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Algérie : des opportunités d’investissement dans la banane plantain

Face à une dépendance quasi-totale aux importations de bananes, l'Algérie se trouve à un tournant stratégique. La récente crise de la banane en mars 2025, marquée par une flambée des prix et des sanctions contre des importateurs, a mis en lumière les vulnérabilités du pays.

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La production locale, en Algérie, de banane plantain émerge comme une opportunité d’investissement prometteuse pour renforcer la sécurité alimentaire et stimuler l’économie nationale. L’Algérie importe la quasi-totalité de ses besoins en bananes, principalement de variétés douces. En mars 2025, une crise sans précédent a vu les prix du kilogramme de banane passer de 400 dinars (environ 2,95 USD) à 850 dinars (environ 6,26 USD), selon le ministère du Commerce. Cette flambée des prix a été attribuée à des pratiques spéculatives de certains importateurs, entraînant des sanctions contre 53 d’entre eux, et la saisie de 800 tonnes de bananes au port d’Annaba. Ces cargaisons ont été redistribuées à des prix réglementés pour stabiliser le marché.

La dépendance aux importations expose le pays à des fluctuations de prix, et à des ruptures d’approvisionnement. De plus, elle représente une sortie importante de devises, alors que l’Algérie cherche à diversifier son économie, et à renforcer sa souveraineté alimentaire. Contrairement à la banane douce, la banane plantain est peu cultivée en Algérie, malgré son importance dans l’alimentation de nombreux pays africains.

En Algérie, le développement de cette culture pourrait répondre à une demande croissante, notamment dans les zones urbaines où les habitudes alimentaires évoluent. En 2023, l’Algérie a importé environ 320 000 tonnes de bananes, principalement en provenance de l’Équateur, qui représente 70 % des exportations équatoriennes vers l’Afrique, selon le gouvernement. Cette dépendance a été mise en évidence par une augmentation de 34,29 % des importations de bananes équatoriennes vers l’Algérie entre janvier et juillet 2024.

Production locale : un potentiel sous-exploité

La production locale de banane en Algérie est marginale, mais des initiatives émergent pour développer cette filière. À Jijel, des agriculteurs ont commencé à cultiver la banane avec succès, bénéficiant d’un retour sur investissement en deux ans. La culture de la banane est adaptée aux zones littorales de l’Algérie, où le climat est favorable. Mustapha Mazouzi, ingénieur agronome et président du Conseil national de la filière tomate, suggère la plantation de bananiers dans les 14 wilayas du littoral algérien. Avec 50 hectares par wilaya, et un rendement de 500 quintaux par hectare, il serait possible de produire suffisamment pour répondre à la demande locale et économiser les millions de dollars dépensés en importations.

En effet, l’Algérie dispose de conditions agro-climatiques favorables à la culture de la banane plantain, notamment dans les régions du Nord et du Sud du pays. De plus, le gouvernement a récemment lancé des réformes pour encadrer les importations et promouvoir la production locale. La dissolution de l’Agence nationale de promotion du commerce extérieur (ALGEX) et la création de nouvelles structures dédiées à l’importation et à l’exportation s’inscrivent dans cette dynamique. Le ministère du Commerce extérieur et de la Promotion des exportations a également instauré un mécanisme transitoire de délivrance directe des documents de domiciliation bancaire aux opérateurs économiques impliqués dans les activités d’importation, afin d’assurer un approvisionnement régulier du marché national.

 Des opportunités d’investissement à saisir

Le développement de la filière banane plantain en Algérie offre des opportunités d’investissement à plusieurs niveaux. En production agricole, la mise en place de plantations, la formation des agriculteurs et la fourniture de semences de qualité sont essentielles. La distribution et la logistique nécessitent la mise en place de circuits de collecte, de stockage et de distribution adaptés. Enfin, le développement de partenariats avec des pays voisins pour l’exportation de produits transformés peut ouvrir de nouveaux marchés.

L’agriculture représente 14,7% du produit intérieur brut (PIB) de l’Algérie en 2022 et emploie 22,68% de la population active. Cependant, la production agricole nationale ne couvre que 75% des besoins alimentaires, obligeant le pays à importer des produits agricoles pour un coût de 11,5 milliards de dollars en 2021. Le développement de la production locale de banane plantain pourrait contribuer à réduire la facture d’importation, renforcer la sécurité alimentaire et créer des emplois dans les zones rurales. La crise de la banane en Algérie a mis en évidence la nécessité de repenser la stratégie nationale en matière de sécurité alimentaire.

La banane plantain, avec son potentiel économique et nutritionnel, représente une filière d’avenir pour le pays. En investissant dans la production locale et la transformation de ce fruit, l’Algérie pourrait non seulement réduire sa dépendance aux importations, mais aussi, créer des emplois et stimuler son économie.

Le business de la banane, un marché en plein essor en Afrique

Le marché de la banane en Afrique est en plein essor grâce à la forte demande mondiale. La production devrait continuer à croître dans les prochaines années, selon le cabinet de recherche Mordor intelligence. Soutenue par la transformation accrue du fruit par l’industrie agroalimentaire. Des produits dérivés tels que les chips, les jus et les confitures de bananes, fabriqués localement, trouvent preneurs aussi bien en Afrique que sur les marchés internationaux.

Investir dans une bananeraie en Afrique apparaît donc prometteur. En plus de la vente de bananes fraîches, les producteurs peuvent diversifier leurs revenus par la transformation du fruit (chips, purées, boissons), la vente de résidus (feuilles et tiges pour l’alimentation animale ou la production d’énergie) et la vente de plants de bananiers. L’écotourisme représente également une opportunité, avec des visites guidées et des dégustations dans les grandes bananeraies. Selon une étude du CRDI en 2016, produire un hectare de bananes plantains en Afrique subsaharienne coûtait en moyenne 1 500 dollars. Une autre étude de la FAO en 2018 estime ce coût entre 2 000 et 3 000 dollars pour les bananes en Afrique de l’Ouest et centrale. La rentabilité dépend de la taille de l’exploitation, de la qualité des produits et de la concurrence.

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