Plus qu’une consécration personnelle, elle traduit la reconnaissance grandissante de l’expertise africaine dans les cercles de décision économique internationale. L’International Chamber of Commerce (ICC) représente plus de 45 millions d’entreprises dans plus de 170 pays et constitue la principale organisation mondiale du secteur privé. Elle participe à l’élaboration des règles du commerce international, des mécanismes d’arbitrage et des grandes orientations économiques mondiales. Dans un message publié après sa nomination comme vice-présidente de l’institution, l’entrepreneure camerounaise a souligné qu’elle avait toujours porté au sein de l’organisation « la perspective des entreprises africaines, des petites entreprises et de la technologie » et s’est dite honorée d’être « la toute première femme africaine » à occuper cette fonction dans l’histoire de la Chambre de Commerce Internationale.
Une enfance camerounaise, un destin international
Née le 14 juillet 1967 dans la région du Sud-Ouest du Cameroun, Rebecca Enonchong grandit dans une famille où l’engagement intellectuel et le sens du leadership occupent une place centrale. Son père, le défunt avocat Henry Ndifor Abi Enonchong, est l’une des grandes figures du barreau camerounais. Très tôt, elle développe une culture de l’excellence et de l’autonomie.
Adolescente, elle rejoint les États-Unis où elle se forge une réputation de travailleuse acharnée. À seulement 15 ans, elle vend déjà des abonnements de journaux en porte-à-porte et devient manager de son équipe à 17 ans, apprend-on. Une expérience qui façonne sa fibre entrepreneuriale et son goût du risque. Diplômée en économie de The Catholic University of America, elle entame une carrière dans le conseil et les technologies avant de se lancer dans l’entrepreneuriat.
La naissance d’une pionnière de la tech africaine
En 1999, à une époque où l’économie numérique africaine est encore embryonnaire, Rebecca Enonchong fonde AppsTech. L’entreprise se spécialise dans les solutions technologiques destinées aux entreprises et parvient progressivement à s’imposer sur plusieurs marchés internationaux. Ce succès entrepreneurial fait d’elle l’une des premières femmes africaines à bâtir une entreprise technologique mondiale depuis le continent. Mais son ambition dépasse largement la réussite de sa propre entreprise.
La bâtisseuse de l’écosystème des startups africaines
Car en plus de cela, Rebecca est cofondatrice de AfriLabs, qui fédère plus de 400 hubs d’innovation dans plus de 50 pays africains et accompagne plus d’un million d’entrepreneurs sur le continent. Au Cameroun, elle est également à l’origine de ActivSpaces, considéré comme l’un des premiers incubateurs de startups du pays. Investisseuse active, elle est aussi cofondatrice du African Business Angel Network et du Cameroon Angels Network, contribuant au financement des jeunes pousses africaines.
Une femme de réseaux et de gouvernance mondiale
La trajectoire de Rebecca Enonchong est aussi celle d’une dirigeante capable de faire entendre la voix de l’Afrique dans les plus hautes instances internationales. Elle siège ou a siégé dans plusieurs conseils d’administration internationaux, notamment ceux de la WHO Foundation, de VC4Africa, du Centre d’excellence numérique de la Commission économique des Nations unies pour l’Afrique et de l’International Chamber of Commerce. Cette capacité à naviguer entre technologie, finance, entrepreneuriat et politiques publiques explique sans doute en grande partie son ascension au sein de l’ICC.
De Yaoundé à Washington, des incubateurs de startups aux instances de gouvernance mondiale, Rebecca Enonchong agé de 58 ans construit un parcours singulier : celui d’une entrepreneure devenue stratège de l’économie numérique africaine. Sa nomination à la vice-présidence de l’ICC ne représente pas seulement une victoire personnelle, mais un rayonnement africain dans la gouvernance du commerce mondial.
