs persistent toutefois pour une véritable mise en place de ceux-ci.
Les lourdeurs sont multiples, nous avons d’abord les questions de codification, des questions purement juridiques et judiciaires. Sur le plan judiciaire les juges ne sont pas formés, les magistrats ne sont pas formés, tout le corps judiciaire n’est pas formé. Les textes (que ce soit ceux de la Communauté Économique et Monétaire de l’Afrique Centrale (Cemac) ou des autres institutions) ne sont pas traduits dans les autres langues officielles et ces textes ne sont jamais commentés ni annoté ce qui crée une disparité d’interprétation, donc forcément une insécurité juridique,
indique l’expert en Droit des transports, Dr Eric Tchokote. Obésité des textes réglementaires
Outre cet aspect, les textes régissant le secteur des transports en Afrique sont multiples et s’enchevêtrent limitant leur efficacité. A titre d’illustration,
Nous allons nous rendre compte par exemple que dans le domaine maritime il y’a une pluralité de texte : les textes Cemac, les textes de l’Union africaine, les textes de l’OMAOC(L’Organisation Maritime de l’Afrique de l’Ouest et du Centre ) etc. Si on vient dans le domaine aérien, nous avons des textes qui émane de Yamoussoukro comme la décision et la déclaration de Yamoussoukro, nous avons aussi des textes qui sont du ressort de l’Agence pour la Sécurité de la Navigation Aérienne en Afrique et à Madagascar (ASECNA), des textes qui relèvent de la Cemac comme le code de l’aviation civile de la zone Cemac,
a-t-il ajouté. Un fait que l’expert qualifie d’obésité des textes, qui crée inévitablement des amalgames quant à leur mise en application.
Une perte de 2 % du PIB continental par an
D’ après la CEA, sans des cadres règlementaires harmonisés et des infrastructures de transport modernes, efficaces, interconnectées et compétitives, le potentiel de la ZLECAf ne pourra pas pleinement se réaliser. La faiblesse, l’inefficacité et la fragmentation des réseaux de transport (routes, chemins de fer, ports, plateformes multimodales) constituent en effet aujourd’hui un frein majeur à la fluidité des échanges commerciaux sur le continent.
Les frais de transport en Afrique représentent une part importante du prix final des produits vendus; des frais pouvant atteindre jusqu’à 40%, selon des études citées par le Programme de politiques de transport en Afrique (SSATP). D’après des données de la Banque Africaine de Développement (BAD), la fragmentation logistique pourrait entraîner une perte allant jusqu’à 2 % du PIB continental par an, tandis que l’amélioration de la connectivité régionale pourrait permettre une augmentation du commerce intra-africain de 33 % à l’horizon 2045 (CEA, 2023).
Solutions
Pour tenter de lever ces difficultés, les experts réunis autour du Directeur du Bureau Sous-régional pour l’Afrique Centrale de la CEA Jean-Luc MASTAKI, lors de cette réunion virtuelle recommandent des mesures correctives telles que:
- La formation du corps judiciaire et la création d’institutions spécialisées dans le droit des transports ;
- L’annotation, le commentaire et la traduction systématique de tous les textes qui sont prévus par des structures ou experts contrôlés par des communautés économiques. Ce qui permettrait une application objective de ceux-ci ;
- La nécessité impérieuse d’embrasser les innovations technologiques, numérique ;
- La codification systématique, car les pays d’Afrique doivent s’unifier autour d’un code des transports régional, pour une meilleure efficacité du système des transports ;
- Prendre exemple sur des modèles de réussites tels que le Maroc qui à travers son port de Tanger relie plusieurs régions du monde le positionnant un acteur clé dans les échanges régionaux et internationaux, ou encore le Ghana.
Rappelons que l’entrée en vigueur de la Zone de Libre-Échange Continentale Africaine (Zlecaf) le 1er janvier 2021 a consacré les engagements des pays africains à éliminer progressivement les barrières non tarifaires au commerce des marchandises, libéraliser progressivement le commerce des services et coopérer pour la mise en œuvre des mesures de facilitation des échanges.
Selon les prévisions de la Commission, d’ici à 2035, la mise en œuvre de la Zlecaf aura connu une avancée considérable en s’appuyant sur les communautés économiques régionales. Les connexions d’infrastructures transfrontalières et l’amélioration de la gestion des frontières -par la réduction des barrières tarifaires et réglementaires – auront rendu le commerce entre pays africains plus rapide et moins coûteux, avec une hausse estimée de 52 % des échanges.
