prometal

Banques : l’offensive stratégique de l’ivoirien NSIA dans General Bank of Cameroon

Le groupe financier ivoirien NSIA s’apprête à prendre une position stratégique dans General Bank of Cameroon (GBC), née du retrait du groupe français Société Générale du marché camerounais. Derrière cette opération se dessine une nouvelle phase de régionalisation du secteur bancaire en Afrique centrale, portée par des groupes africains aux capacités financières de plus en plus affirmées.

8 Min Lecture
Jean Kacou Diagou. PDG du Groupe NSIA

Suivez-nous sur nos chaînes   chaîne Telegram Invest-Time chaîne WhatsApp Invest-Time chaîne TikTok Invest-Time

Le paysage bancaire camerounais connaît l’une de ses mutations les plus importantes de ces dernières années. Après le retrait progressif du groupe français Société Générale, l’État du Cameroun a engagé une reconfiguration du capital de l’ex-Société Générale Cameroun, rebaptisée General Bank of Cameroon (GBC).

Dans ce processus, le groupe ivoirien NSIA a été retenu comme partenaire stratégique aux côtés de la Caisse nationale de prévoyance sociale (CNPS). Cette orientation a été validée dans une correspondance datée du 27 avril 2026 et signée par le ministre d’État, Secrétaire général de la Présidence de la République, Ferdinand Ngoh Ngoh, adressée au ministre des Finances. Au-delà d’un simple changement d’actionnariat, cette transaction révèle les nouvelles ambitions financières du Cameroun et la montée en puissance des investisseurs africains dans le contrôle des actifs bancaires de la sous-région.

Une opération qui redessine l’équilibre bancaire camerounais

Le 12 mai 2026, l’État camerounais a officiellement repris les 58,08 % de participation détenus par le groupe français Société Générale dans sa filiale locale. Selon les données communiquées par le ministère camerounais des Finances dans le cadre de l’opération de restructuration bancaire, cette transaction a porté la participation publique à 83,68 % du capital avant la transformation officielle de la banque en General Bank of Cameroon.

Selon les données communiquées par le ministère camerounais des Finances dans le cadre de l’opération de restructuration bancaire, le schéma envisagé prévoit une cession de 40 % des parts à NSIA et 18 % à la CNPS. L’État conserverait ainsi une participation minoritaire stratégique dans l’établissement. L’opération concerne l’un des principaux acteurs du secteur bancaire camerounais. D’après les données internes de l’ex-Société Générale Cameroun et les informations publiées avant le changement d’identité de la banque, l’établissement dispose d’un réseau de 48 agences réparties sur l’ensemble du territoire national. Cette restructuration traduit aussi la volonté des autorités camerounaises de préserver un contrôle africain sur un établissement bancaire considéré comme systémique dans l’économie nationale.

NSIA s’appuie sur une puissance financière en forte progression

Le choix porté sur NSIA repose notamment sur la solidité financière du groupe ivoirien et sur sa longue présence au Cameroun dans le secteur des assurances. Fondé en 1995 par l’homme d’affaires ivoirien Jean Kacou Diagou, le groupe est aujourd’hui présent dans douze pays d’Afrique subsaharienne à travers ses activités bancaires, d’assurance et de gestion d’actifs. Ces chiffres proviennent des données institutionnelles publiées par le groupe NSIA sur ses plateformes officielles de communication financière.

Les derniers résultats financiers publiés par NSIA Banque Côte d’Ivoire montrent une progression continue des performances du groupe. Selon les états financiers officiels publiés par NSIA Banque CI au terme de l’exercice 2025, l’établissement bancaire a enregistré un résultat net bénéficiaire de 40,7 milliards FCFA, en hausse de 7 % par rapport à 2024. Le produit net bancaire a atteint 112,9 milliards FCFA contre 103,8 milliards FCFA un an plus tôt.

