L’entreprise ferroviaire prépare depuis plusieurs années une modernisation profonde de son outil d’exploitation. Les chantiers déjà engagés sur les lignes Douala-Yaoundé et Douala-Ngaoundéré témoignent d’une volonté de relancer un réseau stratégique, affecté par la pression croissante de la demande logistique. L’arrivée de Pierre Ngon intervient ainsi au moment où Camrail doit consolider sa position dans les chaînes de transport nationales et régionales. Cette transition managériale reflète également une tendance forte d’AGL, de placer aux commandes des dirigeants africains disposant d’une connaissance interne du groupe et d’une maîtrise avérée des environnements opérationnels complexes. Pierre Ngon s’est construit au fil d’un parcours jalonné de responsabilités croissantes sur le continent.
Passé par la Guinée équatoriale, le Niger, puis le cluster Bénin-Niger avant de superviser les opérations Afrique depuis Paris, il a développé une expertise ancrée dans les réalités du terrain. Son profil associe gestion financière, pilotage de projets et organisation logistique multisite, une combinaison rare dans un secteur où la performance dépend de la capacité à coordonner simultanément infrastructures, flux et exploitation. Son expérience dans le développement de corridors, notamment celui reliant Cotonou au Niger, constitue un apport essentiel pour Camrail. Le réseau ferroviaire camerounais dépend fortement de l’articulation entre les ports, les plateformes de stockage et les zones minières. Optimiser ces liaisons représente l’un des leviers majeurs pour améliorer la compétitivité du pays, réduire les coûts logistiques et renforcer la sécurité des opérations.
L’un des premiers défis du nouveau dirigeant concerne la modernisation des infrastructures. La réhabilitation des lignes principales reste incontournable pour absorber la croissance des flux. Ces axes, qui concentrent à eux seuls les plus fortes charges de transport, conditionnent la fiabilité du système. Chaque retard ou incident y a un impact direct sur l’économie nationale.
La mise à niveau des rails, des postes de signalisation et du matériel roulant exigera une coordination étroite entre l’État, concessionnaire des infrastructures, et Camrail, opérateur du trafic. Dans ce contexte, la feuille de route prévoit un renforcement graduel des capacités avec l’arrivée de cinq locomotives et de 64 voitures voyageurs. L’intégration de ce matériel nécessitera une réorganisation technique, en particulier dans la maintenance. Redéfinir les cycles d’entretien, automatiser certains diagnostics et accroître la disponibilité réelle des locomotives représentent des étapes essentielles pour répondre à la demande, notamment sur les cargaisons stratégiques comme le clinker, les hydrocarbures ou les céréales.
Sécuriser les circulations : un impératif qui conditionne la relance
La sécurité demeure un enjeu central. Malgré les progrès réalisés, le réseau reste confronté à une combinaison de vétusté, de conditions climatiques difficiles et de contraintes opérationnelles. L’expertise de Pierre Ngon dans les environnements à risques devrait permettre d’introduire une vision plus robuste des protocoles de prévention, allant de la formation continue des équipes à l’amélioration de la surveillance du réseau. Les attentes sont fortes. Il s’agira de restaurer un niveau de sécurité capable de convaincre les chargeurs, rassurer les passagers et repositionner le rail comme une alternative fiable au transport routier. Sans ce socle, les investissements prévus ne produiront pas les résultats espérés.
Au-delà des urgences opérationnelles, le nouveau DG devra s’inscrire dans la dynamique d’expansion engagée par le pays. Plusieurs projets sont en cours d’étude, notamment les futures lignes Édéa-Kribi-Lolabé-Campo ou Limbe-Idénau, destinées à accompagner les ambitions portuaires et industrielles du Littoral. À plus long terme, le prolongement vers le Tchad reste un enjeu régional majeur. Pour jouer son rôle, Camrail devra produire des analyses fiables sur les capacités, les coûts et les prévisions de trafic. Le nouveau dirigeant devra donc renforcer la capacité de l’entreprise à fournir une expertise technique solide, essentielle dans les arbitrages à venir.
L’arrivée de Pierre Ngon intervient alors que Camrail consolide ses résultats avec 1,51 million de tonnes de fret transporté en 2023 et près de 860 000 passagers. Mais pour franchir un cap, l’entreprise devra transformer ses modes de gestion et accélérer la modernisation de ses équipements. Les défis sont nombreux, les attentes aussi. Le nouveau DG ne prend pas la tête d’une entreprise en transition ; il prend la tête d’un outil stratégique dont la performance influence directement la compétitivité nationale. Son mandat s’annonce déterminant. Les prochains mois diront comment il compte inscrire Camrail dans une dynamique de fiabilité, d’amélioration continue et d’expansion durable.