Le timing n’a rien d’anodin. Alors que le groupe français Somdia, filiale de Castel, prépare son retrait du capital de la Société sucrière du Cameroun (Sosucam), Nassourou Issa choisit d’investir massivement dans une filière stratégique marquée depuis plusieurs années par un déficit structurel. Son usine, dont l’entrée en production est prévue en 2028, devrait afficher une capacité supérieure à la production actuelle de Sosucam, estimée entre 120 000 et 160 000 tonnes par an, pour une demande nationale proche de 300 000 tonnes. Si le projet aboutit, il pourrait profondément modifier l’équilibre du marché camerounais du sucre.
Une ambition industrielle construite étape par étape
L’annonce de cette méga-sucrerie ne constitue pourtant pas le premier pari de l’homme d’affaires. Elle s’inscrit dans une stratégie industrielle engagée plusieurs années auparavant. Avant le sucre, Nassourou Issa s’est attaqué au marché des huiles végétales à travers la Société de Raffinage du Cameroun (SORAC). Implantée dans le département de la Sanaga-Maritime, cette unité industrielle, fruit d’un investissement de 25 milliards de FCFA, est conçue pour produire chaque année 100 000 tonnes d’huile raffinée et 70 000 tonnes de savon. L’usine devrait générer plus de 300 emplois directs et plusieurs centaines d’emplois indirects dans les filières agricoles et logistiques.
Le pari de l’import-substitution
À première vue, les activités de Nasco Group peuvent sembler diverses. En réalité, elles répondent à une même logique économique : produire au Cameroun ce que le pays importe encore massivement. Huile végétale, savon, sucre… ces produits figurent parmi ceux qui pèsent lourdement sur la facture des importations alimentaires. En investissant dans ces segments, Nassourou Issa s’inscrit pleinement dans la politique d’import-substitution défendue par les pouvoirs publics à travers la Stratégie nationale de développement 2020-2030 (SND30).
Un parcours forgé entre le Cameroun et l’Allemagne
Derrière les investissements se cache un parcours peu médiatisé. Originaire du Cameroun, Nassourou Issa fait le choix de compléter sa formation en Allemagne. Il intègre l’ESB Business School, l’école de commerce de l’Université de Reutlingen, l’une des institutions européennes reconnues pour ses programmes en management international, entrepreneuriat et gestion industrielle.
Cette expérience lui offre une ouverture sur les modèles industriels européens et nourrit une conviction qui guidera par la suite toute sa carrière : la véritable richesse d’un pays réside dans sa capacité à transformer localement ses matières premières plutôt qu’à exporter des produits bruts et importer des produits finis.
Le visage d’un nouveau capitalisme industriel camerounais
Peu présent sur les médias, Issa incarne une évolution du tissu économique national. Une nouvelle génération d’entrepreneurs camerounais investit désormais dans la transformation industrielle, avec l’ambition de concurrencer les groupes historiques et de bâtir des champions nationaux capables de répondre aux besoins du marché local, avant de conquérir les marchés régionaux.
En engageant plus de 83 milliards de FCFA dans l’agro-industrie en l’espace de quelques années, le fondateur de Nasco Group ne cherche pas seulement à développer une entreprise. Il participe à la construction d’un modèle économique où la richesse se crée davantage dans les usines que dans les circuits d’importation. Si ses ambitions se concrétisent, son nom pourrait durablement s’inscrire parmi ceux qui auront contribué à redessiner la carte industrielle du Cameroun.
