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Import-substitution : le PIISAH peut-il réellement réduire la facture alimentaire d’environ 1 000 milliards de FCFA au Cameroun ?

Face à une facture alimentaire qui approche les 1 000 milliards de FCFA par an, le Cameroun veut accélérer sa transition vers une plus grande autonomie alimentaire. À travers le Plan intégré d’import-substitution agropastoral et halieutique (PIISAH), l’État ambitionne de renforcer la production locale, développer les chaînes de valeur agricoles et réduire progressivement la dépendance aux importations. Mais entre les objectifs annoncés, les financements mobilisés et les contraintes du secteur, le défi reste considérable.

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Longtemps considéré comme le « grenier » de l’Afrique centrale grâce à la diversité de ses zones agroécologiques, le Cameroun continue pourtant d’importer une part importante des produits nécessaires à sa consommation intérieure. La croissance démographique, l’urbanisation rapide et l’évolution des habitudes alimentaires ont entraîné une hausse continue de la demande.

Cette situation pèse lourdement sur les finances extérieures du pays. Selon les données du ministère de l’Agriculture et du Développement rural (MINADER), la valeur des importations alimentaires est passée de 754 milliards de FCFA en 2013 à près de 972 milliards de FCFA en 2022. Le riz, le poisson, le blé, les produits laitiers et certains produits d’élevage figurent parmi les principaux postes d’importation. Pour le gouvernement, cette dépendance représente à la fois un défi économique et une question de souveraineté nationale. Réduire les importations alimentaires permettrait de limiter l0es sorties de devises, de renforcer les revenus des producteurs locaux et de créer davantage d’emplois dans les zones rurales.

Le PIISAH, un pilier de la stratégie d’import-substitution

C’est dans cette perspective que le gouvernement a lancé le Plan intégré d’import-substitution agropastoral et halieutique (PIISAH). Inscrit dans la mise en œuvre de la Stratégie nationale de développement 2020-2030 (SND30), ce programme constitue l’un des principaux leviers de transformation du secteur agricole camerounais.

Déployé sur la période 2024-2026, le PIISAH vise à augmenter la production nationale afin de remplacer progressivement les produits importés par une offre locale capable de répondre aux besoins du marché. Le programme s’articule notamment autour de plusieurs priorités : l’aménagement des espaces de production, l’amélioration des rendements agricoles, le développement de la transformation locale, l’accès aux financements, le renforcement de la recherche agricole et l’accompagnement des producteurs.

Plus de 1 400 milliards de FCFA annoncés pour transformer le secteur

Pour soutenir cette ambition, le gouvernement prévoit la mobilisation de plus de 1 443 milliards de FCFA sur le triennat du programme. Les objectifs fixés sont particulièrement élevés : sécuriser 400 000 hectares de terres agricoles, aménager 160 000 hectares de périmètres agro-pastoraux et halieutiques et renforcer les infrastructures dans les principaux bassins de production.

Parmi les projets prioritaires figure également l’aménagement de 10 000 hectares de terres agricoles, destinés à améliorer la productivité des exploitations grâce à des infrastructures adaptées, notamment l’irrigation, les ouvrages hydrauliques et les équipements de production. Ces aménagements doivent permettre de sécuriser les cultures face aux effets du changement climatique, d’augmenter les rendements et de favoriser le développement d’une agriculture commerciale.

Le riz, le poisson et le lait au cœur de la bataille

La stratégie d’import-substitution cible principalement les filières qui représentent une part importante des importations alimentaires du Cameroun.

Le riz, une priorité nationale face à un déficit structurel

Le riz constitue l’un des principaux produits ciblés par la politique d’import-substitution du Cameroun. Malgré des potentialités agricoles importantes dans les régions du Nord, de l’Extrême-Nord, de l’Ouest et du Nord-Ouest, la production nationale demeure insuffisante pour satisfaire une demande intérieure en constante progression.

Selon les données du ministère de l’Agriculture et du Développement rural (MINADER), la production nationale de riz oscille autour de 750 000 à 900 000 tonnes de paddy par an, soit environ 500 000 à 600 000 tonnes de riz blanc après transformation. Cette production reste cependant largement inférieure aux besoins du marché national. La consommation camerounaise est estimée à environ 1,3 à 1,5 million de tonnes de riz blanc par an, créant un déficit annuel de plusieurs centaines de milliers de tonnes.

Pour combler cet écart, le Cameroun continue de recourir aux importations. Selon les années, les volumes importés varient entre 500 000 et 900 000 tonnes de riz par an, faisant du riz l’un des principaux postes de sortie de devises dans la facture alimentaire. Cette dépendance explique pourquoi la filière rizicole figure parmi les priorités du PIISAH. L’État mise notamment sur l’extension des superficies cultivées, le développement de périmètres irrigués, l’amélioration des semences, la mécanisation et l’accompagnement des producteurs.

