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SND30 au Cameroun : 24 355 milliards FCFA de recettes, déficit à -0,6 %… et le piège de la dette

Cinq ans après le lancement de la Stratégie nationale de développement 2020-2030 (SND30), les principaux indicateurs macroéconomiques du Cameroun présentent des signaux contrastés.

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Paul Biya au palais présidentiel de Yaoundé, le 26 juillet 2022. © Ludovic MARIN / AFP

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Si la croissance économique se maintient, que les recettes publiques progressent et que le déficit budgétaire se réduit, le niveau d’endettement, les besoins de financement et certaines fragilités structurelles continuent de susciter des interrogations sur la capacité du pays à atteindre ses ambitions d’émergence à l’horizon 2035.

Selon le Rapport d’évaluation à mi-parcours de la SND30 publié par le ministère de l’Économie, de la Planification et de l’Aménagement du territoire (Minepat), le Cameroun a fait preuve d’une relative résilience face aux crises successives marquées par la pandémie de Covid-19, les tensions inflationnistes mondiales, les perturbations des chaînes d’approvisionnement et les effets de la guerre en Ukraine.

Une croissance économique qui résiste

Après le ralentissement observé en 2020 sous l’effet de la pandémie, l’économie camerounaise a progressivement retrouvé son dynamisme. Cette reprise s’est appuyée sur les investissements publics, la résilience du secteur tertiaire et la progression des activités non pétrolières.

Le rapport souligne que le pays a maintenu une trajectoire de croissance positive malgré un environnement international défavorable. Les secteurs des services, des télécommunications, du commerce, des infrastructures et des activités financières ont constitué les principaux moteurs de cette dynamique. Cette performance demeure toutefois en deçà des ambitions initiales de la SND30, qui table sur une accélération significative de la croissance afin de transformer structurellement l’économie et réduire la pauvreté.

Le déficit budgétaire sous contrôle

L’une des évolutions les plus marquantes concerne l’amélioration des finances publiques. Le déficit budgétaire global est passé de -3,2 % du PIB en 2020 et -3,4 % en 2021 à seulement -0,6 % en 2024. Cette évolution traduit les efforts engagés par les autorités pour renforcer la discipline budgétaire et améliorer la mobilisation des ressources internes.

Parallèlement, le déficit primaire non pétrolier a également été réduit, passant de -4,1 % du PIB en 2020 à -2,5 % en 2023. Cette amélioration intervient dans un contexte où l’État a considérablement renforcé ses capacités de collecte des recettes fiscales et douanières.

Des recettes publiques en forte hausse

Les recettes budgétaires exécutées ont connu une progression remarquable ces dernières années. Elles sont passées de 4 478,8 milliards de FCFA en 2020 à 5 043,7 milliards en 2021, puis à 6 074,7 milliards en 2022 avant d’atteindre 6 024,3 milliards en 2023. Pour l’exercice 2024, les recettes exécutées sont évaluées à 7 212,5 milliards de FCFA. Au total, sur la période 2021-2024, les recettes budgétaires exécutées cumulées s’élèvent à 24 355,3 milliards de FCFA.

Cette progression s’explique notamment par l’élargissement de l’assiette fiscale, la digitalisation progressive des procédures de collecte, la hausse des recettes non pétrolières, l’amélioration de la performance de certaines administrations financières.

Une dette encore soutenable mais sous surveillance

La question de la dette demeure l’un des principaux sujets d’attention. Le recours à l’endettement a permis au Cameroun de financer plusieurs projets structurants au cours des dernières années. Parmi eux figurent : la phase 2 du port en eau profonde de Kribi, achevée en 2025 pour un coût global d’environ 479,9 milliards de FCFA, plusieurs projets routiers intégrateurs, les infrastructures énergétiques et les programmes de modernisation urbaine.

Si les autorités et les partenaires techniques considèrent encore le risque de surendettement comme modéré, l’augmentation continue des besoins d’investissement impose une gestion prudente de l’endettement public. Le rapport relève que les ambitions de la SND30 nécessitent une mobilisation accrue des financements tout en préservant la soutenabilité budgétaire. L’enjeu est d’autant plus important que les coûts du service de la dette augmentent dans un contexte mondial marqué par des taux d’intérêt plus élevés.

Le compte courant demeure dans le rouge

Tous les indicateurs ne sont cependant pas au vert. Le déficit du compte courant est passé de -3,4 % du PIB en 2022 à -4,1 % en 2023. Cette dégradation reflète notamment le poids élevé des importations, les besoins en équipements industriels et la dépendance du pays à certains produits alimentaires et manufacturés importés.

Au sujet des importations, le pays continue d’importer massivement des produits pétroliers raffinés, des machines et équipements industriels, des véhicules, des matériaux de construction, des produits pharmaceutiques ainsi qu’une part importante de denrées alimentaires. Cette dépendance pèse lourdement sur la balance commerciale et explique en partie la détérioration du déficit du compte courant.

Malgré les efforts engagés dans le cadre de la politique d’import-substitution, notamment dans les filières du riz, du maïs, du poisson, du blé et des produits transformés, la production nationale peine encore à satisfaire la demande intérieure. Les grands projets d’infrastructures contribuent également à accroître les importations, puisqu’ils nécessitent l’acquisition à l’étranger d’équipements lourds, de matériels techniques et de services spécialisés. Cette situation entraîne une sortie importante de devises et limite les effets de la croissance sur la création de valeur locale.

L’investissement, clé de la prochaine étape

Pour atteindre les objectifs de transformation économique fixés à l’horizon 2030 et 2035, le Cameroun devra accélérer ses investissements productifs. Le rapport estime que les investissements prévus dans le cadre de la SND30 devront connaître une montée en puissance importante au cours des prochaines années afin de soutenir la croissance, l’industrialisation et la création d’emplois.

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