Au-delà des volumes, ce repositionnement marque un tournant stratégique pour la Gécamines. L’entreprise publique ambitionne désormais de sortir d’un rôle limité à la perception de dividendes pour s’imposer comme un opérateur actif dans la commercialisation de sa production.
En capitalisant sur ses participations dans des projets majeurs tels que Kamoto Copper Company (opéré par Glencore) et Tenke Fungurume (contrôlé par CMOC), la Gécamines entend mieux valoriser ses actifs. À Kamoto, elle envisage notamment de commercialiser jusqu’à 50 % de la production sur les années 2026 et 2027, récupérant ainsi des volumes qu’elle n’exploitait pas directement jusqu’ici.
Cuivre et cobalt : piliers d’une souveraineté renforcée
Avec une production record estimée à 3,5 millions de tonnes en 2025, la RDC consolide son statut de deuxième producteur mondial de cuivre, derrière le Chili. En parallèle, le pays renforce sa stratégie de souveraineté sur les minerais critiques, notamment le cobalt.
La mise en place d’une réserve stratégique, sous l’égide de l’ARECOMS, s’accompagne de mesures structurantes :
- 10 % des exportations nationales de cobalt seront désormais réservées à l’État, soit près de 9 600 tonnes prévues en 2026 ;
- les volumes non écoulés pourront être intégrés à cette réserve, offrant à Kinshasa un levier d’influence sur l’offre mondiale et les prix.
Diversification des partenariats : un rééquilibrage face à la Chine
Cette offensive commerciale s’inscrit également dans une volonté de rééquilibrer les relations économiques internationales du pays. Aujourd’hui encore, les entreprises chinoises dominent largement le secteur minier congolais, contrôlant environ 80 % de la production.
En favorisant l’entrée d’acteurs américains, comme en témoignent les initiatives d’Orion CMC pour reprendre certains actifs de Glencore, la RDC cherche à diversifier ses partenaires et à réduire sa dépendance.
Un levier géopolitique
À travers cette stratégie, Kinshasa envoie un signal clair : le pays entend désormais peser pleinement sur les marchés mondiaux des matières premières. Porté par la demande croissante liée aux véhicules électriques et aux infrastructures numériques, le cuivre congolais devient un outil d’influence majeur.
La RDC ne se positionne plus seulement comme un fournisseur de ressources, mais comme un acteur stratégique déterminé à transformer son potentiel minier en levier de puissance économique et diplomatique.