L’accord signé entre les deux institutions monétaires établit un cadre formel de coopération technique. Il porte sur trois volets principaux : l’échange d’informations macroéconomiques, la modernisation des systèmes de paiement et la coordination en matière de supervision bancaire et de lutte contre le blanchiment de capitaux.
La zone CEMAC, dont la BEAC assure la politique monétaire commune, regroupe six pays pour un produit intérieur brut cumulé estimé à environ 110 milliards de dollars selon les données de la Banque mondiale. La République démocratique du Congo affiche un PIB d’environ 64 milliards de dollars en 2024, avec une croissance supérieure à 6 % ces dernières années, principalement soutenue par le secteur minier.
Des cadres monétaires différents
La BEAC conduit une politique monétaire commune fondée sur le franc CFA, arrimé à l’euro dans le cadre d’un régime de change fixe. Ce dispositif implique des règles communautaires en matière de réserves de change et de gestion de la liquidité.
La RDC dispose d’une monnaie nationale, le franc congolais, gérée par la Banque centrale du Congo. L’économie congolaise reste fortement dollarisée : plus de 80 % des dépôts bancaires sont libellés en devises étrangères selon les données de la banque centrale congolaise.
Le protocole signé ne prévoit pas de modification des régimes monétaires existants. Il encadre un mécanisme d’échange d’informations et de concertation technique.
Paiements transfrontaliers : un enjeu opérationnel
L’interconnexion des systèmes de paiement constitue l’un des axes centraux de l’accord.
Actuellement, une partie des transactions entre la RDC et les pays de la CEMAC transite par des banques correspondantes situées hors de la sous-région. Selon la Banque mondiale, le coût moyen d’un transfert transfrontalier en Afrique subsaharienne dépasse 7 % du montant envoyé.
Le commerce intra-africain représente environ 15 % des échanges totaux du continent. Les infrastructures de paiement sont identifiées par plusieurs institutions financières internationales comme un facteur influençant les coûts et délais des transactions régionales.
Supervision et conformité
Le texte prévoit également une coopération renforcée en matière de supervision bancaire et de lutte contre le blanchiment de capitaux. Dans la zone CEMAC, le secteur bancaire représente environ 25 % du PIB régional. En RDC, le taux de bancarisation demeure inférieur à 20 %. Les deux espaces financiers sont exposés aux fluctuations des cours des matières premières, qui influencent directement les flux de devises et la liquidité bancaire.
Des bases déjà existantes en matière d’intégration financière
Ce protocole intervient dans un contexte où plusieurs dispositifs régionaux sont déjà en place. La BEAC a engagé ces dernières années la modernisation de ses systèmes de paiement régionaux afin d’améliorer l’automatisation et la sécurisation des transactions. Par ailleurs, la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) identifie la fluidité des paiements comme un levier d’intensification du commerce intra-africain.
L’accord entre la BEAC et la Banque centrale du Congo s’inscrit ainsi dans une dynamique institutionnelle déjà amorcée, sans modification des cadres monétaires existants. Il formalise un cadre technique de coopération dont la portée dépendra des mécanismes opérationnels qui seront mis en œuvre.