Les données financières publiées par NSIA Banque CI au troisième trimestre 2025 indiquent également que les crédits nets à la clientèle s’élevaient à 1 774 milliards FCFA, tandis que les dépôts de clientèle atteignaient 1 969 milliards FCFA. Le total bilan du groupe bancaire culminait alors à 2 827 milliards FCFA, soit une progression annuelle de 12 %. Toujours selon les résultats trimestriels officiels de NSIA Banque CI, le groupe a dégagé sur les neuf premiers mois de 2025 un produit net bancaire de 77,4 milliards FCFA ainsi qu’un résultat avant impôt de 27,7 milliards FCFA. Ces indicateurs financiers renforcent la crédibilité du groupe au moment où il cherche à consolider son ancrage en Afrique centrale.

La CNPS appelée à transformer sa surliquidité en levier d’investissement

L’entrée de la CNPS dans le capital de General Bank of Cameroon répond à une logique économique plus large. L’institution publique dispose d’importantes ressources financières issues des cotisations sociales collectées auprès des entreprises et travailleurs camerounais. Selon les données publiées dans les rapports d’activités de la CNPS, l’organisme gère plusieurs centaines de milliards FCFA d’actifs financiers et immobiliers destinés à garantir les prestations sociales des assurés. Cette capacité de mobilisation financière explique l’intérêt des autorités pour une implication de la CNPS dans des investissements stratégiques nationaux.

Dans un contexte marqué par les contraintes budgétaires de l’État et la raréfaction des financements publics, les autorités cherchent à mieux orienter cette capacité financière vers des investissements susceptibles de générer des rendements durables. La participation de la CNPS permettrait ainsi de sécuriser une partie de l’actionnariat local tout en apportant une stabilité financière supplémentaire à la future banque.

Une offensive régionale dans la zone Cemac

Avec cette opération, NSIA poursuit une stratégie de diversification géographique déjà engagée en Afrique de l’Ouest. Le groupe entend désormais renforcer sa présence dans la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (Cemac), un marché encore marqué par une faible bancarisation mais considéré comme stratégique en raison de son potentiel économique et démographique.

Selon les statistiques de la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC), le Cameroun représente la première économie de la Cemac avec près de 45 % du produit intérieur brut de la sous-région. L’acquisition d’une participation dans GBC offrirait à NSIA un accès direct à une clientèle déjà structurée, à un réseau national opérationnel et à une banque historiquement bien implantée dans les segments des entreprises, des particuliers et du commerce international.

Une nouvelle étape dans l’africanisation du secteur bancaire

L’opération GBC illustre une tendance observée depuis plusieurs années sur le continent : le recul progressif des groupes bancaires européens au profit d’investisseurs africains. Selon les données publiées par la Banque africaine de développement (BAD) et plusieurs cabinets spécialisés dans la finance africaine, de nombreux groupes panafricains ont renforcé leur présence dans les systèmes bancaires du continent au cours de la dernière décennie.

Après les acquisitions réalisées par plusieurs groupes marocains, nigérians, gabonais ou burkinabè dans différentes régions africaines, le positionnement de NSIA au Cameroun confirme cette redistribution progressive des équilibres financiers africains. Le rapprochement entre NSIA, la CNPS et General Bank of Cameroon dépasse largement le cadre d’une simple transaction bancaire. Il marque une nouvelle étape dans la recomposition du système financier camerounais autour d’acteurs africains disposant désormais de capacités financières et opérationnelles comparables à celles des groupes internationaux historiquement présents sur le continent.

Pour le Cameroun, l’enjeu sera désormais de transformer cette transition actionnariale en véritable levier de financement de l’économie nationale. Pour NSIA, l’opération constitue une avancée stratégique majeure dans son ambition de devenir l’un des principaux groupes financiers panafricains présents aussi bien en Afrique de l’Ouest qu’en Afrique centrale.

Pour en savoir plus...

Explorez des contenus similaires sur les mots clés :