Quelques mois après la visite du président français Emmanuel Macron à Libreville, le Gabon et la France poursuivent leurs échanges sur plusieurs projets stratégiques. Reçu à l’Élysée, Brice Clotaire Oligui Nguema doit notamment évaluer l’état d’avancement des engagements pris dans les secteurs minier, industriel et des infrastructures, tout en abordant les questions liées à la coopération militaire et à la situation macroéconomique du pays.
Cette visite intervient dans un contexte où le gouvernement gabonais cherche à accélérer l’industrialisation de son économie, à accroître la valeur ajoutée de ses ressources naturelles et à attirer davantage d’investissements productifs.
Le manganèse, principal levier de la stratégie d’industrialisation
Premier exportateur mondial de manganèse à haute teneur, le Gabon fait de cette ressource l’un des piliers de sa stratégie industrielle.
Selon le ministère gabonais des Mines et Comilog, le pays produit plus de 7 millions de tonnes de minerai de manganèse par an, soit près de 30 % du commerce mondial de ce minerai. Les réserves nationales sont estimées à plus de 200 millions de tonnes, concentrées principalement dans le bassin de Moanda.
La Compagnie minière de l’Ogooué (Comilog), filiale du groupe français Eramet, exploite cette ressource depuis plusieurs décennies et demeure le principal opérateur minier du pays.
Les autorités gabonaises souhaitent désormais augmenter la part du minerai transformée localement afin de développer davantage les activités de métallurgie, de créer des emplois industriels et d’accroître les recettes issues de la chaîne de valeur minière. Cette orientation figure parmi les priorités du gouvernement dans le cadre de la diversification économique.
Des investissements français suivis de près
La coopération économique entre Libreville et Paris s’étend également aux infrastructures.
Les deux parties doivent faire le point sur la mise en œuvre du partenariat conclu avec Suez pour améliorer l’accès à l’eau potable et moderniser les réseaux de distribution.
Selon le Trésor français, la France demeure l’un des premiers investisseurs étrangers au Gabon avec plus de 80 entreprises françaises présentes dans les secteurs des mines, des hydrocarbures, des infrastructures, des transports, de l’énergie, des télécommunications et des services.
Les échanges commerciaux entre les deux pays représentent plusieurs centaines de milliards de francs CFA chaque année, faisant de la France un partenaire économique majeur du Gabon.
Une coopération militaire en redéfinition
La visite comporte également un important volet sécuritaire.
Les autorités gabonaises souhaitent poursuivre la réorganisation de la coopération militaire avec la France en demandant notamment la rétrocession du Camp de Gaulle, principale emprise militaire française à Libreville.
Cette démarche intervient dans un contexte de restructuration du dispositif militaire français en Afrique, marqué par une réduction progressive des effectifs permanents dans plusieurs pays partenaires.
Une dette publique supérieure au seuil communautaire
Les discussions devraient également porter sur la situation des finances publiques.
Selon le Fonds monétaire international (FMI), la dette publique gabonaise dépasse 70 % du produit intérieur brut (PIB), un niveau supérieur au critère de convergence fixé par la CEMAC.
D’après les données du ministère gabonais de l’Économie, le gouvernement poursuit un programme d’assainissement budgétaire visant à améliorer la mobilisation des recettes fiscales, à renforcer la gestion de la dette et à soutenir les investissements productifs.
Le FMI estime par ailleurs que la croissance économique du Gabon devrait atteindre près de 3 % en 2026, portée par les secteurs des mines, du pétrole et des infrastructures, tandis que les autorités poursuivent leur stratégie de diversification.
La visite d’État de Brice Clotaire Oligui Nguema à Paris s’inscrit dans la continuité des engagements pris entre le Gabon et la France en novembre 2025. Les discussions portent principalement sur le développement de la transformation locale du manganèse, le suivi des investissements dans les infrastructures, l’évolution de la coopération militaire et le renforcement de la stabilité macroéconomique.
Les conclusions de cette rencontre permettront de préciser les prochaines étapes de mise en œuvre des projets économiques et industriels engagés entre les deux pays, dans un contexte où le Gabon cherche à renforcer la valeur ajoutée de ses ressources naturelles et à consolider ses équilibres budgétaires.
