Le marché camerounais du sucre pourrait connaître l’une de ses plus importantes mutations industrielles depuis les années 1960. L’homme d’affaires camerounais Nassourou Issa, à travers le groupe NASCO, a lancé la construction d’une raffinerie de sucre dont le coût est estimé à 100 millions de dollars, soit environ 57,4 milliards de FCFA. Financé notamment par Société Générale et CCA-Bank, le projet vise une production annuelle de 300 000 tonnes à l’horizon 2028. Une capacité qui dépasserait largement celle de Sosucam, jusqu’ici principal producteur national, et pourrait transformer durablement l’approvisionnement du Cameroun en sucre.
Une capacité de production supérieure aux besoins actuels du marché
Le futur complexe industriel prévoit une production annuelle de 300 000 tonnes de sucre. À titre de comparaison, Sosucam produit actuellement entre 120 000 et 160 000 tonnes par an.
Or, la consommation nationale est estimée à près de 300 000 tonnes chaque année. Le déficit annuel oscille donc entre 140 000 et 180 000 tonnes, obligeant régulièrement l’État à autoriser des importations afin d’éviter les pénuries sur le marché.
Si NASCO atteint effectivement son objectif industriel, le Cameroun pourrait, pour la première fois depuis plusieurs décennies, couvrir pratiquement l’ensemble de sa demande intérieure grâce à sa propre production.
La fin d’un monopole vieux de plus de six décennies ?
Depuis 1964, Sosucam, filiale du groupe français Castel, domine le marché camerounais du sucre. Cette position quasi monopolistique a longtemps fait de l’entreprise le principal fournisseur du pays.
L’arrivée d’un nouvel acteur industriel de grande capacité modifierait profondément la structure du marché. En produisant près de deux fois plus que les volumes actuels de Sosucam, NASCO pourrait instaurer une véritable concurrence, avec des effets attendus sur la disponibilité du sucre, la stabilité des approvisionnements et, à terme, sur les prix proposés aux consommateurs et aux industriels.
Un investissement stratégique de 57,4 milliards FCFA pour l’industrie nationale
Au-delà de son montant, estimé à 57,4 milliards de FCFA, ce projet constitue un investissement majeur dans l’industrie agroalimentaire camerounaise.
Le financement obtenu auprès de Société Générale et de CCA-Bank traduit la confiance des partenaires financiers dans la viabilité économique du projet. La construction puis l’exploitation de cette usine devraient également générer des emplois directs et indirects, dynamiser la filière de la canne à sucre et renforcer les capacités industrielles locales.
Si l’objectif de production est atteint, l’usine deviendrait la plus grande raffinerie de sucre de la sous-région CEMAC, renforçant le positionnement industriel du Cameroun en Afrique centrale.
Réduire les importations et renforcer la souveraineté alimentaire
Chaque année, le déficit de production contraint le gouvernement à ouvrir des quotas d’importation afin de satisfaire la demande nationale. Ces achats à l’étranger mobilisent d’importantes ressources en devises et exposent le pays aux fluctuations des prix internationaux.
Avec une capacité de 300 000 tonnes, le projet de NASCO pourrait réduire, voire supprimer, le recours aux importations de sucre. Une telle évolution contribuerait à améliorer la balance commerciale, à renforcer la souveraineté alimentaire du Cameroun et à sécuriser l’approvisionnement du marché national.
L’investissement de 57,4 milliards de FCFA porté par Nassourou Issa dépasse le cadre d’un simple projet industriel. Il représente une tentative de restructuration d’un marché resté largement dominé par un seul opérateur pendant plus de soixante ans. Si les objectifs annoncés sont respectés d’ici 2028, le Cameroun pourrait non seulement combler son déficit en sucre, mais aussi disposer de la plus importante capacité de raffinage de la CEMAC. Le véritable enjeu sera désormais la capacité du projet à entrer en production dans les délais, à sécuriser durablement son approvisionnement en matière première et à maintenir une production compétitive sur le long terme.
