Le paysage industriel camerounais a radicalement changé en quinze ans. Sous l’impulsion de l’Organisation Camerounaise des Industries de Transformation des Métaux (OCITRAM), le secteur n’est plus une simple agrégation d’usines, mais une filière structurée avec 15 ans de synergies entre l’Etat et les membres de l’OCITRAM, prête à porter l’ambition d’émergence du pays. Pourtant, derrière l’effervescence apparente, Patrice Yantho, Coordonnateur de l’OCITRAM, tire la sonnette d’alarme : la croissance doit désormais rimer avec cohérence.
Le spectre de la surproduction
C’est le paradoxe actuel du marché : alors que la demande en infrastructures est forte, de nombreuses unités de transformation fonctionnent à moins de 50 % de leurs capacités. En cause ? Une « installation anarchique » de nouveaux acteurs sur des segments déjà saturés, entraînant une diminution progressive de la ferraille au fur et à mesure que la transformation s’intensifie.
Il faut éviter que l’État accorde des incitations fiscales à des secteurs où l’économie locale n’en a plus besoin,
prévient Patrice Yantho
À l’instar du modèle chinois, le risque de surcapacité systémique pourrait fragiliser les champions nationaux (Alucam, Aciéries du Cameroun, Metafrique, Prometal et Proalu) et détruire de la valeur plutôt que d’en créer.
La bataille de la matière première
Le véritable nerf de la guerre reste l’accès aux intrants.
La matière première est un intrant vital de production,
affirme Patrice Yantho
La ferraille, ressource historique de la transformation locale, se raréfie. Pour franchir un nouveau palier, Patrice Yantho soutient que l’industrie doit opérer sa mue vers la transformation lourde des gisements miniers locaux.
L’avenir du secteur repose sur deux piliers : L’intégration verticale : Transformer le concentré de fer et la bauxite issus du sous-sol camerounais en billettes et en alumine via des raffineries locales ; et l’énergie : Le passage à une industrie « industrialisante » nécessite une fourniture électrique stable (projet Nachtigal) et un accès direct au gaz, notamment pour le hub industriel de Kribi.
Cap sur la ZLECAF et la qualité
Malgré des coûts de production sous pression (énergie, logistique, fiscalité), le Cameroun dispose d’un avantage comparatif majeur : la norme. En rendant l’application des normes NC (acier et aluminium) obligatoire, l’État a sanctuarisé la qualité du « Made in Cameroon ».
Les membres de l’Ocitram (Alucam, Aciéries du Cameroun, Metafrique, Prometal et Proalu) ont fait de la norme une exigence de sécurité, de viabilité et de compétitivité,
insiste Patrice Yantho Face à l’afflux de produits d’importation parfois douteux et à la contrefaçon, les industriels locaux misent sur la durabilité de leurs alliages pour séduire au-delà des frontières. L’objectif est clair : faire du Cameroun le premier exportateur de produits métallurgiques de la Zone de Libre-Échange Continentale Africaine (ZLECAF).
Pour le Coordonnateur de l’OCITRAM, Patrice Yantho, les opportunités ne se trouvent plus dans la création de simples unités de façonnage, mais dans les segments de la transformation intermédiaire et de la logistique énergétique.
La mise en place d’un comité stratégique de haut niveau par le Premier ministre, saluée par l’OCITRAM, témoigne d’une volonté politique forte du gouvernement du Cameroun de protéger le tissu industriel existant tout en ouvrant la voie à une autonomie stratégique durable. Le secteur des métaux au Cameroun ne cherche plus seulement à produire, il cherche à dominer son marché régional par l’excellence normative et l’intégration locale de sa chaîne de valeur.