Le poisson : une production locale encore insuffisante face à la demande

Le secteur halieutique représente un autre défi majeur pour la souveraineté alimentaire du Cameroun. Malgré ses ressources maritimes, ses nombreux cours d’eau et son potentiel aquacole, le pays reste fortement dépendant des importations pour satisfaire les besoins des consommateurs.

La production nationale de poisson est estimée autour de 250 000 à 300 000 tonnes par an, comprenant la pêche artisanale maritime, la pêche continentale et l’aquaculture. Cependant, cette production demeure inférieure à la demande nationale, évaluée à environ 500 000 tonnes par an, selon les estimations du secteur.

Le déficit est donc compensé par des importations importantes. Le Cameroun importe généralement entre 150 000 et 200 000 tonnes de poissons par an, principalement sous forme de poissons congelés destinés à la consommation populaire.

Cette dépendance représente un coût économique important. Le poisson figure régulièrement parmi les premiers produits alimentaires importés du pays, avec plusieurs dizaines de milliards de FCFA consacrés chaque année aux achats extérieurs. Pour inverser cette tendance, le PIISAH mise sur le développement de l’aquaculture, considérée comme un levier stratégique. L’objectif est d’augmenter la production piscicole locale, de moderniser les techniques d’élevage et de renforcer les infrastructures de conservation et de transformation.

Le lait : un marché dominé par les importations

Dans la filière laitière, le Cameroun fait face à un déséquilibre encore plus marqué entre production locale et consommation. Avec un cheptel bovin important, notamment dans les régions de l’Adamaoua, du Nord et de l’Extrême-Nord, le pays dispose d’un potentiel de production. Toutefois, les performances restent limitées par la faible productivité des élevages, le manque d’unités modernes de transformation et les difficultés d’accès aux aliments pour bétail.

La production nationale de lait est estimée autour de 100 000 à 150 000 tonnes par an, alors que les besoins du marché dépasseraient 300 000 tonnes annuelles. Pour combler ce déficit, le Cameroun importe massivement des produits laitiers, notamment du lait en poudre utilisé par les industries agroalimentaires et les ménages. Les importations de produits laitiers représentent plusieurs dizaines de milliards de FCFA chaque année et contribuent au déficit de la balance commerciale alimentaire.

Des premiers résultats plutôt mitigés

Les premières tendances montrent quelques évolutions positives. En 2025, les importations de céréales ont enregistré une baisse de 15,6 %, notamment grâce au recul des achats de riz et de blé. Cette évolution est perçue par les pouvoirs publics comme un signe encourageant des effets des politiques de soutien à la production locale.

Dans le même temps, plusieurs mécanismes financiers ont été mobilisés pour accompagner les acteurs agricoles. En 2025, une enveloppe de 13,55 milliards de FCFA a été affectée à plusieurs structures publiques et programmes intervenant dans les secteurs agropastoral et halieutique. La Banque camerounaise des PME (BC-PME) a notamment bénéficié de 9,2 milliards de FCFA pour soutenir les opérateurs économiques engagés dans les filières ciblées par le PIISAH. Cependant, ces résultats restent encore insuffisants pour inverser durablement la tendance. La dépendance aux importations demeure importante dans plusieurs secteurs.

Les obstacles structurels qui freinent l’ambition

D’après un expert en politique de développement, le principal défi du PIISAH reste celui du passage à une production agricole de grande échelle. Le premier obstacle concerne le financement. De nombreux producteurs rencontrent encore des difficultés pour accéder aux crédits nécessaires à la modernisation de leurs exploitations. La faible mécanisation constitue également un frein majeur. Une grande partie de l’agriculture camerounaise repose encore sur des méthodes traditionnelles limitant les rendements et la compétitivité. À cela s’ajoutent les problèmes liés au stockage, à la conservation et au transport des produits agricoles. Sans infrastructures adaptées, une partie importante des récoltes reste exposée aux pertes après production.

Le véritable défi : construire une industrie agroalimentaire nationale

Le PIISAH représente aujourd’hui un cadre stratégique majeur pour réduire la dépendance alimentaire du Cameroun. Les ambitions sont importantes et les premiers signaux montrent une dynamique engagée.

Mais la réduction durable de la facture alimentaire nécessitera encore plusieurs années d’investissements, de réformes et d’organisation des filières : mieux, l’industrialisation. Plus qu’un simple programme agricole, le PIISAH constitue donc un test majeur de la capacité du Cameroun à transformer son potentiel agricole en puissance alimentaire régionale. Un objectif qui pourra se réaliser avec une bonne exécution des cahiers de charge.

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