La Mauritanie franchit une nouvelle étape dans la fiscalisation de l’économie numérique. Dans le cadre du projet de loi de finances 2026, le gouvernement a inscrit une taxe spécifique sur les transactions électroniques, visant aussi bien les paiements digitaux que les commissions perçues par les agents de services financiers numériques. Une mesure qui s’inscrit dans une stratégie plus large d’élargissement de l’assiette fiscale et de sécurisation des recettes publiques.
Portée par l’essor du mobile money, des applications de paiement et des services bancaires numériques, la finance digitale s’est imposée comme un levier central de l’inclusion financière en Mauritanie. Les transactions électroniques occupent aujourd’hui une place croissante dans les paiements courants, les transferts de fonds et certaines opérations commerciales. C’est dans ce contexte que l’État entend mieux capter la valeur générée par ces flux, jusqu’ici faiblement taxés, voire en marge du champ fiscal traditionnel.
Les contours de la nouvelle taxe
Selon les dispositions contenues dans le projet de loi de finances 2026 dont un taux de 0,1 % est appliqué aux transactions électroniques supérieures à 5 000 ouguiyas (MRU) ; la taxe concerne les paiements et transferts effectués via les portefeuilles électroniques, applications de paiement et services bancaires numériques ; les commissions perçues par les agents agréés opérant dans les réseaux de paiement électronique sont soumises à un taux de 10 %. Le champ d’application de la mesure couvre ainsi l’ensemble de l’écosystème du paiement digital, des utilisateurs finaux aux intermédiaires.
Un mécanisme de collecte inspiré de la TVA
La loi confie aux opérateurs de paiement, établissements financiers et institutions concernées la responsabilité de collecter la taxe à la source, avant son reversement mensuel au Trésor public. En cas de non-respect des obligations déclaratives ou de reversement, les sanctions prévues sont alignées sur celles applicables en matière de TVA, traduisant la volonté des autorités d’assurer une application rigoureuse du dispositif. Ce mécanisme vise à sécuriser les recettes attendues ; limiter les risques de fraude ou de sous-déclaration ; réduire les coûts administratifs pour l’État.
Sur le plan macroéconomique, cette taxe intervient dans un contexte de pression accrue sur les finances publiques, marqué par la nécessité de financer les politiques sociales, les infrastructures et les investissements publics, tout en diversifiant les sources de revenus de l’État. La fiscalisation des services financiers numériques apparaît ainsi comme un relais de mobilisation des ressources domestiques, à l’image des orientations observées dans plusieurs pays africains confrontés à des contraintes budgétaires similaires.
Des interrogations sur l’impact pour l’inclusion financière
Si la mesure répond à des impératifs budgétaires, elle suscite néanmoins des réserves parmi les acteurs du secteur financier et numérique. Ces derniers évoquent notamment un renchérissement du coût des transactions électroniques, susceptible d’être répercuté sur les usagers ; une possible désincitation à l’usage du mobile money, particulièrement pour les populations à faibles revenus ; un risque de frein à la dynamique d’inclusion financière, alors que les paiements digitaux constituent souvent le principal point d’accès aux services financiers formels.
Ces préoccupations soulignent la nécessité d’un arbitrage fin entre objectifs fiscaux et maintien de l’accessibilité des services numériques.
Une mesure encore en attente d’adoption définitive
À ce stade, la taxe figure dans le projet de loi de finances 2026. Son adoption par le Parlement et sa promulgation permettront de préciser le calendrier exact d’entrée en vigueur ; les modalités pratiques d’application ; d’éventuelles exemptions ou ajustements.
Avec l’introduction d’une taxe sur les transactions électroniques dans le budget 2026, la Mauritanie amorce un tournant dans la fiscalisation de son économie numérique. En cherchant à capter une partie de la valeur générée par les paiements digitaux, l’État poursuit un objectif clair de diversification et de sécurisation de ses recettes publiques.
Reste toutefois un équilibre délicat à préserver. Si la mesure peut renforcer les marges budgétaires à court terme, son impact sur le coût des services financiers numériques, l’adoption du mobile money et l’inclusion financière sera déterminant pour sa soutenabilité à moyen terme. L’efficacité du dispositif dépendra ainsi de sa mise en œuvre, de la capacité de l’administration à en assurer le suivi, mais aussi des ajustements qui pourraient être apportés lors de l’adoption définitive de la loi de finances 2026.
