Longtemps considéré comme un producteur marginal en Afrique, le Niger voit désormais son industrie pétrolière changer d’échelle. Depuis l’ouverture du Pipeline Export Niger-Bénin en novembre 2023, le pays a considérablement augmenté ses capacités de production et d’exportation de brut.
Pour les autorités nigériennes, cette nouvelle dynamique doit permettre d’accroître les ressources internes de l’État, de soutenir les investissements publics et de renforcer le financement des politiques de développement. Les chiffres publiés par le ministère du Pétrole et l’Initiative pour la Transparence dans les Industries Extractives (ITIE Niger) montrent effectivement une progression rapide des performances du secteur.
Une production pétrolière multipliée en quelques années
Selon le ministère nigérien du Pétrole, la production nationale est passée d’environ 20 000 barils par jour en 2011 à près de 110 000 barils par jour depuis la mise en service du pipeline Niger-Bénin en novembre 2023. Dans son rapport annuel relayé par l’Agence nigérienne de presse (ANP), le ministère indique que le Niger a produit 20,3 millions de barils de pétrole brut en 2024. Cette activité a généré plus de 200 milliards de FCFA de recettes pétrolières pour l’État, contre près de 64 milliards de FCFA en 2020.
Cette hausse s’explique principalement par l’exploitation du bassin d’Agadem par la China National Petroleum Corporation (CNPC), mais également par le développement progressif de plusieurs blocs pétroliers opérés dans le nord-est du pays. Parallèlement, les autorités nigériennes estiment que les capacités nationales pourraient atteindre à moyen terme près de 200 000 barils par jour avec l’extension des infrastructures et l’ouverture de nouveaux blocs.
Des exportations devenues un moteur de croissance
Avec l’entrée en exploitation du pipeline long de près de 2 000 kilomètres reliant Agadem au port béninois de Sèmè-Kpodji, le Niger a profondément modifié son positionnement sur le marché pétrolier régional. Selon les données officielles publiées par l’ITIE Niger, les dix premières cargaisons exportées entre mai et décembre 2024 représentaient déjà plus de 10 millions de barils commercialisés sur le marché international.
Le rapport de l’ITIE Niger précise également que l’État nigérien disposait d’une quote-part directe sur plusieurs cargaisons exportées. Sur certaines opérations, la part revenant directement à l’État atteignait près de 1,2 million de barils cumulés. Toujours selon les données publiées par l’ITIE Niger, les prix de cession appliqués sur les premières cargaisons exportées variaient entre 73 et 81 dollars américains le baril, selon les contrats et les périodes de commercialisation.
Cette montée en puissance des exportations commence à produire des effets visibles sur les échanges extérieurs du pays. Selon le ministre délégué chargé du Budget, les exportations globales du Niger devraient passer de 919 milliards de FCFA en 2024 à près de 1 592 milliards de FCFA en 2025. Dans cet ensemble, le pétrole brut représenterait à lui seul environ 1 144 milliards de FCFA.
Le pétrole, nouveau levier budgétaire de l’État
Au-delà des volumes produits et exportés, les autorités nigériennes mettent surtout en avant l’impact budgétaire du pétrole sur les finances publiques. Selon les projections du ministère des Finances présentées lors du cadrage budgétaire 2025-2027, les revenus pétroliers pourraient représenter à moyen terme près de 50 % des recettes fiscales nationales.
Le gouvernement souligne également que les recettes issues des hydrocarbures servent désormais au financement des investissements publics, notamment dans les infrastructures routières, énergétiques et logistiques. Dans son rapport publié en mars 2026, le Fonds monétaire international (FMI) estime que la croissance économique du Niger devrait rester fortement soutenue par le pétrole. L’institution indique que les exportations pétrolières constituent désormais l’un des principaux moteurs de croissance du PIB nigérien.
En parallèle, le ministère du Pétrole affirme poursuivre plusieurs réformes destinées à améliorer la gouvernance du secteur, notamment à travers le renforcement du suivi des recettes, la création d’une agence de régulation pétrolière et l’amélioration du contenu local.
Une dynamique encore dépendante des infrastructures et des investissements étrangers
Malgré cette progression, le développement pétrolier nigérien reste encore fortement lié aux investissements étrangers et aux infrastructures d’exportation. Le projet pétrolier d’Agadem et le Pipeline Export Niger-Bénin représentent à eux seuls plusieurs milliards de dollars d’investissements réalisés principalement avec l’appui de la CNPC. Le pipeline constitue aujourd’hui l’axe central des exportations nigériennes, avec une capacité estimée à environ 90 000 barils exportés par jour. Toute perturbation logistique, sécuritaire ou diplomatique autour de cette infrastructure pourrait avoir des conséquences directes sur les recettes pétrolières nationales.
Dans le même temps, les autorités poursuivent l’expansion du secteur. Selon le ministre du Pétrole Hamadou Tini, le Niger dispose actuellement de 44 blocs pétroliers, dont 35 encore disponibles pour les investisseurs internationaux. Le pays compterait également plus de 430 puits forés ainsi que plusieurs milliers de kilomètres de données sismiques exploitables pour de futures explorations.
En quelques années, le pétrole est devenu un secteur stratégique pour l’économie nigérienne. Les données publiées par le gouvernement, l’ITIE Niger et les institutions financières internationales montrent une hausse significative de la production, des exportations et des recettes publiques depuis l’ouverture du pipeline Niger-Bénin.
Cette dynamique contribue progressivement à transformer les équilibres budgétaires et commerciaux du pays. Toutefois, les autorités nigériennes restent confrontées à plusieurs défis, notamment la dépendance aux infrastructures d’exportation, la volatilité des prix internationaux et la nécessité de renforcer la gouvernance du secteur. Pour Niamey, l’enjeu consiste désormais à convertir cette croissance pétrolière en investissements durables capables de soutenir la diversification de l’économie nationale.
