Au Cameroun, la téléphonie mobile constitue l’un des segments les plus dynamiques du commerce des produits électroniques. Avec l’augmentation du nombre d’utilisateurs de smartphones et la diversification des marques présentes sur le marché, les importations de terminaux mobiles ont progressé au cours des dernières années.
Dans ce contexte, le gouvernement a remis en marche en mars 2026 un mécanisme numérique destiné à collecter les droits et taxes de douane sur les téléphones mobiles importés. Basé sur l’identification des appareils par leur code IMEI, ce dispositif vise à renforcer le contrôle des terminaux mis en circulation sur le territoire national et à réduire les pertes fiscales liées aux importations non déclarées.
Un mécanisme numérique pour tracer les téléphones importés
Le dispositif mis en place repose sur une plateforme numérique permettant aux autorités douanières de suivre les téléphones introduits sur le marché national. Chaque téléphone mobile dispose d’un identifiant unique appelé IMEI (International Mobile Equipment Identity), qui permet de reconnaître l’appareil sur les réseaux des opérateurs de télécommunications.
Dans le cadre de la réforme, les importateurs doivent déclarer les téléphones au moment de leur entrée sur le territoire et transmettre les identifiants IMEI correspondants aux services des douanes. Ces informations sont associées aux documents de dédouanement afin de vérifier que les droits et taxes ont été acquittés avant la commercialisation des appareils.
La base de données ainsi constituée permet ensuite de comparer les téléphones actifs sur les réseaux des opérateurs de télécommunications avec ceux ayant été déclarés lors de l’importation. Ce mécanisme vise à identifier les appareils introduits sans dédouanement et à améliorer la collecte des recettes fiscales liées à ce segment du commerce.
Un marché estimé à plusieurs millions d’appareils par an
Le marché camerounais des terminaux mobiles représente un volume important d’importations. Selon les estimations des autorités, près de 4 millions de téléphones sont introduits chaque année sur le marché national.
La demande est portée par l’augmentation du nombre d’utilisateurs de smartphones, la généralisation de l’internet mobile et l’essor des services financiers numériques comme le Mobile Money. La baisse progressive du prix des appareils d’entrée et de milieu de gamme contribue également à élargir l’accès aux téléphones intelligents.
Dans ce contexte, les autorités estiment que la taxation effective de ce marché pourrait générer jusqu’à 13 milliards de FCFA de recettes fiscales potentielles par an, si l’ensemble des appareils introduits sur le territoire national acquittent les droits et taxes correspondants.
La lutte contre les circuits d’importation informels
Avant la mise en place du dispositif numérique, une partie des téléphones introduits sur le marché camerounais échappait aux circuits formels d’importation. Les recettes douanières liées aux terminaux mobiles avaient atteint environ 2 milliards de FCFA au début des années 2000, avant de diminuer progressivement avec la multiplication des circuits informels d’approvisionnement.
Ces circuits reposent notamment sur l’importation de petites quantités par des voyageurs ou sur l’approvisionnement des commerçants locaux à partir de marchés internationaux, sans déclaration systématique auprès des autorités douanières. Cette situation limite la capacité de l’État à capter les recettes fiscales associées à ce commerce.
Des implications pour les importateurs
La mise en œuvre du dispositif entraîne un renforcement des procédures administratives pour les opérateurs économiques spécialisés dans l’importation et la distribution des téléphones mobiles. Les importateurs doivent désormais intégrer dans leurs démarches la déclaration détaillée des appareils introduits sur le territoire ainsi que la transmission des identifiants IMEI associés aux terminaux.
Cette procédure permet aux services des douanes d’associer chaque téléphone à une opération d’importation régulière et au paiement des droits et taxes correspondants. La réforme contribue ainsi à formaliser les opérations d’importation des terminaux mobiles et à renforcer le contrôle sur les appareils introduits sur le marché.
Un impact possible sur les prix pour les consommateurs
La taxation des téléphones intervient au niveau de l’importation, ce qui signifie que les droits et taxes acquittés par les importateurs peuvent être intégrés dans les coûts de commercialisation des appareils.
Au Cameroun, les produits importés sont soumis à plusieurs charges fiscales, notamment les droits de douane et la taxe sur la valeur ajoutée à l’importation, fixée à 19,25 %. Ces prélèvements sont calculés sur la valeur en douane des produits, augmentée des frais liés à l’importation.
Dans ce contexte, l’application effective des taxes sur l’ensemble des téléphones introduits sur le marché pourrait influencer les prix de certains appareils, notamment ceux qui étaient auparavant commercialisés via des circuits informels.
Un levier de modernisation du contrôle douanier
Au-delà de la dimension fiscale, la réforme s’inscrit dans un processus plus large de modernisation du contrôle des importations. L’utilisation d’outils numériques et de bases de données associées aux identifiants des téléphones permet aux autorités d’améliorer la traçabilité des appareils mis en circulation.
Dans un marché de la téléphonie mobile en expansion, ce dispositif constitue un outil destiné à structurer les circuits d’importation, renforcer la collecte des recettes publiques et améliorer le suivi des équipements électroniques introduits sur le territoire national.