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SIR : la BOAD structure un financement de 254 milliards FCFA pour la modernisation de la raffinerie ivoirienne

Avec un financement régional de 254 milliards FCFA structuré par la BOAD, la Côte d’Ivoire accélère la modernisation de sa raffinerie nationale afin de produire du gasoil à faible teneur en soufre. Derrière ce projet industriel porté par la Société ivoirienne de raffinage (SIR), se dessinent des enjeux de souveraineté énergétique, de transition environnementale et de mobilisation des capitaux ouest-africains.

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La Côte d’Ivoire accélère sa transition vers des carburants plus propres tout en consolidant son ambition de hub énergétique régional. À travers le financement du futur complexe d’hydrodésulfuration (HDS) de la Société ivoirienne de raffinage (SIR), Abidjan met en avant un modèle mêlant modernisation industrielle, souveraineté énergétique et mobilisation de capitaux régionaux.

Le 11 juin 2026 à Lomé, la SIR a officialisé un financement de 254 milliards FCFA structuré par la Banque ouest-africaine de développement (BOAD), avec la participation d’un pool de banques ivoiriennes et régionales. Cette enveloppe vise à soutenir la construction d’un complexe destiné à produire du gasoil à très faible teneur en soufre, conformément aux nouvelles normes environnementales imposées par la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO). Selon les informations publiées par la BOAD, le projet global représente un investissement estimé à 545 milliards FCFA. L’institution régionale avait déjà approuvé en 2025 un financement direct de 60 milliards FCFA pour accompagner la réalisation de cette infrastructure énergétique stratégique.

Une pression réglementaire qui pousse les raffineries ouest-africaines à se transformer

Au cœur du projet figure l’application de la directive de la CEDEAO du 1er septembre 2020 qui impose une réduction drastique du taux de soufre dans les carburants commercialisés dans l’espace communautaire. L’objectif régional est de limiter cette teneur à moins de 10 parties par million (ppm), contre des niveaux pouvant dépasser 2 000 ppm dans certains carburants actuellement produits en Afrique de l’Ouest.

Pour la Côte d’Ivoire, l’enjeu dépasse la simple conformité réglementaire. Le pays cherche à préserver la compétitivité de sa raffinerie nationale face à la montée des exigences environnementales internationales et à l’évolution du commerce énergétique régional. La SIR, considérée comme la principale raffinerie d’Afrique francophone avec plus de 4,3 millions de tonnes de brut traitées chaque année, alimente non seulement le marché ivoirien mais aussi plusieurs pays voisins. Dans ce contexte, l’incapacité à produire un carburant conforme aux standards AFRI 6 aurait progressivement réduit les débouchés commerciaux de l’entreprise sur le marché sous-régional.

Une demande énergétique en forte progression

Le projet intervient alors que la demande ivoirienne en produits pétroliers continue d’augmenter sous l’effet de la croissance démographique, de l’urbanisation et du dynamisme du transport routier. Selon les données relayées lors du montage financier, la consommation nationale de gasoil atteint environ 1,6 million de tonnes par an et pourrait se rapprocher des 2 millions de tonnes à l’horizon 2030. Cette progression place la question de la qualité des carburants au centre des politiques énergétiques nationales.

Pour Abidjan, l’objectif consiste donc à sécuriser l’approvisionnement intérieur tout en préparant la future montée en puissance du secteur pétrolier ivoirien portée notamment par l’exploitation du gisement Baleine. Les autorités ivoiriennes ambitionnent en effet de faire du pays un pôle énergétique régional capable d’exporter aussi bien du brut que des produits raffinés à plus forte valeur ajoutée.

Une opération financière symbolique pour l’UEMOA

Au-delà de l’aspect industriel, le financement du complexe HDS constitue également un signal envoyé aux marchés financiers régionaux. La BOAD a joué un rôle central dans la structuration du montage financier réunissant plusieurs établissements bancaires ouest-africains autour d’un projet industriel lourd, dans un contexte international marqué par le durcissement des conditions d’accès aux financements et la hausse des coûts du capital.

Cette opération illustre la volonté des institutions régionales de renforcer le financement intra-africain des infrastructures stratégiques, particulièrement dans les secteurs de l’énergie et de l’industrie. La dynamique s’inscrit dans la stratégie Djoliba 2021-2025 de la BOAD, orientée vers le financement de projets liés à la transition énergétique, à l’industrialisation et à la résilience économique des États membres de l’UEMOA.

Une transition énergétique encore fondée sur les hydrocarbures

Si le projet est présenté comme une avancée environnementale, il traduit également la réalité de la transition énergétique ouest-africaine : celle-ci reste largement construite autour des hydrocarbures. Contrairement aux économies européennes qui accélèrent la sortie progressive des carburants fossiles, les États ouest-africains cherchent d’abord à améliorer la qualité des produits pétroliers consommés localement afin de réduire les émissions polluantes et les impacts sanitaires.

Le futur complexe HDS devrait permettre une baisse importante des émissions de dioxyde de soufre (SO₂) tout en améliorant la qualité de l’air dans les grandes agglomérations urbaines. Mais cette stratégie révèle aussi une équation économique plus profonde : dans des économies où le diesel demeure essentiel au transport, à l’industrie et à la production électrique, la transition passe davantage par le raffinage propre que par une rupture immédiate avec les carburants fossiles. La première pierre du complexe avait été posée le 2 octobre 2025 par le Premier ministre Robert Beugré Mambé sur le site de Vridi à Abidjan.

La mise en service de l’installation est prévue entre 2029 et 2030 afin de respecter le calendrier réglementaire de la CEDEAO. Pour la Côte d’Ivoire, ce projet représente désormais bien plus qu’un simple investissement pétrolier. Il devient un test grandeur nature de la capacité des institutions financières régionales à soutenir des infrastructures industrielles lourdes dans un contexte mondial de transition énergétique et de concurrence accrue pour l’accès aux capitaux.

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