Le gouvernement ivoirien annonce la mobilisation de plus de 280 milliards de FCFA afin de racheter les volumes de cacao invendus auprès des producteurs, dans l’objectif de préserver les revenus agricoles et d’éviter une crise sociale dans les zones rurales. Premier producteur mondial de cacao avec près de 40 % de l’offre globale, la Côte d’Ivoire traverse une phase délicate de sa campagne 2025-2026. Alors que le prix bord champ a été fixé à 2 800 FCFA le kilogramme, un niveau historiquement élevé, la commercialisation connaît un ralentissement marqué. La baisse brutale des cours internationaux, combinée à des contraintes logistiques et à la prudence accrue des acheteurs, a entraîné l’accumulation de volumes importants de fèves au bord des pistes. Les autorités estiment à environ 123 000 tonnes, les stocks actuellement invendus, une situation qui prive de liquidités immédiates des milliers de producteurs et fragilise l’équilibre économique de nombreuses localités dépendantes de la filière cacao.
Un effort budgétaire exceptionnel pour désengorger le marché
Pour répondre à cette crise, l’État ivoirien a opté pour une intervention directe sur le marché. L’enveloppe de 280 milliards de FCFA permettra le rachat progressif des stocks invendus, en lien avec les structures de régulation du secteur et les organisations de producteurs. Cette opération vise avant tout à rétablir la fluidité des circuits de commercialisation et à garantir l’application effective du prix garanti aux planteurs. Au-delà du soutien financier, cette stratégie s’inscrit dans une logique de stabilisation macroéconomique. La filière cacao représente une source majeure de devises pour le pays et un pilier central de l’économie rurale.
Un blocage prolongé des ventes aurait pu provoquer une crise de liquidité, avec des répercussions sociales sensibles. En intervenant massivement, l’État ivoirien réaffirme son rôle contracyclique dans la gestion des chocs de marché. Le rachat des stocks invendus vise à restaurer la confiance des producteurs, à éviter une dégradation du tissu social en milieu rural et à maintenir la crédibilité du mécanisme de stabilisation des prix, pilier de la politique cacaoyère nationale.
Cette décision envoie également un signal aux marchés internationaux. Dans un contexte de forte volatilité mondiale, Abidjan affiche sa volonté de maîtriser sa chaîne de valeur et de sécuriser ses flux d’exportation, tout en préparant une meilleure coordination entre acteurs nationaux de la filière. Si la mesure est saluée comme un soulagement immédiat pour les producteurs, elle relance aussi le débat sur les défis structurels du secteur. La dépendance aux fluctuations des marchés internationaux, les capacités de stockage, la transformation locale encore limitée et la logistique d’exportation restent des enjeux majeurs à moyen et long terme. À court terme, les autorités misent sur une libération progressive des stocks et une normalisation de la commercialisation. À plus long terme, cette crise pourrait accélérer les réflexions autour d’une transformation plus poussée du cacao localement et d’une meilleure résilience de la filière face aux chocs externes.
